Labour

Syndicalistes et économie 101

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec publiait dernièrement un texte d'opinion intitulé « Les profits avant les gens: quelle limite? » signé par M.M. Serge Cadieux et David Chartrand, deux leaders syndicaux qui représentent des travailleurs spécialisés dans l'entretien d'avions qui, selon eux, seraient désavantagés par l'adoption du projet de loi C-10 actuellement à l'étude devant la Chambre des communes.

Je n'ai absolument rien contre les auteurs à proprement parler. Je ne les connais tout simplement pas et, du reste, ils ne font que leur travail en tentant de défendre le plus vigoureusement possible ce qu'ils estiment être les intérêts de leurs membres. C'est d'ailleurs justement pour cela que ces travailleurs syndiqués payent leur cotisation. Bref, de leur point de vue, ils ont probablement raison et ce n'est certes pas moi qui vais leur lancer des pierres en raison de leur activisme. Qui plus est, je n'ai pas étudié le détail de ce projet de loi comme tel et je ne peux donc me prononcer sur son mérite.

Ceci étant dit, leur texte est bourré d'inepties et de non-sens économiques auxquels il faut bien répliquer, ne serait-ce que pour le bénéfice des citoyens.

Tout d'abord, les auteurs invoquent ce slogan creux souvent utilisés qu'est « les profits avant les gens ». Réfléchissons un peu. Les travailleurs syndiqués dont il est question sont sans nul doute « des personnes ». Mais les actionnaires d'Air Canada sont, eux aussi, « des personnes ». Certains d'entre eux sont, notamment, des rentiers à revenus modestes qui compte justement sur un bon rendement de leurs placements afin d'assurer leur retraite. Les entrepreneurs et les travailleurs des autres entreprises d'entretien d'aéronefs avec lesquelles Air Canada aimeraient potentiellement pouvoir faire affaires sont, eux aussi, « des personnes ».

Ensuite, les auteurs affirment que permettre à Air Canada d'utiliser les services des fournisseurs ou sous-traitants de leur choix ne « repose aucune base économique solide autre que celle du rendement des actionnaires ».

L'affirmation est tellement grosse qu'on se demande bien quels manuels d'économie nos deux syndicalistes ou leurs conseillers ont consultés. Ainsi donc, voici quelques « bases économiques » qui, justement, donnent raison à Air Canada dans ce dossier, à savoir:

  • La liberté contractuelle, c'est-à-dire la possibilité d'entrer dans une relation contractuelle avec des sous-traitants, employés ou autres personnes sur une base volontaire et mutuellement convenue, plutôt que de voir cette relation dictée par le pouvoir coercitif de la Loi;
  • La libre concurrence, c'est-à-dire la possibilité d'opérer son entreprise librement, mais dans le respect de lois équitables qui traitent tous les opérateurs d'un même secteur de la même façon;
  • Le libre-échange, par lequel les travailleurs et entrepreneurs de différentes zones géographiques peuvent se spécialiser dans différents domaines d'activités économiques où ils ont un avantage comparatif pour ensuite échanger sur cette base, ceci en rehaussant ultimement le niveau de vie du plus grand nombre. Sur ce dernier point, et malgré ce que cet ignare de Donald Trump affirme, les bénéfices du libre-échange, et ce pour le plus grand nombre de personnes à travers le monde, ont été largement démontrés par de multiples études sérieuses.

Michel Kelly-Gagnon is President and CEO of the Montreal Economic Institute. The views reflected in this op-ed are his own.

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