Réforme des institutions publiques

Un oubli inquiétant

Le rapport sur la tarification des services publics, présidé par l’économiste Claude Montmarquette, a été déposé jeudi dernier. Les auteurs recommandent de privilégier le principe de l’utilisateur-payeur, notamment pour financer l’éducation, les garderies, le réseau routier et l’approvisionnement en eau potable. Ils proposent également d’augmenter les tarifs d’électricité de manière à rejoindre la moyenne canadienne.

Le rapport a le mérite de présenter une vision réaliste du coût des services publics, de remettre en question «la culture de la gratuité» et de souligner les vertus de la tarification et de la responsabilité individuelle. Faire payer les utilisateurs permet effectivement de rationaliser leurs comportements, de réduire le gaspillage et de protéger l’environnement tout en générant le financement nécessaire pour offrir des services de qualité.

La logique de l’utilisateur-payeur est incontestable. Mais les auteurs proposent la tarification sans exclure la possibilité qu’elle fournisse à l’État des revenus supplémentaires. Leur réflexion semble d’ailleurs partir du principe que les revenus de Québec sont insuffisants. Or, cette prémisse est fausse! Les revenus de l’État ont augmenté d’environ 55% depuis une décennie, et le Québec dépense plus par habitant que toutes les autres provinces, à l’exception de Terre-Neuve-et- Labrador.

Évidemment, chaque fois que nous soulignons le fait que le contribuable québécois est parmi les plus taxés du continent, on nous rappelle que nos impôts permettent à l’État de fournir gratuitement, ou presque, tous les services publics si chers aux Québécois. Le contribuable québécois paie donc déjà pour les services publics. Il paie même très cher!

Des services de piètre qualité

Toutefois, s’il n’en a pas pour ses impôts, c’est que son argent est mal géré, voire carrément gaspillé. Par exemple, comment expliquer l’état de notre réseau routier quand le ministère des Transports du Québec emploie 5000 personnes et dispose d’un budget d’environ 2 milliards de dollars? Nous avons dépensé des millions pour que la commission Johnson identifie les structures dangereuses. Pourquoi les ingénieurs du MTQ n’ont-ils rien vu avant?

Il faut se rendre à l’évidence: on nous impose lourdement pour nous offrir en échange des services de piètre qualité. Maintenant, le rapport Montmarquette propose de garnir davantage les coffres de l’État grâce à la tarification. On nous demande donc de payer deux fois. Une première fois pour financer la lenteur et l’inefficacité de l’appareil bureaucratique, et une seconde pour finalement obtenir les services publics. C’est absurde!

Si on applique le principe de l’utilisateurpayeur, rien ne peut plus justifier l’ampleur des impôts que nous payons, et il devient impératif de soulager le contribuable. Malheureusement, le rapport Montmarquette reste muet sur le sujet.

Pourtant, le groupe de travail devait bien se douter que s’il est non seulement défendable, mais carrément souhaitable de remplacer le mode de financement actuel par une tarification plus efficace, il est également inacceptable de recourir à la tarification pour augmenter les sources de financement de l’État.

Mais qu’importe! Comme tous les autres rapports récemment commandés par notre bienveillant gouvernement, celui de Claude Montmarquette ramasse probablement déjà la poussière sur une tablette. À quoi sert donc ce cirque politique?

Pourtant, personne n’est dupe. Nous avons tous compris que notre gouvernement se réfugie derrière une avalanche de rapports pour donner l’impression de prendre en charge les problèmes de l’heure, alors qu’en réalité il craint de prendre les décisions qui s’imposent. Or, commander des rapports, ce n’est pas gouverner! Comme le chantait Elvis: «A little less conversation, a little more action please»!

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

Nathalie Elgrably est économiste à l’Institut économique de Montréal et auteure du livre La face cachée des politiques publiques.

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