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8 février 2018février 8, 2018

Examens d’imagerie : le bon réflexe du ministre Barrette

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Examens d’imagerie : le bon réflexe du ministre Barrette

Vous attendez depuis des mois pour passer un examen d’imagerie par résonance magnétique (IRM) ou par tomodensitométrie (TDM ou CT scan, en bon français)? Votre attente n’a pas raison d’être.

Une enquête réalisée par La Presse vient en effet de révéler que les appareils d’imagerie médicale de nos hôpitaux sont grandement sous-utilisés. La situation est pire dans les grandes villes... là où les temps d’attente sont les plus longs!

En principe, ces appareils devraient servir 16 heures par jour. En pratique, ça peut descendre à aussi peu que huit ou dix heures, en semaine. La fin de semaine, c’est encore moins. Parfois, on les laisse en mode veille jusqu’au lundi.

Ainsi, au tout nouveau CHUM, les six appareils d’IRM fonctionnent à peine huit heures par jour, alors qu’il y a 7000 patients sur la liste d’attente (dont un qui attend depuis novembre 2015...). La fin de semaine, un seul de ces appareils fonctionne. Les six appareils de TDM sont eux aussi sous-utilisés : ils fonctionnent dix heures par jour en semaine. La fin de semaine, les deux tiers des appareils prennent la poussière.

Le portrait varie un peu en fonction des types d’appareils, mais on retrouve des situations similaires au CUSM, au CHU de Sherbrooke, à la Cité-de-la-Santé de Laval et à Pierre-Boucher à Longueuil, entre autres.

On apprend aussi qu’un patient de Laval attend depuis un an et demi pour un examen de TDM du cerveau. J’espère qu’il n’a pas trop mal à la tête...

La nouvelle est doublement gênante puisque, en décembre dernier, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait affirmé publiquement que les appareils d’imagerie médicale fonctionnaient 16 heures par jour « partout où il y avait de l’attente et une disponibilité de personnel ». Manifestement, on l’avait mal informé.

Le ministre dit aussi avoir « investi » (lire : dépensé) 7,2 millions $ pour réaliser près de 100 000 examens d’imagerie supplémentaires, et donné des consignes « au réseau » pour faire diminuer les listes d’attente. Pourquoi donc des dizaines de milliers de patients attendent-ils toujours? Pourquoi le « réseau », ce monstre à deux cents têtes, n’écoute-t-il pas plus le ministre?

Parce qu’il manque de personnel dans les hôpitaux pour réaliser les examens, selon un chef de département du CHUM cité dans l’article. Et pourquoi n’engage-t-on pas plus de personnel? Parce que pour un hôpital, un patient est une dépense. Comme les revenus sont essentiellement fixes, les gestionnaires d’hôpitaux limitent les dépenses, donc le nombre de patients, et les frais qui viennent avec. Le résultat, c’est des appareils d’imagerie qui sont sous-utilisés pendant que des patients attendent.

Cette logique de contingentement des soins qui prévaut chez nous se reflète entre autres dans l’attente à l’urgence, l’accès aux spécialistes et le temps pour obtenir une chirurgie non urgente, trois domaines où la performance du Québec est particulièrement honteuse en regard de celle d’autres pays développés.

Un début de solution

Pour pallier le problème, le ministre songe à faire en sorte que les examens d’IRM et de TDM réalisés en cabinet privé soient couverts par l’assurance-maladie (comme c’est d’ailleurs le cas pour les radiographies. Avez-vous remarqué comment c’est généralement rapide et efficace?). C’est une partie de la réponse. L’organisation des cliniques privées est certainement plus souple et plus réactive que la bureaucratie hospitalière. Mais le ministre pourrait aussi donner un coup de main aux hôpitaux.

En effet, si les cliniques sont plus enclines à réagir aux demandes des patients, c’est parce que ceux-ci représentent pour eux un revenu. Donc, elles en veulent plus, pas moins! Le même principe devrait s’appliquer aux hôpitaux. Le ministère est en train de revoir leur formule de financement, mais ça prend du temps.

De façon plus générale, le recours à des fournisseurs privés à l’intérieur du système public est bienvenu. La plupart des pays d’Europe y ont recours, et leurs systèmes de santé sont généralement plus performants que le nôtre. Les employés (médecins, infirmières et autres travailleurs de la santé) peuvent aussi bénéficier du fait de travailler pour une organisation souple, décentralisée et qui favorise les idées provenant de la base.

Le ministre Barrette a le bon réflexe de vouloir diversifier les fournisseurs d’imagerie, il faut l’encourager à aller de l’avant. Il ne s’agit pas de vider les ressources des hôpitaux, bien au contraire : ceux-ci doivent avoir les bonnes incitations en matière de financement afin de pouvoir répondre aux besoins des patients, comme le financement à l’activité. Mais ajouter de la flexibilité et augmenter l’offre à l’intérieur du système public à l’aide de fournisseurs privés fait aussi partie de la réponse.

Et tout ça peut se faire en préservant l’accès universel, comme ça se fait dans la plupart des pays développés.

Patrick Déry est analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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