Textes d'opinion

Merci Monsieur Goodale!

Vous demandez à un ami de vous faire une commission et vous lui remettez 100$. Il en dépense la moitié pour effectuer l’achat en question, puis s’offre un cadeau de 10$, verse 20$ dans son compte de banque et vous promet de vous remettre 20$ à condition que vous lui accordiez une faveur. Pour couronner le tout, il tente de vous convaincre que c’est lui qui vous fait une faveur. Avec un ami de ce genre, nul besoin d’ennemis!

Le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale, nous a appris que son gouvernement disposerait de surplus budgétaires de l’ordre de 54,5 milliards au cours des 5 prochaines années. Précisons que l’expression «surplus budgétaires» n’est en fait qu’un écran de fumée pour désigner réellement les impôts trop perçus auprès des contribuables. Il devient alors évident que ces surplus n’appartiennent pas au gouvernement, mais plutôt aux travailleurs qui se lèvent tôt chaque matin, qui courent de la garderie au travail et qui s’éreintent à répondre aux demandes de leurs employeurs.

En annonçant des réductions d’impôts de 30 milliards sur 5 ans, le ministre Goodale voulait faire croire aux contribuables qu’il fait preuve de générosité. Il percevra 54,5 milliards de plus que nécessaire, et nous devons le considérer «généreux» de nous en restituer environ la moitié?!

Cette générosité n’est d’ailleurs pas gratuite, car l’essentiel de ces réductions sont conditionnelles à la réélection de son parti. Non seulement ne nous rend-t-il pas la totalité des impôts trop perçus, mais nous devons en plus lui accorder vos votes pour récupérer ce qui nous appartient… à supposer qu’il tienne sa promesse une fois réélu!

En plus d’annoncer immédiatement qu’il consacrera 9 milliards à de nouveaux programmes, le ministre compte retenir 15,5 milliards pour se constituer un coussin de sécurité, des sommes qui iront vraisemblablement grossir les dépenses au cours des prochaines années.

Dépenser l’argent des autres est chose facile, et M. Goodale nous le prouve. Du montant global de 54,5 milliards, près de 25 milliards serviront donc à augmenter certains postes budgétaires et à financer de nouveaux programmes. Il faut comprendre ici qu’il emploiera une partie des impôts trop perçus pour accroître encore un peu plus la taille de l’appareil gouvernemental. Nous sommes déjà les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord, et l’annonce de la création de nouveaux programmes ne devrait pas être considérée comme une bonne nouvelle, car ils s’inscrivent de manière quasi indélébile dans la colonne des dépenses. Avons-nous réellement besoin de ces programmes supplémentaires?

Les gouvernements prétendent souvent vouloir construire une société juste et équitable. Si leurs prétentions étaient sincères, ne devraient-ils pas rendre ces sommes à leurs propriétaires légitimes? Est-il juste et équitable que des travailleurs soient incapables d’économiser pour leurs vieux jours parce qu’une partie de leur revenu doit servir à constituer le coussin de sécurité du gouvernement? Pour ma part, je préférerais mettre cet argent dans le régime d’épargne études de mes filles plutôt que de le savoir dans les coffres de l’État!

Contrairement à ce que M. Goodale aimerait nous faire croire, les impôts ont en réalité augmenté! Nous pourrions conserver la même structure gouvernementale et disposer de 54,4 milliards de plus dans nos poches. Mais ce ne sera pas le cas. Au lieu de nous remettre la totalité de ce qu’il nous doit, il confirme qu’il va en garder une bonne partie pour dépenser encore plus.

Merci Monsieur Goodale de nous rendre une fraction de ce qui nous appartient et d’augmenter les impôts! Avec des amis comme ça…

Nathalie Elgrably est économiste l’Institut économique de Montréal.

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