Éducation

La sacralisation de la laïcité

Québec abolira le cours d’enseignement religieux dans les écoles primaires et secondaires de la province dès l’automne 2008 pour le remplacer par un cours d’éthique et de culture religieuse. Évidemment, cette mesure est contestée et des parents des quatre coins du Québec demandent à la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, de renoncer à son projet de laïcisation des écoles.

Le débat est donc ouvert et tous se demandent si l’école devrait être confessionnelle ou laïque. Or, cette question en élude deux autres infiniment plus importantes. Tout d’abord, pourquoi faut-il absolument que toutes les écoles se conforment à un modèle d’éducation unique imposé par Québec? Croyants et athées étant incapables de prouver la justesse de leurs théories, le débat ne sera jamais clos. Ainsi, que l’on impose la laïcité ou une quelconque confession, une partie de la population sera nécessairement lésée.

Ensuite, pourquoi devrions-nous accepter que des fonctionnaires décident si nos enfants devraient ou ne devraient pas recevoir un enseignement religieux? Leur jugement est-il mieux fondé que le nôtre? Sont-ils devenus les «sages» des temps modernes? C’est la responsabilité des parents d’élever leurs enfants, et non de la ministre Courchesne! Faut-il lui rappeler que l’école a pour fonction de transmettre des connaissances et de répondre aux attentes des parents? Elle n’est pas là pour permettre aux fonctionnaires et aux groupes de pression d’imposer leurs idéaux aux Québécois!

À l’époque où je fréquentais le secondaire, les élèves pouvaient opter pour des cours d’espagnol ou de latin. Chacun choisissait selon ses goûts personnels. Pourquoi ne pas appliquer le même principe en permettant aux écoles d’être flexibles et d’offrir à la fois des cours de religion et d’éthique? Certaines le font déjà. Quand les parents d’une école s’unissent pour réclamer, par exemple, des cours de musique, ils les obtiennent. Pourquoi en serait-il autrement quand il s’agit de cours de religion? La liberté de choix est-elle limitée à l’enseignement séculier?

Certains affirment défendre la laïcité parce qu’ils ne peuvent supporter l’idée que leurs impôts financent l’enseignement religieux. Soit! Mais financer des programmes que l’on désapprouve est le prix à payer pour avoir un État-nounou. L’État québécois dilapide chaque année des centaines de millions dans des programmes qui ne correspondent pas nécessairement aux convictions des contribuables sans qu’ils puissent s’élever contre l’usage qui est fait de leurs impôts. Même les partisans du mouvement pro-vie financent malgré eux les avortements! C’est donc le principe de l’État-providence tentaculaire qu’il faut remettre en question, et non le fait que certains souhaitent offrir un enseignement religieux à leurs enfants.

Ajoutons que les athées ne sont pas seuls à payer des impôts pour financer les écoles. Les croyants contribuent également à garnir les coffres de l’État. Pourquoi leurs impôts ne leur permettraient-ils donc pas d’obtenir des cours de religion plutôt que des cours d’éthique?

Pour évacuer la religion, certains ont sacralisé la laïcité. Ils n’ont fait que troquer une croyance pour une autre et remplacer la domination de l’Église par celle de l’État. En voulant imposer leurs opinions à toute la population, les fonctionnaires se comportent comme les ecclésiastiques de l’époque. Il est temps de réhabiliter la liberté de choix, surtout dans un contexte où elle est facile à implanter et ne cause de préjudice à personne.

Personne ne dit à madame Courchesne comment elle devrait éduquer ses enfants. Alors pourquoi devrions-nous accepter qu’elle prenne des décisions qui reviennent aux parents?

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

Nathalie Elgrably est économiste à l’Institut économique de Montréal et auteure du livre La face cachée des politiques publiques.

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