Éducation

Apprendre par l’exemple

Le conflit étudiant s’éternise et la majorité de la population, initialement peu sympathique à la cause étudiante, est à présent exaspérée.

Certes, l’obstination des étudiants a quelque chose de puéril et leur comportement est quelquefois répréhensible. Toutefois, les affubler des pires épithètes est injuste. Les jeunes ne sont que le miroir de leur environnement et leur attitude reflè­te l’éducation que nous leur prodiguons en tant qu’acteurs de la société.

Or, à plusieurs égards, nous avons honteusement échoué.

Nous avons négligé d’éveiller leur sens des mathématiques, car ils ne savent manifestement pas compter. Il est maintenant fortement probable que leur trimestre soit compromis et que leur entrée sur le marché du travail soit retardée. Ils auront donc sacrifié plusieurs mois de salaire dans l’espoir d’épargner quelques centaines de dollars en droits de scolarité.

Évidemment, certains argumenteront qu’ils ne se battent pas pour eux, mais pour ceux qui leur succéderont, qu’ils ont un remarquable sens de la solidarité. Soit! En revanche, comme en témoignent les milliers d’étudiants qui ont défilé nus dans les rues, nous avons lamentablement omis de leur enseigner le sens de la dignité et du respect de soi. À terme, la hausse sera de 1 778 $ par année pour un étudiant inscrit à 10 cours de 45 heures chacun, soit l’équivalent d’une hausse de 3,95 $ l’heure. La jeunesse est l’espoir de demain. N’est-il donc pas malheureux de constater qu’elle se dénude, se peinture le corps et accepte de figurer sur des photos qui seront accessibles sur Internet pendant des décennies, le tout pour une histoire de 3,95 $ l’heure?

Nous avons également chloroformé le sens des responsabilités des jeunes d’aujourd’hui. Ils ont grandi dans une société qui encense l’État-providence et qui transforme les besoins et les aspirations personnelles en « droits ». Ils trempent depuis leur enfance dans l’idéologie collectiviste qui prêche que l’État a la capacité et l’obligation de veiller à leur bien-être. Est-il donc étonnant que des jeunes peu familiers avec le concept de responsabilité individuelle s’insurgent lors­qu’on leur demande d’assumer une fraction du coût de leur éducation?

Quant au sens des priorités, celui que nous leur avons transmis est discutable. Les étudiants affirment ne pas avoir les moyens d’assumer la hausse des droits de scolarité. C’est vrai pour certains d’entre eux, d’où la bonification des prêts et bourses. Par contre, d’autres refu­sent la hausse alors qu’ils dépensent volontiers leur argent dans des clubs ou pour s’offrir le dernier gadget électronique. Il en aurait certainement été autrement si nous leur avions enseigné que leur éducation doit avoir préséance sur tout le reste.

Cela dit, il est rassurant d’entendre certains revendiquer rien de moins que la gratuité… c’est signe que leur sens de l’humour est bien affûté!

Assurer l’accès à l’éducation est une chose. Éduquer correctement en est une autre. À quel­ques exceptions près, les jeunes se comportent comme nous les avons élevés. La forme et le fond du conflit actuel sont la preuve qu’il faut reconsidérer la nature de l’éducation que nos enfants reçoivent de toutes parts. Ne rien faire serait manquer de bon sens!

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l'Institut économique de Montréal. Elle signe ce texte à titre personnel.
* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

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