Réforme des institutions publiques

Pire que Madoff!

L’affaire Madoff a soulevé l’indignation du monde entier, et avec raison, car l’infâme personnage est à l’origine d’une escroquerie évaluée à 50 milliards $US. Il promettait des rendements exceptionnels mais, en réalité, il opérait une chaîne de Ponzi, du nom de Charles Ponzi, un Américain immortalisé pour avoir escroqué des dizaines de milliers de personnes dans les années 1920.

Une chaine de Ponzi repose sur le principe pyramidal: la promesse de rendements supérieurs attire les premiers investisseurs, mais lorsque le fonds ne génère pas les rendements promis, on rémunère les premiers épargnants avec l’argent des nouveaux entrants. Tant que le nombre d’investisseurs augmente, la pyramide subsiste. En revanche, elle s’écroule dès qu’ils sont en nombre insuffisant pour financer les sorties de fonds.

Bien qu’on se joigne de plein gré à une chaine de Ponzi, et qu’on puisse librement la quitter, opérer une telle pyramide constitue un crime, et Madoff terminera ses jours là où il se doit, c’est-à-dire derrière les barreaux.

Toutefois, à l’instar du reste du Canada, nous avons au Québec une chaine de Ponzi parfaitement légale à côté de laquelle Madoff fait figure d’amateur. Il s’agit du Régime de Pension du Canada (RPC) et de la Régie des rentes du Québec (RRQ).

La RRQ administre un régime financé par répartition avec une capitalisation partielle. Concrètement, cela signifie que la rente versée à un retraité est indépendante de l’accumulation de ses cotisations et des intérêts. Au contraire, le régime est redistributif: les cotisations perçues aujourd’hui servent à payer les rentes des retraités actuels.

Certes, la RRQ, qui était sur le bord de l’implosion en 1999, a depuis constitué une réserve actuarielle. Mais pour cela, elle a augmenté le taux de cotisation de 3,6% en 1966, à 9,9%. Au 31 mars 2008, on estimait que la réserve actuarielle permettrait de tenir quarante ans. Or, les pertes considérables réalisées par la Caisse de dépôt, ainsi que le vieillissement accéléré de la population permettent d’affirmer que la réserve sera nulle beaucoup plus tôt que prévu, et que le régime est insoutenable à long terme, à moins d’augmenter significativement les cotisations et de réduire les prestations.

Les jeunes d’aujourd’hui, obligés de contribuer à la RRQ, croient donc de bonne foi qu’ils épargnent pour leur retraite. Or, le mode de fonctionnement du régime constitue une chaine de Ponzi. Et comme on estime que la province comptera 2 travailleurs pour un retraité en 2030, comparativement à 5 pour 1 en 2000, la base de la pyramide se rétrécit et le système court à sa perte.

On peut évidemment défendre l’importance d’inciter les gens à épargner. Mais est-il indispensable que l’État s’approprie notre avoir pour le faire soi-disant fructifier? Serait-ce trop demander que de pouvoir gérer nous-mêmes nos économies, et d’en disposer librement? Manifestement, nos politiciens, dans leur immense sagesse, nous jugent trop irresponsables et trop imbéciles pour nous accorder ce privilège!

Ainsi, pour «prendre soin» des Québécois, la RRQ nous oblige à contribuer à un fonds qui n’est pas pleinement capitalisé. Elle nous maintient captifs tout au long de notre vie professionnelle. Elle nous interdit de toucher à notre capital pour quelque raison que ce soit, et elle nous verse une rente sans rapport avec nos cotisations. Si ce n’est pas de l’escroquerie, ça lui ressemble drôlement! Espérons seulement que Québec n’imitera pas le gouvernement argentin qui a récemment poussé l’arnaque au point de nationaliser les caisses de retraite privées pour financer le régime public déficitaire!!!

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l’Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

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