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17 janvier 2019janvier 17, 2019

Réduction des gaz à effet de serre - Des cibles ambitieuses pour un impact insignifiant

La Presse+, p. web

Réduction des gaz à effet de serre - Des cibles ambitieuses pour un impact insignifiant

Le gouvernement du Québec a signalé à maintes reprises son engagement à lutter contre les changements climatiques.

La province s’est ainsi fixé plusieurs cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et vise à faire disparaître ses émissions presque entièrement d’ici 2050. Certains citoyens veulent en faire plus, comme en témoigne le Pacte pour la transition lancé par un groupe de personnalités il y a quelques semaines. Même si réduire les émissions de GES est en soi un objectif louable, on peut tout de même se demander si les initiatives citoyennes ou gouvernementales québécoises auront un réel impact.

Le Québec ne pèse pas lourd

Lorsqu’on replace la quantité de GES émis par le Québec dans un contexte mondial, on doit constater que l’atteinte de ses cibles n’aurait pratiquement aucun effet sur le climat. Les émissions de GES canadiennes représentaient 1,6 % des émissions mondiales en 2013 (l’année la plus récente pour laquelle ces données sont disponibles).

Puisque le Québec émet environ 11 % des GES au Canada, on peut estimer que la province est responsable d’environ 0,18 % (18 centièmes de 1 %) des émissions planétaires. Cette proportion minuscule est probablement surestimée, puisque la part des émissions canadiennes sur le total mondial est en baisse depuis quelques années, tout comme celle du Québec dans le Canada.

Le Québec veut réduire ses émissions déjà peu importantes de 20 % entre 1990 et 2020. Cet objectif ambitieux ne représente que 0,038 % (ou 38 millièmes de 1 %) des émissions mondiales d’aujourd’hui. Et comme la province a réduit ses émissions de 11 % entre 1990 et 2016, la partie restante de l’objectif à atteindre d’ici 2020 représente une partie encore plus infime du total global, soit 0,018 % ou 18 millièmes de 1 %. Disons que ça remet le débat en perspective!

De plus, l’atteinte de la cible québécoise serait annulée assez rapidement par le plus grand émetteur de la planète, la Chine.

Entre 2005 et 2013 seulement, les émissions chinoises ont augmenté de 559 millions de tonnes-équivalent de CO2 (Mt éqCO2) chaque année. En comparaison, la cible totale de réduction pour le Québec pour la période de 1990 à 2020 est de 17,3 Mt éqCO2. Autrement dit, la Chine annule la totalité des objectifs de réduction du Québec sur 30 ans en seulement 11 journées et demie.

Enfin, au sein du Canada, le Québec fait figure de modèle. C’est ici que les émissions par habitant sont les plus faibles au pays ; le Québécois typique produit deux fois moins de GES que le Canadien moyen. Le Québec est aussi la deuxième province à avoir le plus réduit ses émissions par habitant entre 1990 et 2016.

Que faire, alors?

Dans l’ensemble, le Québec fait donc remarquablement bien en termes d’émissions de GES, surtout quand on considère sa nordicité, et l’impact des émissions québécoises sur le climat mondial est pour le moins négligeable; si on se penche spécifiquement sur celui de la diminution attendue de ses émissions d’ici 2020, il est pratiquement inexistant.

Qu’est-ce que le Québec peut faire pour contribuer encore plus à l’effort environnemental? Un premier pas serait de cesser de mettre de l’avant des politiques publiques inefficaces voire nuisibles. On peut penser par exemple, à la subvention à la cimenterie McInnis, par laquelle le gouvernement du Québec a contribué à la création du plus grand émetteur de GES de la province.

Le reste reposera sur la transition énergétique, qui est bien engagée. Ce genre de transition prend du temps.

À titre d’exemple, le charbon, qui a commencé à être remplacé par le pétrole vers la fin du XIXe siècle, sert toujours à produire environ 25 % de l’énergie primaire mondiale. Le même phénomène est à l’œuvre pour le pétrole. L’avènement de nouvelles technologies qui émettent moins de GES est certain, mais il ne sera pas immédiat.

En attendant, toutes les personnes de bonne volonté peuvent avoir un véritable impact en pratiquant un environnementalisme de proximité. Lorsqu’on réduit ses déchets, qu’on se déplace en dehors des heures de pointe, qu’on recycle et qu’on réutilise, qu’on marche plutôt que de prendre son véhicule lorsque c’est possible, on contribue à diminuer les émissions de microparticules, le smog et les déchets, qui touchent directement notre entourage. Voilà des gestes concrets qui donnent vraiment quelque chose.

Germain Belzile est chercheur associé senior à l'IEDM. Il est l'auteur de « Réduction des GES : des cibles ambitieuses pour des impacts insignifiants » et signe ce texte à titre personnel.

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