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Entre dettes et épargne

La saison suivant les fêtes a aussi ses rituels: les régimes amincissants pour perdre des kilos et les régimes financiers pour payer les soldes de ses cartes de crédit!

Apparemment, nous sommes plus prompts à suivre les premiers que les seconds. Un sondage dévoilé récemment par le Groupe Investors révèle que 67% des travailleurs canadiens disent mieux se porter physiquement que financièrement. Ce qui pousse 56% d’entre eux à estimer qu’ils n’arriveront pas à joindre les deux bouts s’ils arrêtent de travailler à la retraite.

Au Québec, où l’on investit généralement moins chaque année dans les REER qu’ailleurs au pays, 76% des travailleurs disent avoir un corps se portant mieux que leur portefeuille.

Sommes-nous trop endettés? Épargnons-nous suffisamment? Les avis sont partagés: avant les fêtes, un rapport de la Banque du Canada indiquait que le ratio de la dette au revenu disponible des ménages canadiens avait augmenté de 67% à 125% depuis 20 ans. Malgré cela, le rapport conclut que leur santé financière semble plutôt bonne, car ce sont surtout les ménages disposant d’un revenu ou d’un actif suffisants qui ont contracté la majeure partie des dettes.

Par contre d’autres économistes sont inquiets de l’effondrement du taux global d’épargne des Canadiens, qui oscille aujourd’hui autour de zéro. La flambée des prix de l’immobilier aurait poussé beaucoup de personnes à se percevoir comme étant plus riches, à épargner moins et à s’endetter davantage.

Quoi qu’il en soit, il reste que l’épargne – y compris le remboursement d’une dette – est un comportement essentiel, tant pour assurer la sécurité financière des ménages que pour financer l’investissement. Sans épargne, à l’échelle globale, il ne peut y avoir de développement économique.

En novembre dernier, un groupe de personnalités québécoises appelait le gouvernement à mieux protéger ceux qui investissent dans des fonds communs. But ultime: favoriser une augmentation de l’épargne. La confiance des gens dans le système financier est certes une condition essentielle à l’épargne, mais il existe une série d’autres facteurs qui déterminent largement notre propension à épargner:

  • • Plus les taux d’intérêt sont bas, plus le crédit est abordable et plus l’endettement s’accroît; moins l’épargne est rentable.
  • • Plus la ponction fiscale des gouvernements passe par les taxes à la consommation plutôt que par l’impôt sur le revenu, plus les gens sont incités à épargner. Du point de vue de l’épargne, une baisse de l’impôt sur le revenu est préférable à une baisse de la TPS ou de la TVQ.
  • • Plus les gens croient que les programmes sociaux assureront leur sécurité financière à la retraite, moins ils se sentent obligés d’épargner.
  • • Plus les lois régissant les faillites personnelles sont clémentes, moins le surendettement est sanctionné, moins les gens sont incités à surveiller leur consommation.

Bref, les gens s’endettent et épargnent en réagissant à toute une série de facteurs que les gouvernements déterminent en partie par leurs politiques monétaire, fiscale et sociale. Il serait utile de connaître l’ampleur de l’effet de ces politiques sur notre propension à épargner et à nous endetter.

Paul Daniel Muller is President of the Montreal Economic Institute.

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