Labour

Un revenu disponible amputé

Les statistiques des comptes provinciaux et nationaux définissent le revenu disponible comme ce qui reste aux individus une fois qu’ils ont payé les impôts directs (impôt sur le revenu des particuliers et cotisations sociales) et touché des transferts en provenance des gouvernements (assistance sociale, pensions de vieillesse, bourses d’étudiants, etc.). Si on retranche ces transferts, on obtient ce que l’on appelle le «revenu disponible privé».

L’an dernier, le revenu disponible privé des Québécois a atteint 16 593 $ par habitant. C’est 33% de moins que celui des Albertains. Depuis la fin des années 80, l’écart s’est creusé entre le Québec et l’Alberta. Depuis 10 ans, le revenu disponible privé per capita a crû de 47% en Alberta, comparativement à 36% au Québec.

Pourquoi nous comparer avec l’Alberta? Parce qu’il est plus pertinent de se comparer avec les meilleurs pour savoir où nous nous situons. Au cours des dernières décennies, l’Alberta est la province où le gouvernement a le plus systématiquement privilégié la liberté et la croissance économiques. Aujourd’hui, le revenu personnel disponible du résident albertain dépasse même celui du résident ontarien.

Tout cela a des conséquences pratiques. Prenez la famille moyenne québécoise qui touche deux revenus: elle gagne quelque 70 000 $ par année. Même avec deux enfants en bas âge (c’est-à-dire deux personnes à charge), elle ne conserve que 55 000 $ en revenu disponible une fois déduits les impôts provincial et fédéral sur le revenu. Si cette famille québécoise déménageait en Alberta, son revenu disponible augmenterait de près de 3 000 $.

Le handicap de cette famille québécoise est à peu près le même que celui qu’elle subirait en Ontario. Et nos chiffres ne tiennent pas compte du fait qu’en Alberta ou en Ontario notre famille moyenne gagnerait davantage avant impôts, puisque les revenus y sont en général plus élevés.

Ces calculs ne tiennent pas compte non plus des autres impôts qui s’ajoutent aux impôts directs des particuliers, soit les taxes indirectes et l’impôt sur le revenu des sociétés. Car tous les impôts, en définitive, retombent sur des individus. Et une partie de leur revenu disponible sert à payer les impôts autres que celui sur le revenu. Ces derniers équivalent à 13% du produit intérieur brut au Québec, soit le double de la proportion albertaine.

Une des conséquences du revenu disponible plus faible au Québec est que l’épargne et l’investissement privés y sont réduits. L’épargne personnelle per capita est d’environ 10% moins élevée au Québec qu’en Alberta.

En général, les gens préfèrent garder pour eux la plus grande portion de ce qu’ils gagnent. On peut donc supposer qu’il existe une relation entre le revenu disponible et les migrations nettes annuelles. Depuis 1997, l’Alberta a accueilli cinq fois plus de migrants nets que les 42 000 migrants au Québec.

Ce qui importe surtout, du point de vue économique, ce sont les possibilités de choix des individus et, en particulier, des consommateurs. Parce que les Québécois peuvent conserver moins de ce qu’ils gagnent, ils ont, en bout de ligne, une liberté de choix réduite.

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