Environnement

Une solution douteuse

Le premier ministre Jean Charest et le ministre du Développement durable, Claude Béchard, ont récemment déposé leur plan d’action sur les changements climatiques afin de permettre au Québec de réduire de 10 millions de tonnes ses émissions de gaz à effet de serre.

Ce plan renferme 24 mesures, dont une qui avait déjà été annoncée par la ministre fédérale Rona Ambrose le mois dernier et qui vise à porter de 1% à 5% la proportion d’éthanol dans l’essence. Les gouvernements sont toujours heureux d’annoncer ce genre de mesure, car ils obtiennent la faveur du public en prétendant se soucier de l’environnement. Mais disent-ils toute la vérité?

Pourquoi la production d’éthanol n’est-elle pas plus importante qu’elle ne l’est déjà, et pourquoi l’État doit-il user de son pouvoir pour forcer les compagnies pétrolières à en utiliser davantage? Tout simplement parce que la production d’éthanol n’est pas rentable à l’heure actuelle! C’est d’ailleurs pourquoi les États-Unis versent une subvention de 51 cents pour chaque gallon d’éthanol produit. Ne nous faisons pas d’illusions: à l’instar de l’Ontario, le gouvernement du Québec sera contraint d’imiter nos voisins du sud s’il veut qu’on produise de l’éthanol.

J’ai déjà discuté du caractère inefficace des subventions dans ma dernière chronique, et je ne reviendrai pas dessus. Néanmoins, dans le cas de l’éthanol, le contribuable paiera doublement, car en plus des subventions versées aux producteurs, il faut ajouter toutes celles accordées aux agriculteurs, comme la subvention de 100 $ pour chaque tonne de maïs produit au Québec.

Déficit énergétique

Ce n’est pas le fait de produire de l’éthanol qui est ici remis en question. Au contraire, plus il y aura de sources alternatives d’énergie, plus la concurrence s’intensifiera, et mieux ce sera. Mais encore faut-il que la production d’éthanol soit le résultat de décisions prises sur un marché libre. Or, subventionner la production d’éthanol signifie que des bureaucrates ont décidé arbitrairement de favoriser une industrie plutôt qu’une autre. Mais quel est le véritable plan d’action de nos politiciens? Comme leur décision est indéfendable du point de vue économique, serait-il possible qu’ils cherchent uniquement à s’assurer les votes des agriculteurs?

Évidemment, les amoureux de la nature me reprocheront de mélanger économie et environnement, comme si les deux étaient incompatibles, et affirmeront que le caractère inefficace des subventions importe peu dans la mesure où l’environnement en bénéficie. Or, les vertus de l’éthanol ne sont peut-être que chimère.

Le maïs est une des cultures les plus intensives en eau et en énergie. Des recherches ont d’ailleurs montré que la production d’éthanol occasionne un déficit énergétique. En effet, quand on tient compte des fertilisants nécessaires à la culture du maïs, du carburant utilisé par les tracteurs et les camions, ainsi que des ressources indispensables à la distillation, il s’avère que la quantité d’énergie employée pour produire un gallon d’éthanol est supérieure de 29% à la quantité d’énergie que produit l’éthanol.

Pour couronner le tout, le Canada produit moins du quart du maïs nécessaire pour fabriquer les cinq pour cent d’éthanol demandés par Mme Ambrose. Pour augmenter la production, il faudrait convertir des forêts et des terres vierges à la culture du maïs, ce qui contredit indéniablement la logique écologique. Vu sous cet angle, ne faudrait-il pas remettre en question les soi-disant bienfaits de l’éthanol pour l’environnement?

Finalement, il est amusant de constater que, bien que l’antiaméricanisme soit palpable au Québec, gouvernements et citoyens n’hésitent pas à adopter et à endosser une mesure américaine dont l’inefficacité et l’intérêt purement politique ne sont plus à démontrer. Aurions-nous perdu tout sens critique?

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

Nathalie Elgrably est économiste à l’Institut économique de Montréal et auteure du livre La face cachée des politiques publiques.

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