Textes d'opinion

La lutte pour les droits des femmes passe par la liberté économique

La Journée internationale de la femme est une occasion de revenir sur les politiques qui sont susceptibles d’améliorer la condition des femmes dans le monde. Alors qu’une controverse fait rage au Québec sur la nécessité d’accepter ou non l’étiquette de « féministe » lorsqu’on croit à l’égalité entre les femmes et les hommes, dans plusieurs pays, celles-ci doivent toujours lutter pour l’accès aux soins de santé, à l’éducation et aux emplois. De nombreuses études démontrent que ces objectifs sont plus facilement atteints lorsque les femmes profitent des bénéfices qu’entraîne la liberté économique.

Le constat est sans appel : les femmes vivant dans l’un des 25 pays avec le moins de liberté économique ont 33 % moins de chances d’être alphabétisées lorsqu’elles atteignent l’âge adulte, comparées aux femmes vivant dans l’un des 25 pays les plus libres. On observe aussi qu’une plus grande liberté économique mène à une plus grande scolarisation des femmes à la fois dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. De plus, la liberté économique est associée à une réduction de l’écart de scolarisation entre les sexes au niveau universitaire.

Le même type d’effet est observé lorsqu’on s’intéresse à la santé des femmes, même après avoir pris en compte les différences de niveau de vie. La femme vivant dans l’un des 25 pays les moins libres a quatre fois plus de chances d’avoir son premier enfant lors de son adolescence, a 25 % moins de chances d’avoir accès à des soins prénataux et postnataux, et a 20 fois plus de chances de mourir durant l’accouchement.

Un aspect crucial de l’autonomie et du bien-être des femmes est la possibilité d’avoir un emploi et un revenu, ce qui nécessite des droits et libertés économiques fondamentaux. Par exemple, la reconnaissance du droit des femmes mariées d’ouvrir un compte bancaire, de conclure des contrats, ou d’engager des procédures juridiques sans la permission de leur mari a augmenté la participation des femmes au marché du travail pour la faire passer en 10 ans de 48 % à 57 % en Namibie et de 46 % à 63 % au Pérou.

Des études internationales établissent des classements des pays les plus libres économiquement dans le monde. Lorsque ces classements sont ajustés pour se concentrer sur la liberté économique des femmes au regard de la loi, le rang de plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Afrique chute. La liberté économique des hommes y est en général bien supérieure à celle des femmes.

La culture peut elle aussi limiter la liberté économique des femmes. Dans certains pays, bien que les femmes soient égales au regard de la loi, les normes sociales et culturelles peuvent les empêcher d’exercer ces droits pour avoir une propriété privée à leur nom, posséder un commerce, ou échanger librement. Les lois et institutions formelles du Japon suggèrent un haut degré d’égalité entre les sexes, mais sa culture est fortement inégalitaire, limitant dans les faits les droits des femmes. Ainsi, lorsqu’on ajuste les même classements internationaux pour y refléter la liberté économique de la femme au regard de la culture, certains pays chutent encore davantage.

En outre, dans plusieurs pays asiatiques, les libertés économiques des femmes inscrites dans la loi sont biens supérieures aux libertés économiques permises par la culture, démontrant le fossé entre le fait d’avoir des droits formels et la possibilité d’effectivement exercer ces droits. Le territoire de Hong Kong, champion du classement au regard des droits pour les femmes, chute ainsi au 14e rang dans le classement au regard de la culture. Le Japon passe quant à lui de la 15e place dans le classement au regard de la loi à la 44e place dans celui basé sur la culture.

Ces deux mesures de la liberté économique des femmes, selon les droits formels et selon la culture, établissent le Canada comme étant l’un des pays où les femmes jouissent de la plus grande liberté économique.

La liberté économique est désirable non seulement parce qu’elle rend toutes les couches de la société plus riches, mais aussi parce qu’elle accompagne presque tous les objectifs humanitaires qui ne sont pas à proprement parler économiques. Le bien-être des femmes dans le monde illustre bien cette relation. Pour toutes ces raisons, il s’agit d’une notion économique qui devrait être au cœur des politiques de développement.

Pascale Déry est conseillère principale, communications et développement à l'IEDM, Marie-Josée Loiselle est économiste associée à l'IEDM. Elles sont les auteures du « Point – La liberté économique et le bien-être des femmes dans le monde ». Elles signent ce texte à titre personnel.

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