Environnement

Ode à la voiture

Depuis lundi se déroule la 8e édition de l’événement «En ville sans ma voiture». Contrairement aux années précédentes, on ne se limite plus à fermer aux voitures un quadrilatère du centre-ville, le 22 septembre. Désormais, l’événement est prolongé toute la semaine. Cinq jours d’endoctrinement anti-automobile organisée par des militants anti-liberté, déterminés à contrôler la manière dont nous organisons nos vies et à nous imposer leur idéologie collectiviste oppressante.

Sur le site de l’Agence métropolitaine de transport (AMT), on peut lire que les activités organisées visent à montrer aux gens que «l’auto solo n’est pas la seule solution de transport urbain en 2010». Ce n’est pas la seule? Wow… qui l’eût cru?! Et quel soulagement de savoir que cette agence gouvernementale dépense l’argent des contribuables pour expliquer aux Québécois pourquoi ils sont naïfs, voire carrément idiots, de choisir l’automobile.

Les grands prêtres du transport en commun ont le monopole de la parole depuis de nombreuses années. À leur tour maintenant d’écouter attentivement le point de vue des automobilistes exaspérés d’être pointés du doigt comme s’ils étaient des criminels notoires.

Tout d’abord, si tant de gens continuent de privilégier la voiture, ce n’est pas parce qu’ils ignorent l’existence des autres modes de transport, c’est tout simplement qu’ils la considèrent encore comme le moyen le plus rapide et le plus pratique de se déplacer. C’est facile de faire le procès de l’auto quand on est jeune, en santé, sans enfants et qu’on dispose de tout son temps. En revanche, quand on est parent, que l’on conduit ses enfants à l’école le matin et que l’on retourne les chercher le soir, que l’on transporte un lourd sac à dos, que l’on travaille, qu’il faut courir à l’épicerie, à la banque ou chez le nettoyeur, qu’il faut amener le plus jeune à son cours de musique et le plus vieux chez le dentiste et que les journées nous paraissent toujours trop courtes, se déplacer en auto permet de gagner un temps précieux qu’on peut consacrer à sa famille dans le confort de son foyer plutôt que de le perdre avec des inconnus dans un autobus bondé et souvent malodorant.

Ensuite, tous ces bien-pensants qui diabolisent la voiture semblent oublier qu’elle demeure le meilleur moyen de réduire l’isolement et les écarts de niveau de vie entre les riches et les pauvres. Grâce à elle, n’importe qui peut aller n’importe où, n’importe quand et pour quelque raison que ce soit, sans être limité par l’horaire du bus, sans devoir attendre sous la pluie ou dans le froid, et sans se demander si on aura une place assise. Posséder une voiture, c’est pouvoir rendre visite à sa famille en tout temps, faire son marché sans se soucier du poids de la boîte de savon à lessive et rentrer tard sans craindre pour sa sécurité. C’est être indépendant et autonome. C’est être libre!

Les inconditionnels du vélo ou du métro sont parfaitement libres de mépriser la voiture, mais de quel droit font-ils la morale aux automobilistes alors qu’ils ignorent tout des contraintes avec lesquelles ces derniers doivent composer? Pour qui se prennent-ils pour juger impérieusement leurs concitoyens dont le seul crime est de s’évertuer à concilier leurs obligations familiales et professionnelles?

Que les ennemis de la voiture s’inquiètent pour l’environnement est tout à leur honneur. Mais ils font fausse route en opposant l’écologie à la modernité. On ne déclare pas la guerre à l’une des inventions les plus libératrices du 20e siècle!!

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l’Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

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