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Le mirage de la création d’emplois

La ministre des Finances, Pauline Marois, et le premier ministre Bernard Landry, annonçaient récemment la création éventuelle de 2634 emplois dans la Cité du commerce électronique au centre-ville de Montréal. Selon eux, rien de tout cela n’aurait été possible sans le programme de crédit d’impôt qui couvrira 35% des salaires des futurs employés.

Selon les estimés officiels, ces crédits devraient coûter 28 M$ au trésor québécois. Mme Marois nous enjoint cependant de ne pas nous laisser impressionner par ce montant. Selon elle, le coût réel de ce programme sera nul puisque, dans cinq ans, Québec aura recouvré sa mise de fonds avec l’impôt que paieront les nouveaux employés.

L’argument avancé ne tient cependant pas la route, car il n’est qu’une variante des politiques à courte vue que l’économiste français Frédéric Bastiat dénonçait il y a plus de 150 ans dans son essai Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.

Comme il l’explique, une intervention gouvernementale pour «créer des emplois» n’engendre pas seulement un effet, mais une série d’effets. Seul le premier est visible et semble positif. Les conséquences néfastes, elles, ne viennent qu’ensuite, sans attirer l’attention.

Ce programme illustre bien le propos de Bastiat. Le gouvernement offre une ristourne de 28 M$ à des entreprises contre la promesse de créer un certain nombre d’emplois.

Il y a cependant plusieurs effets subséquents de cette politique qui sont moins visibles. Ou bien ces emplois auraient peut-être été créés de toute manière, ce qui veut dire que les nouveaux employés paieraient le même montant au fisc au bout de cinq ans. Ainsi, le gouvernement se prive d’impôts qui auraient pu être réinvestis dans la santé ou l’éducation.

Ou bien ces emplois ne sont créés que pour bénéficier des subventions. Dans ce cas, ces crédits d’impôt transfèrent arbitrairement des millions d’un secteur industriel à un autre. Ces ressources ne sont désormais plus disponibles pour les entreprises oeuvrant dans le commerce électronique mais qui sont situées hors du périmètre ciblé, ou pour les autres secteurs de l’économie québécoise.

Les contribuables perdent alors au change, car les emplois créés par ces entreprises jetteraient les bases d’un développement économique plus prometteur, et généreraient ainsi plus de recettes fiscales pour le gouvernement.

Depuis une quarantaine d’années, les gouvernements québécois ont privilégié l’interventionnisme, avec pour résultat un fardeau fiscal non compétitif. Québec cherche maintenant à adoucir la pilule avec ces exemptions temporaires qui ont souvent plus d’avantages politiques que financiers.

Comme l’a expliqué l’économiste Friedrich Hayek, l’économie de marché est un système permettant de coordonner l’information qui se trouve dans la tête de millions d’acteurs économiques et qui n’existe nulle part de façon centralisée. Bernard Landry a beau être un homme brillant, lui et ses fonctionnaires ne disposent pas de plus d’information que celle qui est générée par l’interaction libre de millions de producteurs et de consommateurs. Il serait plus profitable que le gouvernement baisse les impôts de toutes les entreprises québécoises sans discrimination et qu’il laisse les investisseurs privés sélectionner les projets qui sont, selon eux, les plus prometteurs.

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