Aller au contenu principal

IEDM

DonateDonateFacebookTwitterLinkedIn
L’IEDM dans les médias

Publications

14 novembre 2018novembre 14, 2018

Le miracle des supermarchés – La perspective de l’école autrichienne d’économie

Cahier de recherche expliquant comment, en transmettant les informations dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, les intermédiaires contribuent à améliorer la qualité et la diversité des aliments, tout en faisant baisser leur prix

Le miracle des supermarchés – La perspective de l’école autrichienne d’économie

Même si nous tenons les supermarchés pour acquis, notre accès à une telle quantité et variété de produits alimentaires sur demande et à n’importe quel moment de l’année est absolument remarquable. Ce « miracle » est d’autant plus impressionnant qu’il est le fruit de la collaboration spontanée et volontaire entre des milliers, voire des millions de personnes, qui ne se rencontreront pour la plupart jamais. Ce cahier examinera l’évolution historique et le fonctionnement actuel des supermarchés et des nombreux intermédiaires qui les approvisionnent en utilisant la grille d’analyse de l’école autrichienne d’économie.

Communiqué de presse : Le Canada n’a pas besoin d’une politique de l’alimentation

Les graphiques de l'étude
 

En lien avec cette publication

Canadian food policy – Let supermarkets keep innovating (www.iedm.org, 14 novembre 2018)

Pas besoin d’une politique alimentaire au Canada: laissons l'innovation se poursuivre (Huffington Post Québec, 14 novembre 2018)
   

 

Cahier de recherche signé par Pierre Desrochers et Kevin Brookes, respectivement professeur associé au Département de géographie de l’Université de Toronto Mississauga et chercheur associé à l’IEDM, et analyste en politiques publiques à l’IEDM.

Points saillants

Même si nous tenons les supermarchés pour acquis, notre accès à une telle quantité et variété de produits alimentaires sur demande et à n’importe quel moment de l’année est absolument remarquable. Ce « miracle » est d’autant plus impressionnant qu’il est le fruit de la collaboration spontanée et volontaire entre des milliers, voire des millions de personnes, qui ne se rencontreront pour la plupart jamais. Ce cahier examinera l’évolution historique et le fonctionnement actuel des supermarchés et des nombreux intermédiaires qui les approvisionnent en utilisant la grille d’analyse de l’école autrichienne d’économie.

Chapitre 1 – Le concept autrichien des marchés en tant que transmetteurs d’information

  • La contribution la plus célèbre et la plus durable des membres de l’école autrichienne tient à leur affirmation, depuis presque un siècle, selon laquelle un processus de marché décentralisé livrera toujours spontanément de meilleurs résultats que les diktats de planificateurs centraux pour ce qui est de l’amélioration des niveaux de vie.
  • L’économiste autrichien Ludwig von Mises a soutenu que le principal défaut de la planification centrale était l’absence d’un système des prix, de sorte qu’il est impossible pour un planificateur central de choisir entre différentes combinaisons d’intrants pour produire de la façon la plus efficace.
  • Selon Friedrich Hayek, jamais un seul et unique décideur n’arrivera à recueillir et à utiliser une connaissance qui est en soi dispersée, contextuelle et continuellement changeante. La taille et la complexité accrues d’une économie moderne, loin de nécessiter une planification bureaucratique centralisée, militent plutôt contre une prise de décisions centralisée.
  • Les prix envoient un signal qui communique de l’information sur la rareté ou la disponibilité relative de biens et services (y compris le prix de la main-d’œuvre) que la société juge désirables.
  • En travaillant à la fois auprès d’acheteurs et de vendeurs potentiels, les intermédiaires découvrent des opportunités de gain réciproque qui étaient jusque-là passées inaperçues, contribuant aux processus de découverte des économies de marché.
  • En somme, l’intermédiaire ajoute de la valeur en achetant à un prix certain et en revendant à un prix incertain et en commercialisant des produits afin de répondre à la demande des consommateurs.
  • Le calcul de données quantitatives par un planificateur central ne peut remplacer le processus de prix, de profits et de pertes du libre marché. L’action humaine n’est pas constante, on ne peut la prédire d’après les données quantitatives du passé, et une planification bureaucratique centralisée ne peut éviter ce piège fondamental.
  • Le développement des ordinateurs, des communications et des transactions électroniques, ainsi que l’importance accrue de l’information dans notre économie moderne ont en fait rendu plus pertinentes que jamais les idées autrichiennes sur la connaissance et la planification décentralisée.

Chapitre 2 – L’évolution des supermarchés et le rôle des intermédiaires dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire

  • Le rôle des intermédiaires a rendu possible le développement d’une remarquable institution du commerce de détail, le supermarché, qui n’est rien d’autre que le dernier maillon d’une longue chaîne d’intermédiaires liant les producteurs d’aliments aux consommateurs.
  • Le supermarché peut être vu comme un carrefour d’intermédiaires qui concilient les exigences des consommateurs et l’offre potentielle des producteurs et des fabricants canadiens et étrangers.
  • L’histoire du commerce alimentaire en Amérique du Nord au cours des deux derniers siècles en a été une de découverte continuelle de processus, ce qui a mené des intermédiaires à trouver des façons de réduire le coût des transactions et de servir de transmetteurs d’information, afin que les aliments puissent être vendus dans des endroits toujours plus éloignés de celui où ils étaient produits.
  • Le principal développement survenu durant la deuxième partie du 20e siècle a été l’arrivée du format supermarché dans les grandes villes et banlieues. Ces magasins et l’infrastructure de distribution qui y est associée ont bénéficié du développement de technologies de traitement de l’information toujours plus sophistiquées.
  • Dans le cas de nouveaux produits, les courtiers en alimentation agissent souvent comme des représentants des producteurs en raison de leur connaissance approfondie de segments spécifiques et des gens œuvrant dans le marché de la distribution et du détail.
  • Notre chaîne d’approvisionnement alimentaire moderne serait impossible à gérer si on devait vérifier chaque chargement pour déterminer sa valeur et sa comestibilité. Les marques et les noms de catégories ne sont que deux des nombreuses innovations conçues pour créer et transmettre des parcelles d’information qui sont devenues essentielles pour la manutention des produits alimentaires.
  • L’histoire canadienne du commerce de détail des produits alimentaires depuis un siècle et demi reflète en grande partie celle des États-Unis : des chaînes américaines ont ouvert des magasins chez nous et des magasins canadiens ont copié les plus récentes innovations américaines.
  • Une tendance récente dans le commerce au détail de nourriture est le développement du commerce en ligne. Selon les estimations de chercheurs et de consultants, la vente en ligne par les détaillants représente à peu près 2 % du total des ventes de nourriture.
  • Le commerce en ligne a récemment pris un nouveau virage avec l’automatisation et l’informatisation des commandes. Au lieu de faire préparer les commandes des clients par les employés, les nouveaux systèmes automatisés utilisent des robots pour chercher et récupérer les objets pour eux, ce qui sauve beaucoup de temps et réduit la quantité de nourriture gaspillée.
  • Le fait qu’Amazon ait récemment racheté Whole Foods indique aussi que la tendance vers le commerce de nourriture en ligne va vraisemblablement se renforcer.

Chapitre 3 – Remonter le temps : serions-nous mieux servis par des chaînes d’approvisionnement plus courtes?

  • Les appels à la suppression d’intermédiaires et de transports apparemment inutiles par l’accroissement de la production alimentaire locale pour le bien des consommateurs avoisinants ne datent pas d’hier.
  • De nombreux militants alimentaires canadiens ont eux aussi réclamé que le gouvernement intervienne de diverses façons, soit en soutenant les coopératives dans le secteur du détail, soit par un plan national visant à augmenter la production locale d’aliments, afin d’augmenter le revenu des agriculteurs tout en résistant à une prétendue prise de contrôle accrue par les grandes entreprises.
  • Les analyses et les prédictions des critiques d’autrefois, qui anticipaient une hausse des prix alimentaires ou le déclin de la concurrence dans le secteur du détail, ont été démenties à maintes reprises.
  • D’une façon ou d’une autre, le travail qu’effectuent les intermédiaires en alimentation est tout simplement indispensable, comme le constatent rapidement les petits producteurs qui essaient d’établir un modèle parallèle.
  • Un autre modèle que favorisent les militants en vue de raccourcir les chaînes d’approvisionnement, de minimiser le rôle des intermédiaires et de rapprocher producteurs et consommateurs d’aliments est celui de l’agriculture urbaine.
  • L’entreprise montréalaise Les Fermes Lufa, qui gère des serres sur toit et des opérations de distribution, est largement louangée comme l’un des producteurs alimentaires urbains les plus innovateurs et accomplis du Canada, quoique le coût des produits d’épicerie demeure un défi pour son modèle d’affaires.
  • Alors que Lufa est saluée comme un modèle de pratiques agricoles écologiques en milieu urbain, une analyse plus poussée suggère que la vraie valeur de l’entreprise réside dans sa division de gros, que son modèle de production exploitant des serres sur toit n’est pas évolutif et que l’empreinte écologique de son système de logistique pourrait neutraliser tout avantage résultant de sa proximité avec les consommateurs.
  • Le modèle d’affaires de Lufa s’adresse à des consommateurs de classe moyenne et moyenne supérieure et ne donne aucun indice qu’il pourrait un jour répondre aux besoins des ménages moins fortunés.
  • La question de la production et de la distribution alimentaires reste d’un grand intérêt, puisque le gouvernement fédéral du Canada a récemment demandé au ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire de développer une « politique alimentaire pour le Canada », à travers un long processus de consultations.
  • Le fait que des progrès significatifs dans la production et la distribution de nourriture toujours plus abordable et diverse aient été réalisés sans aucune stratégie consciente du gouvernement ne semble pas avoir beaucoup de poids pour les participants à ce processus.
  • La marche à suivre ne doit pas être déterminée par la nostalgie de la proximité géographique mais autour de pratiques toujours plus innovantes, puisque l’évolution des technologies de l’information a rendu les approches centralisées obsolètes.
  • C’est particulièrement vrai pour les activités économiques comme la distribution et la vente de produits alimentaires, pour lesquelles des solutions de marché sont fournies quotidiennement pour répondre aux goûts changeants des consommateurs et faire face à la complexité des longues chaînes d’approvisionnement.

Introduction

Bien que nous fréquentions quotidiennement les supermarchés, la plupart d’entre nous ne savent que très peu de choses sur leur fonctionnement et tiennent pour acquise l’abondance de produits. Cependant, vu dans une perspective historique plus large, notre accès à une telle quantité et variété de produits alimentaires sur demande et à n’importe quel moment de l’année est absolument remarquable.

Depuis leur apparition au cours du XXe siècle, les supermarchés ont réalisé d’immenses progrès, qui nous permettent aujourd’hui d’accéder à des milliers de produits provenant des quatre coins du monde, à un prix toujours plus accessible. Ce « miracle » est d’autant plus impressionnant qu’il se produit spontanément : aucune autorité centrale ne dirige le processus par lequel ces produits transitent jusqu’à nous. Il est le fruit de la collaboration spontanée et volontaire entre des milliers, voire des millions de personnes, qui ne se rencontreront pour la plupart jamais : des cueilleurs, éleveurs et producteurs aux conducteurs de camion, de train ou de bateau, en passant par les acheteurs, grossistes, étalagistes, gérants et autres, jusqu’au caissier.

Comment expliquer ce miracle des supermarchés dont nous profitons quotidiennement? Et quel est le meilleur système économique pour favoriser l’innovation et le progrès dans le secteur de la distribution alimentaire?

Le but de ce cahier est de répondre à ces questions en examinant l’évolution historique et le fonctionnement actuel des supermarchés et des nombreux intermédiaires qui les approvisionnent. Notre grille d’analyse est l’école autrichienne d’économie, qui considère que le marché doit être envisagé comme un processus entrepreneurial d’essais et d’erreurs qui, au fil du temps, coordonne les actions des acteurs participants aux échanges en faisant le meilleur usage de leurs connaissances particulières.

La distribution et la vente au détail des denrées alimentaires ont connu de profondes transformations ces dernières années, que ce soit sur le plan de la concentration croissante de certaines activités, de l’automatisation, du développement de l’agriculture locale et du magasinage en ligne. Ces enjeux sont particulièrement d’actualité au Canada, où le gouvernement fédéral a récemment lancé des consultations visant à élaborer une « politique alimentaire pour le Canada ». Comme nous l’expliquons cependant dans ce cahier, l’histoire et la théorie économique nous enseignent que le désir de réglementer ce secteur au moyen d’interventions politiques qui vont à l’encontre des processus de marché ne peut que réduire l’éventail de produits offerts et hausser leur prix.

Le premier chapitre présente un résumé des principaux enseignements de l’école économique autrichienne qui sont pertinents pour comprendre le développement des supermarchés, notamment le rôle des marchés décentralisés pour communiquer des informations et encourager les comportements innovateurs parmi les différents acteurs impliqués dans ce processus(1). En revenant au débat sur le calcul économique qui a eu lieu entre les années 1920 et 1940, on montrera qu’il n’est pas souhaitable, ni même possible, de gérer une économie complexe de manière centralisée. Un ordre basé sur le libre marché est plus apte à coordonner des sociétés complexes où chaque acteur économique ne possède qu’une petite fraction de l’ensemble des connaissances disponibles. Nous mettrons notamment l’accent sur le rôle des intermédiaires pour transmettre ces informations dans la chaîne d’approvisionnement.

Le deuxième chapitre présente une chronologie du développement des supermarchés en Amérique du Nord qui illustre comment, grâce notamment aux services d’intermédiaires et d’avancées technologiques de toutes sortes, les aliments sont devenus de plus en plus accessibles, diversifiés et de meilleure qualité.

Malgré ces progrès remarquables, de nombreuses voix dénoncent depuis des décennies l’incertitude produite par le marché, ou encore le peu de valeur ajoutée par les intermédiaires dans la chaîne d’approvisionnement. Le gouvernement canadien a récemment donné un écho à ces revendications en organisant la vaste consultation sur dont il est question plus haut. Le troisième chapitre montre donc, à partir d’exemples concrets, les problèmes inévitables qui résultent de l’élimination des intermédiaires et de la discipline par le marché.

L’analyse autrichienne n’a jamais autant été d’actualité alors que les nouvelles technologies favorisent une meilleure circulation de l’information. Les leçons du passé, parce qu’elles nous aident à comprendre le présent, sont précieuses pour la formulation des politiques publiques actuelles. Comme nous allons le voir, la plus importante de ces leçons est que la décentralisation des processus de marché reste la meilleure façon d’aller de l’avant et d’améliorer encore plus la distribution alimentaire.

Note

1. Pour une présentation générale des analyses de l’école économique autrichienne sur la question de l’entrepreneuriat, voir Peter J. Boettke et Mathieu Bédard, Comment encourager l’entrepreneuriat au Canada : Les enseignements de l’école autrichienne d’économie, IEDM, Cahier de recherche, septembre 2017.
 

Les graphiques (Cliquez pour agrandir)

Cahier de recherche signé par Pierre Desrochers et Kevin Brookes, respectivement professeur associé au Département de géographie de l’Université de Toronto Mississauga et chercheur associé à l’IEDM, et analyste en politiques publiques à l’IEDM.

Points saillants

Même si nous tenons les supermarchés pour acquis, notre accès à une telle quantité et variété de produits alimentaires sur demande et à n’importe quel moment de l’année est absolument remarquable. Ce « miracle » est d’autant plus impressionnant qu’il est le fruit de la collaboration spontanée et volontaire entre des milliers, voire des millions de personnes, qui ne se rencontreront pour la plupart jamais. Ce cahier examinera l’évolution historique et le fonctionnement actuel des supermarchés et des nombreux intermédiaires qui les approvisionnent en utilisant la grille d’analyse de l’école autrichienne d’économie.

Chapitre 1 – Le concept autrichien des marchés en tant que transmetteurs d’information

  • La contribution la plus célèbre et la plus durable des membres de l’école autrichienne tient à leur affirmation, depuis presque un siècle, selon laquelle un processus de marché décentralisé livrera toujours spontanément de meilleurs résultats que les diktats de planificateurs centraux pour ce qui est de l’amélioration des niveaux de vie.
  • L’économiste autrichien Ludwig von Mises a soutenu que le principal défaut de la planification centrale était l’absence d’un système des prix, de sorte qu’il est impossible pour un planificateur central de choisir entre différentes combinaisons d’intrants pour produire de la façon la plus efficace.
  • Selon Friedrich Hayek, jamais un seul et unique décideur n’arrivera à recueillir et à utiliser une connaissance qui est en soi dispersée, contextuelle et continuellement changeante. La taille et la complexité accrues d’une économie moderne, loin de nécessiter une planification bureaucratique centralisée, militent plutôt contre une prise de décisions centralisée.
  • Les prix envoient un signal qui communique de l’information sur la rareté ou la disponibilité relative de biens et services (y compris le prix de la main-d’œuvre) que la société juge désirables.
  • En travaillant à la fois auprès d’acheteurs et de vendeurs potentiels, les intermédiaires découvrent des opportunités de gain réciproque qui étaient jusque-là passées inaperçues, contribuant aux processus de découverte des économies de marché.
  • En somme, l’intermédiaire ajoute de la valeur en achetant à un prix certain et en revendant à un prix incertain et en commercialisant des produits afin de répondre à la demande des consommateurs.
  • Le calcul de données quantitatives par un planificateur central ne peut remplacer le processus de prix, de profits et de pertes du libre marché. L’action humaine n’est pas constante, on ne peut la prédire d’après les données quantitatives du passé, et une planification bureaucratique centralisée ne peut éviter ce piège fondamental.
  • Le développement des ordinateurs, des communications et des transactions électroniques, ainsi que l’importance accrue de l’information dans notre économie moderne ont en fait rendu plus pertinentes que jamais les idées autrichiennes sur la connaissance et la planification décentralisée.

Chapitre 2 – L’évolution des supermarchés et le rôle des intermédiaires dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire

  • Le rôle des intermédiaires a rendu possible le développement d’une remarquable institution du commerce de détail, le supermarché, qui n’est rien d’autre que le dernier maillon d’une longue chaîne d’intermédiaires liant les producteurs d’aliments aux consommateurs.
  • Le supermarché peut être vu comme un carrefour d’intermédiaires qui concilient les exigences des consommateurs et l’offre potentielle des producteurs et des fabricants canadiens et étrangers.
  • L’histoire du commerce alimentaire en Amérique du Nord au cours des deux derniers siècles en a été une de découverte continuelle de processus, ce qui a mené des intermédiaires à trouver des façons de réduire le coût des transactions et de servir de transmetteurs d’information, afin que les aliments puissent être vendus dans des endroits toujours plus éloignés de celui où ils étaient produits.
  • Le principal développement survenu durant la deuxième partie du 20e siècle a été l’arrivée du format supermarché dans les grandes villes et banlieues. Ces magasins et l’infrastructure de distribution qui y est associée ont bénéficié du développement de technologies de traitement de l’information toujours plus sophistiquées.
  • Dans le cas de nouveaux produits, les courtiers en alimentation agissent souvent comme des représentants des producteurs en raison de leur connaissance approfondie de segments spécifiques et des gens œuvrant dans le marché de la distribution et du détail.
  • Notre chaîne d’approvisionnement alimentaire moderne serait impossible à gérer si on devait vérifier chaque chargement pour déterminer sa valeur et sa comestibilité. Les marques et les noms de catégories ne sont que deux des nombreuses innovations conçues pour créer et transmettre des parcelles d’information qui sont devenues essentielles pour la manutention des produits alimentaires.
  • L’histoire canadienne du commerce de détail des produits alimentaires depuis un siècle et demi reflète en grande partie celle des États-Unis : des chaînes américaines ont ouvert des magasins chez nous et des magasins canadiens ont copié les plus récentes innovations américaines.
  • Une tendance récente dans le commerce au détail de nourriture est le développement du commerce en ligne. Selon les estimations de chercheurs et de consultants, la vente en ligne par les détaillants représente à peu près 2 % du total des ventes de nourriture.
  • Le commerce en ligne a récemment pris un nouveau virage avec l’automatisation et l’informatisation des commandes. Au lieu de faire préparer les commandes des clients par les employés, les nouveaux systèmes automatisés utilisent des robots pour chercher et récupérer les objets pour eux, ce qui sauve beaucoup de temps et réduit la quantité de nourriture gaspillée.
  • Le fait qu’Amazon ait récemment racheté Whole Foods indique aussi que la tendance vers le commerce de nourriture en ligne va vraisemblablement se renforcer.

Chapitre 3 – Remonter le temps : serions-nous mieux servis par des chaînes d’approvisionnement plus courtes?

  • Les appels à la suppression d’intermédiaires et de transports apparemment inutiles par l’accroissement de la production alimentaire locale pour le bien des consommateurs avoisinants ne datent pas d’hier.
  • De nombreux militants alimentaires canadiens ont eux aussi réclamé que le gouvernement intervienne de diverses façons, soit en soutenant les coopératives dans le secteur du détail, soit par un plan national visant à augmenter la production locale d’aliments, afin d’augmenter le revenu des agriculteurs tout en résistant à une prétendue prise de contrôle accrue par les grandes entreprises.
  • Les analyses et les prédictions des critiques d’autrefois, qui anticipaient une hausse des prix alimentaires ou le déclin de la concurrence dans le secteur du détail, ont été démenties à maintes reprises.
  • D’une façon ou d’une autre, le travail qu’effectuent les intermédiaires en alimentation est tout simplement indispensable, comme le constatent rapidement les petits producteurs qui essaient d’établir un modèle parallèle.
  • Un autre modèle que favorisent les militants en vue de raccourcir les chaînes d’approvisionnement, de minimiser le rôle des intermédiaires et de rapprocher producteurs et consommateurs d’aliments est celui de l’agriculture urbaine.
  • L’entreprise montréalaise Les Fermes Lufa, qui gère des serres sur toit et des opérations de distribution, est largement louangée comme l’un des producteurs alimentaires urbains les plus innovateurs et accomplis du Canada, quoique le coût des produits d’épicerie demeure un défi pour son modèle d’affaires.
  • Alors que Lufa est saluée comme un modèle de pratiques agricoles écologiques en milieu urbain, une analyse plus poussée suggère que la vraie valeur de l’entreprise réside dans sa division de gros, que son modèle de production exploitant des serres sur toit n’est pas évolutif et que l’empreinte écologique de son système de logistique pourrait neutraliser tout avantage résultant de sa proximité avec les consommateurs.
  • Le modèle d’affaires de Lufa s’adresse à des consommateurs de classe moyenne et moyenne supérieure et ne donne aucun indice qu’il pourrait un jour répondre aux besoins des ménages moins fortunés.
  • La question de la production et de la distribution alimentaires reste d’un grand intérêt, puisque le gouvernement fédéral du Canada a récemment demandé au ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire de développer une « politique alimentaire pour le Canada », à travers un long processus de consultations.
  • Le fait que des progrès significatifs dans la production et la distribution de nourriture toujours plus abordable et diverse aient été réalisés sans aucune stratégie consciente du gouvernement ne semble pas avoir beaucoup de poids pour les participants à ce processus.
  • La marche à suivre ne doit pas être déterminée par la nostalgie de la proximité géographique mais autour de pratiques toujours plus innovantes, puisque l’évolution des technologies de l’information a rendu les approches centralisées obsolètes.
  • C’est particulièrement vrai pour les activités économiques comme la distribution et la vente de produits alimentaires, pour lesquelles des solutions de marché sont fournies quotidiennement pour répondre aux goûts changeants des consommateurs et faire face à la complexité des longues chaînes d’approvisionnement.

Introduction

Bien que nous fréquentions quotidiennement les supermarchés, la plupart d’entre nous ne savent que très peu de choses sur leur fonctionnement et tiennent pour acquise l’abondance de produits. Cependant, vu dans une perspective historique plus large, notre accès à une telle quantité et variété de produits alimentaires sur demande et à n’importe quel moment de l’année est absolument remarquable.

Depuis leur apparition au cours du XXe siècle, les supermarchés ont réalisé d’immenses progrès, qui nous permettent aujourd’hui d’accéder à des milliers de produits provenant des quatre coins du monde, à un prix toujours plus accessible. Ce « miracle » est d’autant plus impressionnant qu’il se produit spontanément : aucune autorité centrale ne dirige le processus par lequel ces produits transitent jusqu’à nous. Il est le fruit de la collaboration spontanée et volontaire entre des milliers, voire des millions de personnes, qui ne se rencontreront pour la plupart jamais : des cueilleurs, éleveurs et producteurs aux conducteurs de camion, de train ou de bateau, en passant par les acheteurs, grossistes, étalagistes, gérants et autres, jusqu’au caissier.

Comment expliquer ce miracle des supermarchés dont nous profitons quotidiennement? Et quel est le meilleur système économique pour favoriser l’innovation et le progrès dans le secteur de la distribution alimentaire?

Le but de ce cahier est de répondre à ces questions en examinant l’évolution historique et le fonctionnement actuel des supermarchés et des nombreux intermédiaires qui les approvisionnent. Notre grille d’analyse est l’école autrichienne d’économie, qui considère que le marché doit être envisagé comme un processus entrepreneurial d’essais et d’erreurs qui, au fil du temps, coordonne les actions des acteurs participants aux échanges en faisant le meilleur usage de leurs connaissances particulières.

La distribution et la vente au détail des denrées alimentaires ont connu de profondes transformations ces dernières années, que ce soit sur le plan de la concentration croissante de certaines activités, de l’automatisation, du développement de l’agriculture locale et du magasinage en ligne. Ces enjeux sont particulièrement d’actualité au Canada, où le gouvernement fédéral a récemment lancé des consultations visant à élaborer une « politique alimentaire pour le Canada ». Comme nous l’expliquons cependant dans ce cahier, l’histoire et la théorie économique nous enseignent que le désir de réglementer ce secteur au moyen d’interventions politiques qui vont à l’encontre des processus de marché ne peut que réduire l’éventail de produits offerts et hausser leur prix.

Le premier chapitre présente un résumé des principaux enseignements de l’école économique autrichienne qui sont pertinents pour comprendre le développement des supermarchés, notamment le rôle des marchés décentralisés pour communiquer des informations et encourager les comportements innovateurs parmi les différents acteurs impliqués dans ce processus(1). En revenant au débat sur le calcul économique qui a eu lieu entre les années 1920 et 1940, on montrera qu’il n’est pas souhaitable, ni même possible, de gérer une économie complexe de manière centralisée. Un ordre basé sur le libre marché est plus apte à coordonner des sociétés complexes où chaque acteur économique ne possède qu’une petite fraction de l’ensemble des connaissances disponibles. Nous mettrons notamment l’accent sur le rôle des intermédiaires pour transmettre ces informations dans la chaîne d’approvisionnement.

Le deuxième chapitre présente une chronologie du développement des supermarchés en Amérique du Nord qui illustre comment, grâce notamment aux services d’intermédiaires et d’avancées technologiques de toutes sortes, les aliments sont devenus de plus en plus accessibles, diversifiés et de meilleure qualité.

Malgré ces progrès remarquables, de nombreuses voix dénoncent depuis des décennies l’incertitude produite par le marché, ou encore le peu de valeur ajoutée par les intermédiaires dans la chaîne d’approvisionnement. Le gouvernement canadien a récemment donné un écho à ces revendications en organisant la vaste consultation sur dont il est question plus haut. Le troisième chapitre montre donc, à partir d’exemples concrets, les problèmes inévitables qui résultent de l’élimination des intermédiaires et de la discipline par le marché.

L’analyse autrichienne n’a jamais autant été d’actualité alors que les nouvelles technologies favorisent une meilleure circulation de l’information. Les leçons du passé, parce qu’elles nous aident à comprendre le présent, sont précieuses pour la formulation des politiques publiques actuelles. Comme nous allons le voir, la plus importante de ces leçons est que la décentralisation des processus de marché reste la meilleure façon d’aller de l’avant et d’améliorer encore plus la distribution alimentaire.

Note

1. Pour une présentation générale des analyses de l’école économique autrichienne sur la question de l’entrepreneuriat, voir Peter J. Boettke et Mathieu Bédard, Comment encourager l’entrepreneuriat au Canada : Les enseignements de l’école autrichienne d’économie, IEDM, Cahier de recherche, septembre 2017.

Lire le Cahier de recherche en format PDF


EMAIL FACEBOOK TWITTER LINKEDIN

910, rue Peel, bureau 600
Montréal (Québec) H3C 2H8
Canada


Téléphone : 514-273-0969
Courriel : commentaires@iedm.org

au sommet de la page

© IEDM 2018