Politiques énergétiques

Aucune place pour l’éolien au Québec

À l’invitation de Steven Guilbeault, d’Équiterre, j’ai récemment assisté à une dîner-causerie sur l’énergie éolienne à la Maison du développement durable. Un panel comptant un professeur d’université assez critique du développement actuel de cette filière, deux personnes liées à l’industrie éolienne, ainsi que Roger Lanoue, nous a entretenu de ce sujet. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Roger Lanoue est un ancien dirigeant d’Hydro-Québec et l’un des deux commissaires nommés par le précédent gouvernement pour pondre un rapport sur les enjeux énergétiques du Québec. La première question posée aux panelistes a été : « Quelle place pour l’éolien dans la stratégie énergétique du Québec? ». La réponse de M. Lanoue, lapidaire : « Aucune ».

Or, Hydro-Québec vient de s’engager à acheter pour 1,33 milliard $ d’énergie éolienne au cours des 20 prochaines années. Selon l’article de Pierre Couture, Hydro achètera chaque kilowatt-heure près de 10,3 cents en moyenne aux producteurs de ce parc éolien (frais de raccordement inclus), et les revendra à 14,9 cents en moyenne à ses clients québécois.

L’analyste en énergie de l’Union des consommateurs, Marc-Olivier Moisan-Plante, résume bien la situation : « Un non-sens alors qu’Hydro-Québec nage dans les surplus énergétiques. Ce sont des achats inutiles qui se traduiront par des hausses de tarifs au cours des prochaines années ». Pendant qu’on apprend que des budgets seront amputés, en éducation entre autres, le Québec continue de perdre des millions de dollars en suivant une stratégie énergétique ruineuse.

Comme une étude de l’IEDM l’avait démontré il y a déjà deux ans, la filière éolienne nous coûte collectivement 695 millions de dollars par année, soit 200$ par ménage par année. Et cela, c’était avant les plus récents contrats! Cette électricité produite à partir de l’éolien, si dispendieuse, ne représente pourtant qu’une infime partie de notre production totale, sans ajouter quoi que ce soit à notre bilan environnemental déjà enviable.

M. Lanoue représente l’opinion de bon nombre d’experts qui connaissent la filière énergétique dans son ensemble. Pour être tout à fait transparent, il s’agit aussi de mon opinion personnelle. L’industrie n’est pas d’accord, bien sûr, mais elle n’a aucun argument valable, ni même nouveau à présenter. Malgré l’état du débat dans l’espace public, clairement en défaveur de l’éolien, le Journal rapporte de nouveaux contrats. Le statu quo se maintient… et tant pis pour votre pouvoir d’achat!

Youri Chassin est économiste et directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

Lire la chronique sur le site du Journal de Montréal

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