Labour

Si j’étais le négociateur en chef du gouvernement

Le Front commun syndical qui représente les fonctionnaires québécoises estime qu’il y a un rattrapage salarial majeur à faire, de l’ordre de 12% sur un peu plus de deux ans.

D’une part, il est tout à fait légitime pour les syndicats de chercher à améliorer les conditions salariales de ceux qu’ils représentent. D’autre part, le gouvernement se doit de protéger les intérêts des contribuables québécois (actuels et futurs) car toute hausse importante de la masse salariale de l’État québécois se traduira vraisemblablement, à terme, par une hausse du fardeau fiscal.

Si j’étais le négociateur en chef du gouvernement je soulignerais, premièrement, que la rémunération n’est pas que salariale. Notamment, la sécurité d’emploi dont jouissent actuellement les fonctionnaires québécois recouvre un ensemble de privilèges non-négligeables, comme la garantie offerte aux employés de ne pas être licencié par manque de travail, le droit au placement prioritaire sur des postes vacants et le maintien de leur traitement en cas de suppression de leur poste. Ce sont là des avantages dont disposent peu de travailleurs du secteur privé.

Sur ce point, je citerais une étude réalisée en Australie sur la valeur de la sécurité d’emploi. Dans cette étude publiée en 2002, des chercheurs ont interrogé plus de 2000 salariés des secteurs public et privé afin de comparer leur niveau relatif de bien-être au travail sur un ensemble de questions. Selon les travailleurs interrogés, un contrat de travail comprenant une grande sécurité d’emploi, rémunéré à 20 dollars de l’heure, équivaut à un contrat doté d’une sécurité moyenne mais rémunéré à 22,28 dollars de l’heure. Autrement dit, la plupart des répondants étaient disposés à recevoir un salaire moins élevé en échange de plus de sécurité d’emploi.

Deuxièmement, je soulignerais que le régime de retraite à prestations déterminées dont bénéficient les fonctionnaires va bien au-delà de ce qui est généralement offert dans le secteur privé.

Troisièmement, je rappellerais qu’une organisation sait qu’elle ne rémunère pas suffisamment ses employés quand elle subit un roulement excessif du personnel et/ou quand elle ne réussit pas à recruter les employés nécessaires. Or, à ma connaissance, il n’a aucunement été démontré que les fonctionnaires québécois quittent massivement leur fonction pour aller travailler dans le secteur privé.

En fait, quand un poste permanent à temps plein dans la fonction publique québécoise est créé (ce qui est relativement rare), c’est plutôt le contraire qui se produit car de nombreux candidats qualifiés postulent.

Par contre, à tort ou à raison, les fonctionnaires se sentent actuellement mal aimés et dévalorisés. Or des hausses salariales significatives constitueraient un signal positif envers eux. Toutefois, je rendrais la portion de l’augmentation salariale allant au-delà de l’inflation conditionnelle à des gains de productivité qui se traduirait notamment par une réduction du nombre de fonctionnaires. Elle ne serait versée que lorsque des économies mesurables ont été réalisées. De plus, elle prendrait la forme d’une rémunération variable basée sur des critères de performance.

Je dis oui à des fonctionnaires très bien payés, mais à l’intérieur d’un État dont le mandat serait moins envahissant. Bref, moins de fonctionnaires mais avec de meilleures conditions.

Michel Kelly-Gagnon is President and CEO of the Montreal Economic Institute.

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