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1 January 2006January 1, 2006

Que penser de la simplicité volontaire?

Protégez-vous, p. 19 & 21

Que penser de la simplicité volontaire?

Débat entre Pierre Desrochers, chercheur associé à l'IEDM, et Denis Blondin, professeur au Cégep François-Xavier Garneau.

Pierre Desrochers: Un courant marginal

Si la simplicité volontaire vise à réduire son niveau de stress, à vivre autrement pour consacrer plus de temps aux loisirs et à la famille, c’est parfait. Mais s’il s’agit de réduire notre consommation afin de préserver les ressources de la terre et la qualité de vie des générations futures, alors là on fait fausse route. En effet, dans une économie de marché, les êtres humains ne font pas que consommer des ressources, ils en créent aussi au moins autant.

Au XIXème siècle, en Angleterre, certains craignaient qu’on finisse par manquer de charbon. Mais ils ignoraient que des substituts allaient être développés dans les décennies à venir. Aujourd’hui, nous avons consommé beaucoup plus de charbon que ce que les gens de l’époque croyaient posséder, et pourtant nous ne manquons pas de ressources. La raison? On a développé l’hydroélectricité, le gaz naturel, le pétrole, puis l’énergie nucléaire, et en même temps nous avons créé des technologies nous permettant d’exploiter des gisements qui, à l’époque, n’étaient pas accessibles.

Quant aux dommages que notre niveau de vie «excessif» causerait à la nature, le lien n’est pas établi. Aujourd’hui, c’est dans les économies développées que la qualité de l’environnement est la meilleure, notamment parce qu’elles ont les moyens de se payer des équipements antipollution et qu’on y apprend continuellement à faire plus et mieux en utilisant moins de ressources.

Même si tout n’est pas parfait, avec le progrès technologique, on crée des problèmes moins importants que ceux qu’on parvient à résoudre et, à long terme, la plupart des indicateurs sont positifs. La simplicité volontaire me paraît donc condamnée à rester marginale.

Denis Blondin: Ni absurde ni utopique

Au nom de la liberté d’avoir toujours plus de choix, nous supportons des contraintes parfois très lourdes. Mais ce n’est pas parce que nous avons aujourd’hui une culture du libéralisme économique et de la domination de l’argent que nous en sommes forcément prisonniers pour le restant de nos jours. Nous pouvons décider collectivement de changer nos rêves et nos priorités. Un gouvernement peut, à un moment donné, transformer les institutions et adopter des lois pour encadrer l’activité économique. Il y a toutes sortes de domaines où les univers de la consommation et de l’argent pourraient être organisés différemment. Cela ne signifie pas arrêter de consommer, mais se comporter de façon responsable.

Notre société a pour principe une croissance économique indéfinie; pour que cela fonctionne, il faut donc que la consommation soit elle aussi illimitée. Cette fuite en avant génère des coûts environnementaux et sociaux exorbitants. Il y a là une forte composante irrationnelle. À partir d’un certain moment, on ne cherche plus à s’enrichir ou à consommer davantage pour améliorer sa qualité de vie, mais pour s’insérer dans une symbolique du paraître où l’inflation est la règle: la longueur des autos, la grosseur des maisons, la largeur des autoroutes…

Dans un monde où les ressources sont limitées, ce comportement est absurde et suicidaire, même si on nous répète que la technologie réglera tous nos problèmes. Immoral aussi quand on pense, par exemple, que les Nord Américains consomment 350 fois plus d’énergie que les personnes qui en consomment le moins.

Je ne sais pas si la simplicité volontaire est LA réponse, mais c’est au moins une prise de conscience et une analyse juste de la réalité matérielle et sociale dans laquelle nous sommes engagés. C’est aussi une façon de nous ramener à des valeurs que nous avions perdues de vue et une réflexion sur le sens de notre vie individuelle et collective.


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