Environnement

Caribou forestier : des estimations réalistes

Dans une lettre publiée le 6 mars, des représentants de groupes écologistes ont demandé des actions urgentes en vue de maintenir les populations de caribous forestiers.

Ces mêmes représentants ont contesté l’évaluation effectuée par l’Institut économique de Montréal (IEDM) des pertes économiques et d’emploi que les mesures de sauvegarde pourraient entraîner. Nous avons en effet estimé, en 2017, en nous appuyant sur des données gouvernementales, que la mise en oeuvre de toutes les recommandations d’Ottawa pour tenter de sauver le caribou forestier se traduirait par la perte d’environ 5700 emplois directs et 740 millions $ en activité économique au Saguenay–Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec. Autrement dit, 72 emplois directs et plus de 9 millions $ pour chaque caribou qu’on tenterait de sauver. C’est loin d’être négligeable.

Dans leur lettre, les représentants de la SNAP (Société pour la nature et les parcs) Québec, de l’Action Boréale, de Nature Québec, de la Fondation David Suzuki et de Greenpeace nous reprochent de ne pas avoir tenu compte du fait que la totalité de la capacité forestière n’est pas récoltée. Ils suggèrent que la diminution de la récolte de bois à certains endroits pourrait être compensée par une augmentation de la récolte ailleurs. Nous avions justement tenu compte de ce scénario dans une publication précédente. Cela menait tout de même à une perte d’environ 3000 directs emplois et de 370 millions $ en activité économique.

Les auteurs de la lettre semblent d’ailleurs trouver problématique que des considérations économiques soient prises en compte, alléguant qu’« un équilibre est possible ». Justement, la Loi sur les espèces en péril prévoit que les aspects « socioéconomiques des collectivités devraient être pris en compte lors de l’élaboration et de la mise en oeuvre des mesures de rétablissement ». C’est précisément ce qu’on a mesuré.

Personne ne conteste la nécessité de mettre en place des mesures de conservation pour protéger la biodiversité. Cependant, il est crucial qu’elles aient des effets positifs concrets sur l’environnement et que les coûts qu’elles entraînent ne soient pas disproportionnés par rapport aux objectifs.

Et c’est justement ce qui est le plus important. Il est loin d’être certain que la mise en place du plan de sauvegarde réussira à préserver les populations de caribous forestiers. Il est en effet très possible que la tendance à la baisse se poursuive, en raison notamment des changements climatiques, des feux de forêt, des épidémies d’insecte et de la chasse, comme des experts l’ont déjà noté. Même l’effet de l’exploitation forestière est incertain : des inventaires réalisés sur le territoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean en 1999 et en 2012 ont montré que la population de caribous avait plus que doublé, en dépit du fort taux de perturbation dans cette région.

Manifestement, de multiples facteurs sont en cause. Avant de faire disparaître des emplois et de faire souffrir des communautés pour des résultats très incertains, on devrait s’assurer de comprendre ce qui se passe.

Michel Kelly-Gagnon est président et directeur général de l’Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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