Environnement

Production et consommation de pétrole : un petit cours de micro-économie 101

De nombreux commentateurs ont critiqué l’approbation gouvernementale de deux projets d’expansion des capacités de transport de pétrole albertain par pipelines. Un argument majeur des opposants : le gouvernement fédéral abandonnerait ainsi la lutte aux changements climatiques. La nécessaire transition énergétique serait donc remise aux calendes grecques.

Au-delà des questions idéologiques, il convient d’examiner la pertinence économique d’un tel argument antipipelines.

Le marché du pétrole est ce que les économistes appellent un marché sans barrières significatives à l’entrée. Comme en situation de concurrence parfaite, des producteurs vont entrer dans ce marché si le prix du bien est supérieur à leur coût marginal, et vont en sortir si le prix est plus faible que ce coût. Si les producteurs canadiens produisent moins qu’ils le pourraient (par exemple, s’il n’y a pas assez de pipelines pour acheminer leur production vers les marchés), le prix mondial sera un peu plus élevé. Ceci encouragera des producteurs d’ailleurs dans le monde à entrer. Le résultat : la production mondiale sera sensiblement la même, avec ou sans pétrole canadien.

On rétorquera sans doute que les émissions ne seront alors pas au Canada mais, franchement, le réchauffement climatique dépend-il de la provenance géographique du CO2 ?

Dans un tel contexte, le seul élément qui compte vraiment à long terme pour les émissions de GES est la demande de pétrole. C’est cette demande qui détermine la consommation ; son évolution décidera de la rapidité avec laquelle la planète passera à d’autres formes d’énergie.

Si les Canadiens veulent vraiment avoir un impact sur les émissions de GES, c’est du côté de la consommation qu’ils doivent agir. Empêcher l’expansion de la production albertaine n’aura comme impact que de maintenir le PIB par habitant canadien à un niveau plus faible et de garder l’industrie albertaine dans une situation de sujétion face aux acheteurs nord-américains (seulement 1 % du pétrole canadien est exporté ailleurs qu’aux États-Unis).

Soyons clairs : les militants antipipelines savent bien qu’il est plus facile d’essayer d’empêcher une expansion des pipelines que de tenter de convaincre les consommateurs, par des taxes ou autrement, de réduire leur consommation. En fait, l’atteinte des cibles de réduction de GES peut se faire entièrement par une réduction de la consommation.

Finalement, un argument supplémentaire souvent soulevé par les opposants aux pipelines albertains concerne les émissions de GES lors de la production. Le pétrole synthétique de l’Ouest contribuerait à plus d’émissions de CO2 lors de sa production que d’autres types de pétrole. C’est vrai, mais c’est la combustion du pétrole qui contribue le plus (de 70 à 80 %) aux émissions (contre 20 à 30 % pour le transport et la production). En fait, la différence entre le pétrole saoudien et celui de l’Alberta, sur l’ensemble du « cycle de vie » du pétrole, est mineure. Quoi qu’il en soit, si le problème est le type de pétrole produit en Alberta, on attend toujours l’endossement enthousiaste des écologistes pour des projets de pétrole léger brut, comme en Gaspésie.

Germain Belzile est chercheur associé senior, département des actualités, à l'IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.

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