Réglementation

Le Festival du cône orange est officiellement commencé

Il n’y a pas que le Festival juste pour rire ou le Festival de jazz qui attire l’attention des Montréalais et des Québécois. Le Festival du cône orange fait les manchettes tous les jours.

L’idée du Festival du cône orange est simple : vous placez des cônes orange un peu partout sur le territoire de l’ile de Montréal et vous demandez aux usagers de la route, comme les automobilistes et les camionneurs, de rouler en toute sécurité, d’éviter de heurter les cônes, d’arriver à temps à leur destination et de ne pas se faire prendre dans un embouteillage monstre. Jeu excitant mais qui peut en faire rager plusieurs également!

La rue St-Denis est fermée, elle va le rester un bon moment et les commerçants disparaissent les uns après les autres. On a vu la même chose se passer sur la rue St-Laurent, qui n’est plus la même depuis la fin des travaux.

La rue St-Denis n’est pas seule. Le Festival du cône orange a lieu aussi au coin de Notre-Dame et Robert-Bourrassa. La rue Sherbrooke sera fermée entre Peel et University, Atwater n’a qu’une voie d’ouverte vers le nord sur la montagne et Côtes-des-Neiges est en plein festival depuis longtemps à l’intersection de l’Avenue Cedar. Et les méga-travaux de l’échangeur Turcot n’ont pas encore atteint leur vitesse de croisière!

Le milieu des affaires de Montréal a demandé récemment au maire Coderre une meilleure coordination des chantiers.

« Dans le dossier des chantiers, on me demande souvent si ça fait mal au milieu des affaires. Oui ça fait mal. On pense que ça pourrait être un peu mieux coordonné », disait Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Ce dernier reçoit plusieurs coups de fil de commerçants « qui disent qu'ils ne passeront pas au travers » des travaux qui affectent leur rue.

La question que je me pose à chaque fois c’est : qu’est-ce qui ralentit l’exécution des travaux? Est-ce la rigidité des lois du travail? Les clauses dans les conventions collectives des employés syndiqués? L’absence d’imputabilité?

Après tout, au Pays-Bas, ne sont-ils pas capables de faire un tunnel en un weekend? Faudrait être capable d’en faire autant ici.

Les pistes de réponses peuvent varier, mais l’une d’entre elles ne fait aucun doute : plus de concurrence dans la livraison des travaux aiderait la situation. Comme l’IEDM le dit depuis plusieurs années, une métropole qui souhaite être un moteur économique doit systématiquement chercher à augmenter sa productivité dans la fourniture des services municipaux et l’encadrement de travaux. Et pour ce faire, il faut offrir des contrats de performance aux entreprises des secteurs public et privé par l’intermédiaire d’un processus similaire à des enchères ouvertes.

Il y a 20 ans déjà, l’ancien maire d’Indianapolis avait fait l’expérience, en lançant des appels d’offres, tous les cinq ans, pour l’entretien d’une partie des rues de la ville. Les syndiqués municipaux pouvaient aussi soumissionner, mais devaient se mesurer à des entreprises privées. Le contrat allait au groupe offrant un travail de qualité, au meilleur prix.

Qui a remporté le contrat? Les employés de la Ville. Ils ont présenté une soumission inférieure à celle de leurs concurrents privés, parce qu’ils connaissaient mieux que quiconque leur travail et que, soudainement placé en situation de concurrence, ils devaient user de créativité pour trouver des façons d’être plus efficaces. À ce jour, la ville d’Indianapolis demeure une source d’inspiration pour ceux qui veulent trouver des pistes de solutions.

Des expériences similaires ont été tentées avec succès ailleurs dans d’autres villes nord-américaines. Et la Grande-Bretagne y a recours depuis les années 1980. Dans le système britannique de Best Value, tous les services municipaux doivent être évalués à intervalles réguliers (trois, quatre ou cinq ans) pour vérifier s’ils sont compétitifs et d’aussi bonne qualité que les meilleurs dans des villes comparables. On en profite également pour revoir les méthodes de fourniture et pour consulter le public et des spécialistes afin d’améliorer le système.

Comme le soulignait mon ancien collègue et professeur émérite, Marcel Boyer, les économies générées peuvent ensuite être redistribuées aux citoyens, mais aussi aux employés du secteur public sous forme de bonification des conditions de travail.

Si un contexte de plus grande concurrence peut faire accélérer les travaux dans les rues de la ville et sauver plusieurs de nos commerçants de la faillite, je pense qu’il faudra tenter l’expérience, quitte à ne plus passer autant de temps au Festival du cône orange!

Jasmin Guénette est vice-président de l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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