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Mensonges et subventions

«Le déclin d’une langue dépend de causes politiques et économiques. Il ne peut être dû à la seule mauvaise influence de tel ou tel individu.» – George Orwell

Chaque jour qui passe me rappelle à quel point le gouvernement nous prend pour des idiots – en jouant avec les mots. Dans une récente chronique, je mentionnais que le gouvernement accorde maintenant des «prêts non remboursables» (ça ne s’invente pas!) à des entreprises. Traduction: vous «prêtez» des millions de vos impôts à IBM ou Warner Brothers, mais ces entreprises n’ont pas l’obligation de vous rembourser.

Orwell doit se retourner dans sa tombe.

Que voulez-vous… Si on vous disait carrément qu’on prend votre argent pour le donner à des millionnaires, les politiciens auraient de la difficulté à se faire réélire.

Mais il y a pire. Une étude du Frontier Centre, un centre de recherche de Winnipeg, révèle que même l’argent que vous donnez aux multinationales sous forme de prêts «remboursables»… n’est pas remboursé!

Depuis 1982, Industrie Canada a prêté plus de 18 G$ de vos impôts – l’équivalent de 360 000 années de labeur au salaire annuel de 50 000 $ – à des centaines d’entreprises. Celles-ci sont habituellement bien connectées politique­ment, ou situées dans des circonscriptions où le gouvernement veut acheter des votes. Rien de grave direz-vous. Ce sont des prêts. L’argent nous reviendra, non?

Non! En 28 ans, les entreprises canadiennes ont remboursé seulement 1,9 G$ des 18 G$ prêtés – à peine 10% du total. Gardons en tête que ces prêts sont souvent accordés sans intérêt. Nous sacrifions donc collectivement des millions de dollars que nous aurions pu gagner en investissant cet argent ailleurs.

Pire: comme notre gouvernement est endetté, il doit emprunter sur les marchés – à environ 4% – pour trouver cet argent. La facture totale pour les contribuables dépasse donc largement les 18 G$ «prêtés».

Parmi les suspects habituels qu’on retrouve dans l’étude: les firmes d’aéronautique (ces entreprises de lobbying qui fabriquent des avions et des moteurs comme sideline). Mais aussi des petits commerces de pneus, de voitures sport. Même un salon de crème glacée!

On peut toujours débattre de l’efficacité des subventions aux entreprises. Mais ce qui agace, c’est cette volonté évidente du gouvernement de nous cacher la vérité avec des communiqués de presse trompeurs.

Prenez celui du 31 mars 2009, émis par Industrie Canada. On y annonce un «investissement remboursable» de 250 M$ à l’entreprise de simulateurs de vol CAE. Or, quand on fouille dans les dossiers d’Industrie Canada, on se rend compte que ce don de 250 M$ est remboursable… «conditionnellement». Traduction: si CAE vend assez de simulateurs, l’entreprise va nous rembourser. Dans le cas contraire, dites adieu à votre argent.

Face, ils gagnent; pile, vous perdez.

Si les politiciens préfèrent donner nos impôts aux grosses entreprises au lieu d’améliorer le système de santé, de payer la dette ou de baisser nos impôts, qu’ils aient au moins la décence de s’assumer. Et de le dire clairement.

David Descôteaux is a Researcher at the Montreal Economic Institute.

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