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13 mars 2018mars 13, 2018

Sirop d’érable : La FPAQ a la tête dans le sable

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Sirop d’érable : La FPAQ a la tête dans le sable

La sortie de notre plus récente publication montrant que les quotas de sirop d’érable nuisent aux producteurs québécois et aident leurs concurrents a fait jaser aux quatre coins de la province et même à l’extérieur. Évidemment, la Fédération des producteurs acéricole du Québec (FPAQ) n’était pas d’accord avec nous et elle s’est empressée de répliquer qu’au final, tout va bien. Pourtant, plusieurs indicateurs laissent entendre que la Fédération a la tête dans le sable.

On me reproche entre autres de n’avoir utilisé que des taux de croissance, donc une mesure relative, pour illustrer l’évolution de la production de sirop d’érable pour chaque État, alors qu’en termes absolus, le Québec domine toujours sur les plans de la production et des exportations. J’ai pourtant mentionné ce dernier point à maintes reprises, en entrevue comme dans notre publication.

Cependant, si la croissance du nombre d’entailles et de la production augmente plus rapidement chez nos concurrents, une logique arithmétique assez simple permet de comprendre que cela aura pour effet de réduire notre part de la production mondiale (de 82 % à 72 % depuis l’introduction des quotas). Cette dernière mesure n’est d’ailleurs pas un indicateur juste des parts de marché réelles du Québec, qui sont vraisemblablement plus basses.

En effet, la FPAQ est aux prises avec d’importants surplus qu’elle doit entreposer pendant des années, faute de trouver des acheteurs : ce sont ainsi des dizaines de millions de livres de sirop qui dorment dans ses entrepôts. En 2017, cet inventaire cumulé représentait plus de 64 % de la production annuelle du Québec, dont une part importante est constituée de sirop industriel, qui a peu de débouchés sur le marché. De plus, les producteurs ne sont toujours pas payés pour ces quantités invendues, qui remontent parfois jusqu’à 2009.

Quand des Québécois quittent le Québec

Fait encore plus révélateur, ce sont souvent des producteurs québécois qui quittent la province pour fuir le contrôle de la FPAQ sur la mise en marché et la production. Un de mes amis me racontait qu’il s’est installé à l’extérieur du Québec pour cette raison. Aujourd’hui il exploite près de 150 000 entailles et exporte la totalité de sa production... au Québec!

Contrairement aux producteurs d’ici, ce Québécois expatrié est payé sur-le-champ pour la totalité de sa production, ne paie pas de frais à la FPAQ et n’a pas à craindre que la police de la Fédération saisisse son sirop d’érable s’il vend sans sa permission. Une visite rapide sur la page des membres de l’association de producteurs de l’État du Maine indique qu’il n’est pas le seul dans cette situation. C’est donc un déplacement des producteurs et de la production québécoise qui explique en bonne partie l’explosion des importations depuis la mise en place du système.

Pendant ce temps, la Fédération s’acharne sur les producteurs qui veulent vendre sans passer par son monopole. Son directeur général, Simon Trépanier affirme que les saisies représentent un phénomène rare (seulement dix l’an dernier) et que la majorité des producteurs sont satisfaits du système. Personnellement, j’ai reçu des dizaines de messages et d’appels de producteurs dénonçant le système de quotas suite à notre publication (dont certains étaient aussi des producteurs de lait, un secteur soumis à des quotas de production!).

La Fédération elle-même a déjà mentionné que plus de 350 producteurscontournaient leur monopole et vendaient eux-mêmes leur sirop. L’an dernier, elle disait avoir réglé 170 dossiers en un peu plus de deux ans avec des pénalités qui peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de dollars.

Si, comme le prétend la FPAQ, la plupart des producteurs sont satisfaits des services qu’elle offre et du régime actuel de production et de mise en marché du sirop, pourquoi sent-elle besoin de protéger son monopole à coups de saisies et d’amendes? Si la Fédération avait vraiment les producteurs à cœur, elle consacrerait l’entièreté de ses énergies à trouver des débouchés pour les énormes quantités de sirop qu’elle entrepose, et laisserait ceux qui le désirent s’occuper eux-mêmes de leurs affaires et développer leur propre marché ici, plutôt que de risquer de les voir quitter le Québec et devenir des concurrents.

Alexandre Moreau est analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal. Il est l'auteur de « Sirop d’érable : le Québec nuit à ses producteurs et encourage ses concurrents » et signe ce texte à titre personnel.

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