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Avantages de la concurrence

Nous avons vu, la semaine passée, le cas étrange du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui veut empêcher les grands fournisseurs de télécommunications de réduire les prix de leurs services aux entreprises, sous prétexte de favoriser la concurrence. En fait, il s’agit là d’un cas particulier d’un problème plus général: l’idée que la concurrence se mesure par le nombre de concurrents ou la part de marché.

Ainsi, constatant que les concurrents des grands fournisseurs comme Bell ou TELUS n’ont que 8% du marché des lignes téléphoniques commerciales, le CRTC en conclut qu’il n’y a pas assez de concurrence et qu’il faut imposer des handicaps concurrentiels aux fournisseurs les plus efficaces.

Il y a trois problèmes dans ce genre de raisonnement. Primo, le CRTC ignore que la concurrence n’est pas un résultat, mais un processus. Un marché est concurrentiel quand la loi ne dresse pas d’obstacles à l’entrée de nouveaux concurrents et de nouvelles technologies. Les coûts d’accès à un marché ne seront jamais égaux. Les entreprises qui ont investi pour créer des économies de réseau profiteront naturellement de coûts moins élevés. Si on ne laisse pas les investisseurs profiter de leurs investissements, ils n’investiront pas.

Peut-on vraiment déterminer les limites d’un marché? Selon la définition plus ou moins restreinte qu’on en donne (par exemple, les services téléphoniques par lignes terrestres au lieu des services de télécommunications en général), on y observera plus ou moins de concurrents. La concurrence entre les marchés et les technologies est aussi efficace que celle entre les entreprises. Dans son étude sur la concurrence dans les télécoms, le professeur Neil Quigley, de l’Université de Toronto, a démontré que le plafonnement des prix des services de base nuit aux consommateurs: cela les force à choisir un avantage monétaire immédiat plutôt que les fruits futurs de l’innovation et de l’investissement.

Secundo, contrôler les prix sous prétexte de les maintenir à un niveau concurrentiel empêche les entreprises de jouer leur rôle économique, qui est de transmettre des signaux corrects sur la vraie valeur des choses. Des prix libres jouent ce rôle parce qu’ils incorporent toute l’information du marché. Les vrais prix sont un résultat et non une cause de la concurrence.

Depuis le débat qui a opposé Friedrich Hayek (prix Nobel d’économie) et Ludwig von Mises aux économistes socialistes, on sait que l’information nécessaire à la détermination de la valeur des choses, des coûts et des prix est dispersée parmi tous les individus, chacun connaissant le mieux ses préférences et ses contraintes. Elle est inaccessible de façon centralisée à un organisme comme le CRTC.

Tertio, même si le marché n’est pas parfait, la réglementation l’est encore moins, comme l’a démontré l’école du Public Choice en économie. Quand on donne aux politiciens et aux bureaucrates le pouvoir de fixer les prix et de décider qui sera autorisé à entrer dans une industrie et à quelles conditions, on crée une situation où les entreprises ont intérêt à faire du lobbying contre leurs concurrents. Or, les coûts de ce lobbying représentent une perte sèche pour l’économie.

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