Environnement

L’asphyxie bureaucratique, remède contre le développement

L’île d’Anticosti offre un vaste potentiel d’enrichissement pour les Québécois. Malheureusement, dans une démonstration de mauvaise foi patente, le gouvernement de Philippe Couillard s’emploie à mettre des bâtons dans les roues de cet important projet de développement économique. Pétrolia, de son côté, est prête à rendre publique l’entente qui lie l’entreprise et le gouvernement.

Pendant ce temps, les communications avec ses partenaires sont ralenties. Les consultations des habitants de l’île ont été repoussées, à la demande du gouvernement lui-même. De plus, une consultation de la nation innue est maintenant exigée. Personne au gouvernement n’y avait pensé avant? Des bâtons dans les roues.

Procédure inhabituelle, le gouvernement a soumis l’analyse de la légalité de la demande de certificat d'autorisation pour les forages de trois puits à un comité externe. Ouf, quel jargon bureaucratique. Alors que ces forages auraient dû commencer cet été , la demande est bloquée au ministère de l'Environnement depuis février. Encore des bâtons dans les roues.

Le premier ministre avait d’ailleurs laissé entendre que les fonctionnaires n’étaient pas libres de faire leurs recommandations librement dans cette affaire, mais qu’ils « feront ce qu’on leur dira ». Bref, ça se passerait au ministère de l’Environnement comme au ministère des Transports

Quand on sait que le premier ministre a décidé du jour au lendemain qu’il n’avait plus d’enthousiasme pour des projets pétroliers sur l’île d’Anticosti, ça n’a rien de rassurant! Pendant ce temps, les promoteurs s’efforcent de respecter les lois et de passer à travers toutes les tracasseries administratives qu’on semble inventer pour eux.

Ce dont on se prive

Ce qui est troublant, c’est que le développement des ressources en hydrocarbures sur l’île d’Anticosti pourrait représenter une manne pour cette communauté particulièrement éprouvée par le chômage saisonnier et la pauvreté.

L’île d’Anticosti, qui compte 226 habitants et dont la superficie est seize fois plus grande que l’île de Montréal, profiterait de ce développement qui entraîne peu de perturbations environnementales. Évidemment, l’essentiel de l’activité d’extraction se déroulera profondément sous terre. Qui peut sérieusement craindre l’impact environnemental de trois puits alors que l’Alberta compte 180 000 puits sans impact majeur? Les Québécois ne sont pas plus bêtes que les autres.

En refusant systématiquement de laisser les projets avancer, le gouvernement se prive lui-même d’au moins 160 millions de dollars par année. Si le prix du baril de pétrole remontait, on parlerait bien vite de recettes fiscales de près d’un milliard de dollars.

Il prive aussi des milliers de Québécois d’emplois bien rémunérés, alors que le parti au pouvoir promettait la création de 250 000 emplois aux dernières élections. Par rapport à l’année dernière, il n’y a eu que 18 200 emplois de créer en 12 mois selon les plus récentes données de Statistique Canada. L’asphyxie bureaucratique ne semble pas être la voie à suivre pour remplir cette promesse.

Le seul avantage qu’on peut voir au comportement actuel du gouvernement du Québec, c’est d’éviter de dire clairement qu’on ne veut pas d’exploitation des hydrocarbures à Anticosti. Les contrecoups politiques d’un rejet clair seraient probablement trop douloureux puisque la majorité des Québécois appuient le développement de notre propre pétrole. Pendant ce temps, un projet providentiel étouffe sous la paperasse, les embûches, les promesses reniées et la multiplication des comités.

Youri Chassin est économiste et directeur de la recherche à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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