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Pauvreté et mondialisation

La misère abjecte est désolante. Mais il est tout aussi navrant de constater que ceux qui s’indignent face la pauvreté et qui réclament des actions s’en prennent à la mondialisation et aux politiques économiques libérales. Pourtant, l’ouverture des marchés est l’une des solutions à la pauvreté, et non sa cause. Nier cette réalité ne fait qu’exacerber la misère des pays les plus pauvres.

Depuis le 10 novembre et jusqu’à dimanche se tiennent les Journées québécoises de la solidarité internationale, un événement organisé par l’Association québécoise des organismes de coopération internationale. Sous le thème Un monde sans pauvreté, des intervenants prétendent vouloir nous sensibiliser au problème de la pauvreté dans le monde. En l’occurrence, Ignacio Ramonet (directeur du Monde diplomatique) expliquait comment les «politiques néolibérales accentuent chaque jour la pauvreté et les inégalités». Se préoccuper de la misère est noble, mais encore faut-il cerner correctement ses causes.

D’après les chiffres de la Banque mondiale, la pauvreté extrême a remarquablement régressé en Asie de l’Est où elle touche 16% de la population. Par contre, elle a augmenté en Afrique subsaharienne où 46% de la population vit avec moins de 1$ US par jour. Comment expliquer ce phénomène? Qu’ont en commun tous les pays qui ont récemment enregistré une croissance rapide? Ils ont tous tiré avantage des opportunités commerciales qu’offre la mondialisation!

La Chine en est un bel exemple. En moins de 25 ans, le niveau de vie des Chinois a été multiplié par cinq et la proportion de personnes vivant dans un état de pauvreté absolue a diminué de 64 à 17%. L’Inde affiche une performance similaire. Quant à Hong Kong, Singapour, Taïwan, la Malaisie et la Corée du Sud, ils sont des modèles de croissance, car il ne leur a fallu qu’une quarantaine d’années pour quitter le groupe des pays les plus pauvres et rejoindre celui des pays les plus riches.

Le cas de la Corée est éloquent, car la partition effectuée en 1948 a permis à la Corée du Nord et à celle du Sud de choisir leurs systèmes politique et économique. C’est en optant pour des politiques que M. Ramonet désapprouverait sans doute que la Corée du Sud bénéficie aujourd’hui d’un niveau de vie 14 fois plus élevé que son voisin du Nord, lequel a imposé des politiques protectionnistes et communistes.

Malgré les nombreux exemples, certains continuent à tenir des journées de discussion dans le but de régler le sort du monde tout en condamnant le remède le plus efficace contre la pauvreté. Les pauvres n’ont que faire de nos beaux discours et de nos nobles intentions. Ils ont besoin que nous leur ouvrions nos frontières et que nos gouvernements abolissent les tarifs douaniers et les subventions titanesques avec lesquelles ils achètent les votes de groupes de pression.

D’ailleurs, comment la mondialisation pourrait-elle être responsable de la misère des pays de l’Afrique sub-saharienne, alors qu’ils sont justement parmi les plus isolés du reste du monde? Et pourquoi le fait de faire du commerce avec les pays du Nord les appauvrirait-il? Mon boulanger s’appauvrit-il chaque fois que je lui achète son pain? N’est-ce pas en offrant sa main-d’oeuvre que chaque travailleur s’enrichit?

C’est l’absence de commerce international qui est source de misère. Prétendre que les politiques libérales et la mondialisation causent la pauvreté est aussi absurde que d’affirmer qu’un commerçant s’appauvrit chaque fois qu’il réalise une vente.

Les pays asiatiques nous ont prouvé de manière remarquable que la prospérité passe par les échanges commerciaux. Combien de temps nous faudra-t-il pour le reconnaître?

Nathalie Elgrably est économiste à l’Institut économique de Montréal.

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