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17 janvier 2019janvier 17, 2019

Réduction des GES : des cibles ambitieuses pour des impacts insignifiants

Point illustrant l’impact négligeable des émissions québécoises sur le climat mondial

Réduction des GES : des cibles ambitieuses pour des impacts insignifiants

Le gouvernement du Québec a signalé à maintes reprises son engagement à lutter contre les changements climatiques. La province s’est ainsi fixé plusieurs cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et vise à les faire disparaître presque entièrement d’ici 2050. Pourtant, la part québécoise des émissions mondiales de GES est si minime que l’atteinte des objectifs provinciaux aurait un impact insignifiant sur l’évolution de la température de la planète.

Communiqué de presse : Réduction des GES : des cibles ambitieuses pour des impacts insignifiants
 

En lien avec cette publication

Réduction des gaz à effet de serre - Des cibles ambitieuses pour un impact insignifiant (La Presse+, 17 janvier 2019)

Ambitious targets for an insignificant result (Montreal Gazette, 17 janvier 2019)
Entrevue avec Germain Belzile (Ségal-Lavoie le midi, FM93, 17 janvier 2019)

Entrevue avec Germain Belzile (Jérôme Landry au retour, CHIK-FM, 17 janvier 2019)
Entrevue (en anglais) avec Germain Belzile (CTV News Montreal 12:00pm, CFCF-TV, 24 janvier 2019)

 

Ce Point a été préparé par Germain Belzile, chercheur associé senior à l’IEDM. La Collection Environnement de l’IEDM vise à explorer les aspects économiques des politiques de protection de la nature dans le but d’encourager des réponses à nos défis environnementaux qui présentent le meilleur rapport coût-efficacité.

Le gouvernement du Québec a signalé à maintes reprises son engagement à lutter contre les changements climatiques. La province s’est ainsi fixé plusieurs cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et vise à les faire disparaître presque entièrement d’ici 2050(1).

Pourtant, la part québécoise des émissions mondiales de GES est si minime que l’atteinte des objectifs provinciaux aurait un impact insignifiant sur l’évolution de la température de la planète.

Le Québec ne pèse pas lourd

Replacer la quantité de GES émis par le Québec dans un contexte mondial nous oblige à constater que l’atteinte de ses cibles n’aurait pratiquement aucun effet sur le climat. Les émissions de GES canadiennes représentaient 1,6 % des émissions mondiales en 2013 (l’année la plus récente pour laquelle ces chiffres sont disponibles)(2). Puisque le Québec émet environ 11 % des GES au Canada, on peut estimer que la province est responsable d’environ 0,18 % (18 centièmes de 1 %) des émissions mondiales. Cette proportion minuscule est probablement surestimée, puisque le pourcentage des émissions canadiennes sur le total mondial est en baisse depuis quelques années, tout comme la part québécoise dans le Canada, d’ailleurs(3).

Le Québec veut réduire ses émissions de 20 % entre 1990 et 2020. Cet objectif très ambitieux ne représente pourtant que 0,038 % (ou 38 millièmes de 1 %) des émissions mondiales d’aujourd’hui. Comme la province a déjà réduit ses émissions de 11 % entre 1990 et 2016, la partie restante de l’objectif à atteindre d’ici 2020 représente une partie encore plus infime des émissions mondiales, soit 0,018 % (ou 18 millièmes de 1 %, voir la Figure 1). Le premier ministre du Québec a d’ailleurs affirmé récemment que cette cible ne sera probablement pas atteinte(4).

Figure 1

L’atteinte de la cible québécoise serait aussi annulée assez rapidement par le plus grand pollueur de la planète, la Chine. Entre 2005 et 2013, les émissions chinoises de GES ont augmenté de 559 millions de tonnes-équivalent de CO2 (Mt éqCO2) chaque année. En comparaison, la cible totale de réduction pour le Québec est de 17,3 Mt éqCO2 pour la période de 1990 à 2020(5). Autrement dit, en raison de la forte croissance de ses émissions, la Chine annule la totalité des objectifs de réduction du Québec sur 30 ans en seulement onze journées et demie(6).

Tout cela n’empêche pas le Québec de faire des progrès significatifs et même d’être le champion canadien à certains égards. C’est par exemple au Québec que les émissions de GES par habitant sont les plus faibles au pays, avec seulement 9,3 tonnes par habitant (t/hab.), comparativement à 19,4 t/hab. pour l’ensemble du Canada. Après l’Ontario (-34 %), c’est au Québec que l’on a observé la plus importante baisse de GES par habitant entre 1990 et 2016, soit une diminution de 25 %(7).

Le portrait est comparable lorsqu’on mesure la quantité d’émissions en fonction du PIB. Pour chaque million généré par l’économie québécoise, 207 tonnes de GES étaient émises dans l’atmosphère en 2016. Celles du Canada étaient presque deux fois plus élevées, et celles de l’Alberta quatre fois plus. Depuis 1990, les émissions de GES en proportion du PIB ont diminué de 45 % au Québec (on observe une tendance similaire dans l’ensemble des provinces à l’exception de la Saskatchewan, où ce ratio est demeuré stable)(8).

Que faire, alors?

Dans l’ensemble, le Québec fait remarquablement bien en termes d’émissions de GES en comparaison avec les autres provinces. L’impact des émissions québécoises de GES sur le climat mondial est pour le moins négligeable; si on se penche spécifiquement sur celui de la diminution attendue de ses émissions d’ici 2020, il est pratiquement inexistant.

Qu’est-ce que le Québec peut faire pour contribuer à l’effort environnemental? Un premier pas serait de cesser de mettre de l’avant des politiques publiques inefficaces, voire nuisibles. On peut penser par exemple à la subvention à la cimenterie McInnis, par laquelle le gouvernement du Québec a contribué à la création du plus grand émetteur de GES au Québec(9); aux subventions à l’achat de véhicules électriques, qui coûtent près de 300 $ par tonne de GES non émise(10); au Fonds vert, qui réduit les émissions à un coût de plus de 2000 $ par tonne (à titre de comparaison, le prix du carbone à la bourse est présentement d’environ 20 $, et la taxe fédérale atteindra un sommet de 50 $ la tonne en 2022)(11).

Le reste reposera sur la transition énergétique, qui est bien engagée. Cela dit, celle-ci ne s’accomplira véritablement que lorsqu’elle sera accompagnée d’une transition technologique. Ces transitions prennent du temps. À titre d’exemple, le charbon, qu’on a commencé à utiliser de façon importante au milieu du XIXe siècle, n’a atteint son sommet dans le mix d’énergie mondiale que vers 1900 (environ 50 % du total), lorsque le pétrole avait déjà commencé à le remplacer. Plus de cent ans plus tard, le charbon n’a toujours pas disparu et sert à produire environ 25 % de l’énergie primaire(12). Le même phénomène est à l’œuvre pour le pétrole. L’avènement de nouvelles technologies qui émettent moins de GES est inévitable, mais il prendra un certain temps.

En somme, le Québec peut bien faire de nobles efforts pour diminuer ses rejets de CO2, mais il est illusoire de penser que cela aura un impact significatif. La véritable solution passe avant tout par l’innovation technologique.

Références

1. En 2020, les émissions québécoises de GES devront être de 20 % sous le niveau de 1990, de 37,5 % sous ce niveau en 2030, et de 80 à 95 % en 2050. Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre changements climatiques, Engagements du Québec, Nos cibles de réduction d’émissions de GES.
2. Environnement et Changement climatique Canada, « Indicateurs canadiens de durabilité de l’environnement : Émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale », 2017, p. 5.
3. Ibid., p. 6; Environnement et Changement climatique Canada, D-Tableaux-Secteur-Economique-Canadien-Provinces-Territoires, 21 novembre 2018.
4. Martin Croteau, « Climat: “La réforme s’en vient”, promet la ministre Chassé », La Presse, 30 novembre 2018.
5. Environnement et Changement Climatique Canada, op. cit., note 2, p. 10.
6. Calculs de l’auteur.
7. Environnement et Changement climatique Canada, op. cit., note 3; Statistique Canada, Tableau 17-10-0005-01 : Estimations de la population au 1er juillet, par âge et sexe, 2016.
8. Environnement et Changement climatique Canada, op. cit., note 3; Statistique Canada, Tableau 36-10-0222-01 : Produit intérieur brut, en termes de dépenses, provinciaux et territoriaux, annuel, 2016.
9. Germain Belzile, « Quand le Québec subventionne la pollution », Le Journal de Montréal, 16 août 2017; Martin Croteau, « Le plus gros pollueur du Québec pas encore soumis au marché du carbone », La Presse, 23 avril 2018.
10. Germain Belzile et Mark Milke, « Les subventions aux voitures électriques sont-elles efficientes? », Note économique, IEDM, 22 juin 2017.
11. Germain Belzile, « Le puissant Fonds vert ou le “puits sans fond” vert? », Le Journal de Montréal, 19 octobre 2017.
12. Benjamin K. Sovacool, « How Long Will It Take? Conceptualizing the Temporal Dynamics of Energy Transitions », Energy Research & Social Science, no 13, 2016, p. 206. ​

Ce Point a été préparé par Germain Belzile, chercheur associé senior à l’IEDM. La Collection Environnement de l’IEDM vise à explorer les aspects économiques des politiques de protection de la nature dans le but d’encourager des réponses à nos défis environnementaux qui présentent le meilleur rapport coût-efficacité.

Le gouvernement du Québec a signalé à maintes reprises son engagement à lutter contre les changements climatiques. La province s’est ainsi fixé plusieurs cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et vise à les faire disparaître presque entièrement d’ici 2050(1).

Pourtant, la part québécoise des émissions mondiales de GES est si minime que l’atteinte des objectifs provinciaux aurait un impact insignifiant sur l’évolution de la température de la planète.

Le Québec ne pèse pas lourd

Replacer la quantité de GES émis par le Québec dans un contexte mondial nous oblige à constater que l’atteinte de ses cibles n’aurait pratiquement aucun effet sur le climat. Les émissions de GES canadiennes représentaient 1,6 % des émissions mondiales en 2013 (l’année la plus récente pour laquelle ces chiffres sont disponibles)(2). Puisque le Québec émet environ 11 % des GES au Canada, on peut estimer que la province est responsable d’environ 0,18 % (18 centièmes de 1 %) des émissions mondiales. Cette proportion minuscule est probablement surestimée, puisque le pourcentage des émissions canadiennes sur le total mondial est en baisse depuis quelques années, tout comme la part québécoise dans le Canada, d’ailleurs(3).

Le Québec veut réduire ses émissions de 20 % entre 1990 et 2020. Cet objectif très ambitieux ne représente pourtant que 0,038 % (ou 38 millièmes de 1 %) des émissions mondiales d’aujourd’hui. Comme la province a déjà réduit ses émissions de 11 % entre 1990 et 2016, la partie restante de l’objectif à atteindre d’ici 2020 représente une partie encore plus infime des émissions mondiales, soit 0,018 % (ou 18 millièmes de 1 %, voir la Figure 1). Le premier ministre du Québec a d’ailleurs affirmé récemment que cette cible ne sera probablement pas atteinte(4).

L’atteinte de la cible québécoise serait aussi annulée assez rapidement par le plus grand pollueur de la planète, la Chine. Entre 2005 et 2013, les émissions chinoises de GES ont augmenté de 559 millions de tonnes-équivalent de CO2 (Mt éqCO2) chaque année. En comparaison, la cible totale de réduction pour le Québec est de 17,3 Mt éqCO2 pour la période de 1990 à 2020(5). Autrement dit, en raison de la forte croissance de ses émissions, la Chine annule la totalité des objectifs de réduction du Québec sur 30 ans en seulement onze journées et demie(6).

Tout cela n’empêche pas le Québec de faire des progrès significatifs et même d’être le champion canadien à certains égards. C’est par exemple au Québec que les émissions de GES par habitant sont les plus faibles au pays, avec seulement 9,3 tonnes par habitant (t/hab.), comparativement à 19,4 t/hab. pour l’ensemble du Canada. Après l’Ontario (-34 %), c’est au Québec que l’on a observé la plus importante baisse de GES par habitant entre 1990 et 2016, soit une diminution de 25 %(7).

Le portrait est comparable lorsqu’on mesure la quantité d’émissions en fonction du PIB. Pour chaque million généré par l’économie québécoise, 207 tonnes de GES étaient émises dans l’atmosphère en 2016. Celles du Canada étaient presque deux fois plus élevées, et celles de l’Alberta quatre fois plus. Depuis 1990, les émissions de GES en proportion du PIB ont diminué de 45 % au Québec (on observe une tendance similaire dans l’ensemble des provinces à l’exception de la Saskatchewan, où ce ratio est demeuré stable)(8).

Que faire, alors?

Dans l’ensemble, le Québec fait remarquablement bien en termes d’émissions de GES en comparaison avec les autres provinces. L’impact des émissions québécoises de GES sur le climat mondial est pour le moins négligeable; si on se penche spécifiquement sur celui de la diminution attendue de ses émissions d’ici 2020, il est pratiquement inexistant.

Qu’est-ce que le Québec peut faire pour contribuer à l’effort environnemental? Un premier pas serait de cesser de mettre de l’avant des politiques publiques inefficaces, voire nuisibles. On peut penser par exemple à la subvention à la cimenterie McInnis, par laquelle le gouvernement du Québec a contribué à la création du plus grand émetteur de GES au Québec(9); aux subventions à l’achat de véhicules électriques, qui coûtent près de 300 $ par tonne de GES non émise(10); au Fonds vert, qui réduit les émissions à un coût de plus de 2000 $ par tonne (à titre de comparaison, le prix du carbone à la bourse est présentement d’environ 20 $, et la taxe fédérale atteindra un sommet de 50 $ la tonne en 2022)(11).

Le reste reposera sur la transition énergétique, qui est bien engagée. Cela dit, celle-ci ne s’accomplira véritablement que lorsqu’elle sera accompagnée d’une transition technologique. Ces transitions prennent du temps. À titre d’exemple, le charbon, qu’on a commencé à utiliser de façon importante au milieu du XIXe siècle, n’a atteint son sommet dans le mix d’énergie mondiale que vers 1900 (environ 50 % du total), lorsque le pétrole avait déjà commencé à le remplacer. Plus de cent ans plus tard, le charbon n’a toujours pas disparu et sert à produire environ 25 % de l’énergie primaire(12). Le même phénomène est à l’œuvre pour le pétrole. L’avènement de nouvelles technologies qui émettent moins de GES est inévitable, mais il prendra un certain temps.

En somme, le Québec peut bien faire de nobles efforts pour diminuer ses rejets de CO2, mais il est illusoire de penser que cela aura un impact significatif. La véritable solution passe avant tout par l’innovation technologique.

Références

1. En 2020, les émissions québécoises de GES devront être de 20 % sous le niveau de 1990, de 37,5 % sous ce niveau en 2030, et de 80 à 95 % en 2050. Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre changements climatiques, Engagements du Québec, Nos cibles de réduction d’émissions de GES.
2. Environnement et Changement climatique Canada, « Indicateurs canadiens de durabilité de l’environnement : Émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale », 2017, p. 5.
3. Ibid., p. 6; Environnement et Changement climatique Canada, D-Tableaux-Secteur-Economique-Canadien-Provinces-Territoires, 21 novembre 2018.
4. Martin Croteau, « Climat: “La réforme s’en vient”, promet la ministre Chassé », La Presse, 30 novembre 2018.
5. Environnement et Changement Climatique Canada, op. cit., note 2, p. 10.
6. Calculs de l’auteur.
7. Environnement et Changement climatique Canada, op. cit., note 3; Statistique Canada, Tableau 17-10-0005-01 : Estimations de la population au 1er juillet, par âge et sexe, 2016.
8. Environnement et Changement climatique Canada, op. cit., note 3; Statistique Canada, Tableau 36-10-0222-01 : Produit intérieur brut, en termes de dépenses, provinciaux et territoriaux, annuel, 2016.
9. Germain Belzile, « Quand le Québec subventionne la pollution », Le Journal de Montréal, 16 août 2017; Martin Croteau, « Le plus gros pollueur du Québec pas encore soumis au marché du carbone », La Presse, 23 avril 2018.
10. Germain Belzile et Mark Milke, « Les subventions aux voitures électriques sont-elles efficientes? », Note économique, IEDM, 22 juin 2017.
11. Germain Belzile, « Le puissant Fonds vert ou le “puits sans fond” vert? », Le Journal de Montréal, 19 octobre 2017.
12. Benjamin K. Sovacool, « How Long Will It Take? Conceptualizing the Temporal Dynamics of Energy Transitions », Energy Research & Social Science, no 13, 2016, p. 206. ​


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