Environnement

Quand on crie au caribou…

Il était une fois un jeune berger qui s’amusait souvent à tromper les villageois en leur faisant croire qu’un loup était en train d’attaquer son troupeau. Une fois, quand le loup a vraiment menacé, personne n’est venu à la rescousse du garçon parce qu’on crut à une autre fausse alerte… et nous savons tous comment finit la fable du garçon qui criait au loup.

Dans le même ordre d’idées, certains groupes de revendication exagèrent et déforment des enjeux encore et encore pour convaincre les Canadiens qu’il est nécessaire d’« agir » et d’« apporter des changements ». Et chaque fois qu’on démontre la fausseté de leurs prétentions, ces groupes perdent en crédibilité. À la longue, cela réduit leur capacité à faire adopter des changements de politique constructifs relativement aux problèmes réels et sérieux qu’il leur arrive souvent d’évoquer.

Bien qu’ils soient loin d’être les seuls à pécher de la sorte, certains groupes environnementalistes importants se rendent tout particulièrement coupables d’un tel comportement. Ainsi, dans le passé, Greenpeace Canada a cherché à brosser un tableau très sombre de l’industrie forestière canadienne. Aussi récemment qu’en 2007, cet organisme affirmait encore que « de vastes étendues de forêt vierge disparaissent rapidement sous l’action d’un petit nombre de sociétés forestières ». Une fois établie la fausseté de ces allégations, le directeur de Greenpeace au Québec fut forcé de changer de discours, affirmant en octobre dernier que « personne ne dit […] que la forêt [boréale] va disparaître ».

Leurs propos ayant été réfutés par des faits incontestables, ces militants de l’environnement ont créé encore un autre mythe pour promouvoir leur programme anti-développement, un mythe voulant que le caribou forestier soit menacé d’extinction du fait que l’industrie forestière détruirait son habitat. Bien que fondée sur des données très limitées et douteuses, cette prophétie est malgré tout devenue un symbole puissant de dégradation environnementale.

Ces militants se sont alors mis à « crier au caribou » aussi souvent qu’ils le peuvent et leurs cris répétés ont donné d’impressionnants résultats. Dans le cadre d’un sondage Léger en 2011, même si 89 % des Québécois ont répondu ne pas être tellement au courant des enjeux de l’industrie forestière dans le Nord du Québec, 86 % étaient en faveur d’un moratoire sur la construction de chemins forestiers afin de protéger l’espèce menacée du caribou.

Heureusement, la réalité a triomphé encore une fois et les Canadiens commencent à s’en apercevoir. Effectivement, selon le plus récent inventaire des caribous forestiers établi par le gouvernement du Québec (et rendu public pas plus tard que la semaine dernière), la population de caribous a en fait prospéré depuis 1999. Cette étude, qui visait avant tout la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean où l’industrie forestière est principalement concentrée, souligne que la population de caribous a presque doublé dans un territoire où 70 % de son habitat a été perturbé par l’exploitation forestière. Il semble donc que développement et environnement puissent coexister pacifiquement au bout du compte.

Le silence de Greenpeace Canada est gênant. On s’attendrait à ce que cet organisme se réjouisse d’une aussi bonne nouvelle sur le plan de l’environnement. D’un autre côté, s’il reconnaît officiellement que nos forêts ne sont pas en train de disparaître et que la population de caribous forestiers ne diminue pas, il lui reste très peu de raisons valables pour s’opposer aussi vigoureusement à l’industrie forestière en général et à Produits forestiers Résolu en particulier.

Comme le met en évidence un bref documentaire qu’a produit l’IEDM, les travailleurs forestiers non seulement se préoccupent fortement du bien-être de la forêt mais stimulent encore l’économie des régions éloignées du Québec. Si d’autres règlements et restrictions sont imposés à l’industrie forestière en sus des règlements et restrictions très sévères déjà en place, de nombreux emplois pourraient être en jeu. Ce sont d’ailleurs peut-être les travailleurs qui ont le plus besoin d’être protégés contre toutes ces campagnes de lobbying inconsidérées ou exagérées qui mettent leur gagne-pain en péril.

Michel Kelly-Gagnon est président et directeur général de l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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