Santé

Un traitement de chien

Dans ma chronique de la semaine dernière, j’attirais l’attention sur le système de santé britannique, car il nous renseigne sur l’ampleur du rationnement des soins que nous pourrions subir si, à l’instar du Royaume-Uni, nous préservons notre médecine étatisée. Or, même si les pronostics sont terrifiants, certains affirment que nous n’avons rien à craindre, que le système britannique est un cas extrême auquel nous n’arriverons jamais.

Or, rien n’est moins sûr. Cette semaine encore, on nous annonce que les hôpitaux fermeront 800 lits de soins de longue durée. Combien de mauvaises nouvelles nous faudra-t-il avant d’admettre que nous nous enfonçons chaque jour davantage dans les sables mouvants du rationnement des soins? Quel martyre les patients devront-ils subir, et combien de vies devront être sacrifiées pour que l’on comprenne que notre modèle est insoutenable?

Malgré tout, on nous dit que le monopole public doit être préservé, car la santé n’étant pas un bien comme les autres, on ne peut s’en remettre au marché. Mais cette affirmation est-elle fondée?

N’est-ce pas au marché que nous devons les médicaments, les pansements, les chaises roulantes, les lits d’hôpitaux, les prothèses auditives, les lunettes, etc? Les pharmacies ouvertes 24 heures par jour ne sont-elles pas le produit du secteur privé? Et n’est-ce pas lui qui conçoit et fabrique tout l’équipement médical, du stéthoscope le plus rudimentaire jusqu’à l’appareil de radiothérapie ultrasophistiqué? Or, s’il repousse chaque fois les limites de la technologie pour nous offrir des équipements toujours plus performants, pourquoi serait-il incapable de dispenser efficacement des soins médicaux? N’est-ce pas également ce même secteur qui nous fournit la nourriture de manière tout à fait convenable? Pourtant, ne constitue-t-elle pas une forme de soin de santé dans la mesure où elle est indispensable à notre survie?

Certes, l’appât du gain motive l’entrepreneur. Et après? Qu’importe qu’une clinique fasse des profits, l’important n’est-il pas d’être soigné vite et bien, et de sauver des vies? Il suffit de quelques jours pour subir une chirurgie de la cataracte en clinique privée alors qu’un hôpital impose plusieurs mois d’attente. Aujourd’hui, les traitements de correction de l’œil et les chirurgies esthétiques sont plus abordables et plus accessibles qu’elles ne l’ont jamais été. Nous pouvons choisir notre dentiste et la date de notre rendez-vous. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour les soins médicaux?

Alors qu’un hôpital impose des délais d’attente de 10, 20 et 50 semaines pour passer un test de résonnance magnétique, subir une chirurgie de la hanche, ou encore une neurochirurgie, la revue Maclean’s nous apprenait récemment qu’on peut obtenir ce type de soins en quelques heures à peine à condition d’être … un chien, et de se présenter chez le vétérinaire! Est-il donc justifié de diaboliser la médecine privée alors qu’elle réussit à donner un nouveau sens à l’expression «un traitement de chien»!

Le marché n’est pas parfait, c’est indéniable, mais rien ne justifie la hantise que nous éprouvons à son égard. En revanche, l’État est responsable de l’entretien des routes et des réseaux d’aqueducs, et nous voyons les résultats. Il perd nos épargnes, gère l’argent de nos impôts de manière plus que douteuse, s’endette de manière compulsive, et peine à offrir des places en garderies et des logements sociaux. Et il faudrait lui faire aveuglement confiance en matière de soins de santé uniquement parce que le profit est un concept tabou!?!

Notre système de santé est malade. Tristement, rien ne changera tant que notre haine du profit l’emportera sur notre amour de la vie!

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l’Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

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