Op-eds

Budget 2015 : un pas dans la bonne direction

Si le budget 2015 du Québec dévoilé jeudi a réservé peu de surprises, vu les engagements déjà annoncés, il marque toutefois un virage dans les finances publiques de la province avec l’atteinte éventuelle du déficit zéro.

Les cibles de contrôle de la croissance des dépenses sont audacieuses et exigeront beaucoup d’efforts pour les atteindre. Le gouvernement vise toutefois dans la bonne direction et devra maintenir le cap. Rappelons qu’au cours des 40 dernières années, le budget a été équilibré ou en surplus seulement six fois. Depuis l’atteinte du déficit zéro en 1998-1999, la dette a augmenté de près de 100 milliards $. Au point où la dette publique équivaut aujourd’hui à quelque 70 000 $ par contribuable. Aussi, dans la fonction publique, il importe de souligner que le nombre d’employés à temps plein en 2013 était plus élevé par rapport à 2008-2009, malgré les slogans d’« austérité » des activistes.

Surtout, avec ce budget, le gouvernement prévoit faire 84 % de l’effort de retour à l’équilibre budgétaire, les entreprises et les particuliers se partageant le 16 % restant. Espérons que ce plan se concrétise, car rappelons qu’en 2010 le gouvernement de l’époque avait promis de faire près des deux-tiers des efforts pour revenir à l’équilibre budgétaire, contre un tiers des efforts par les contribuables. Or après avoir subi une avalanche de taxes et de tarifs, les contribuables se sont retrouvés, quatre ans plus tard, à avoir fait… 100 % de l’effort!

Il est temps de faire les choses autrement. Si on veut éviter de refaire le débat sur l’équilibre budgétaire tous les cinq ou dix ans, il faut s’attaquer aux causes structurelles qui nous entraînent vers des déficits récurrents, et reconnaître que l’État a un problème de dépenses, et non de revenus. Rappelons que le gouvernement prévoyait récolter, en 2014, 16,3 milliards $ de plus en revenus de toute sorte que lors de l'exercice financier 2009-2010. C’est un rythme de croissance trois fois plus élevé que l’inflation durant la même période. Et malgré tout cela, les déficits persistent.

Mais le gouvernement actuel semble sur la bonne voie, souhaitons maintenant qu’il garde le cap.

Car dégager d’éventuels surplus permettra de diminuer le fardeau fiscal des contribuables québécois et de réduire la dette publique. Des budgets équilibrés et même des surplus comportent des avantages pour les générations actuelles et futures, et devraient donc être un objectif non seulement pour le gouvernement en place, mais aussi pour tous ceux qui suivront.

Sur une note moins optimiste, on constate que ce budget contient encore des « réflexes » de politiciens-entrepreneurs qui nous ont pourtant entrainés, au fil des ans, dans la situation déficitaire actuelle. Notamment le « plan maritime », ou le retour des très généreux crédits d’impôts pour l’industrie du jeu vidéo, ainsi que la création d’un fonds d’investissement gouvernemental dans ce type d’entreprises.

Mais dans l’ensemble, le budget 2015 demeure un pas dans la bonne direction. Et il doit surtout être vu comme la première étape d’une entreprise d’assainissement à long terme des finances publiques québécoises.

Michel Kelly-Gagnon is President and CEO of the Montreal Economic Institute. The views reflected in this column are his own.

Back to top