Éducation

Un problème d’aiguillage

Comme la plupart des politiciens et des journalistes ont fréquenté l’université, la formation professionnelle est souvent occultée des débats publics. Et au secondaire, elle est deux fois moins populaire au Québec que dans la moyenne des pays de l’OCDE. Or, dans les années à venir, beaucoup de gens de métier prendront leur retraite et, partout, il risque de manquer de jeunes pour les remplacer. Il y a des limites à combler ces pénuries en renvoyant des adultes sur les bancs d’école.

Le décrochage scolaire touche près de 20% des jeunes de 19 ans dans la province. Au secteur technique collégial, seulement 62% des inscrits sortent diplômés. Par ailleurs, plus de la moitié des élèves qui accèdent à la formation professionnelle au secondaire avant l’âge de 20 ans ont leur diplôme d’études secondaires. Une étude récente de l’Institut de la statistique du Québec indique que 27% des travailleurs québécois sont surqualifiés.

Dans plusieurs États américains et européens, la majorité des jeunes de 16 ans qui ne se destinent pas à l’université optent pour une formation professionnelle généralement plus courte, quitte à décrocher d’autres diplômes par la suite.

Ils atteignent la hauteur qu’ils visaient dans l’échelle en gravissant un à un les échelons. Plusieurs jeunes Québécois, à l’inverse, dépassent la cible pour débouler ensuite.

Pour réduire la proportion de jeunes qui abandonnent l’école sans formation leur permettant d’accéder au marché du travail, il faut inciter ceux qui ne souhaitent pas obtenir un diplôme collégial à se diriger plus tôt vers la formation professionnelle, dès la fin de leur troisième secondaire, tout en intégrant des notions générales dans ces programmes afin de leur permettre d’approfondir leur formation par la suite.

La perspective de parcours de formation de durée variable dès l’obtention d’un diplôme intermédiaire de troisième secondaire pourrait favoriser une meilleure perception des parcours de formation professionnelle. L’obtention de ce premier diplôme enverrait à chaque jeune un double signal: d’une part, qu’il a réussi à acquérir les apprentissages fondamentaux; d’autre part, que le temps est venu de choisir, sans que ce choix soit irrévocable et irréversible, le parcours qui lui permettra d’atteindre son objectif sur la marché du travail: formation professionnelle ou formation générale et baccalauréat universitaire.

En résolvant les problèmes d’aiguillage qui laissent près de la moitié des jeunes sortir de l’école sans formation véritablement qualifiante, il sera possible de ramener le taux de diplomation dans les filières professionnelles et techniques plus près de la moyenne des pays développés et des besoins des employeurs. Les jeunes Québécois y perdront moins de temps, et leurs parents contribuables y gaspilleront moins d’argent.

Marcel Boyer est économiste en chef à l’Institut économique de Montréal et professeur en économie industrielle à l’Université de Montréal.

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