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18 janvier 2018janvier 18, 2018

Bordel informatique : après la santé, l’éducation?

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Bordel informatique : après la santé, l’éducation?

Les journalistes qui suivent les péripéties informatiques de l’État ne manqueront pas de travail au cours des prochaines années. Le gouvernement vient en effet d’annoncer la création d’un dossier électronique centralisé pour tous les élèves du Québec, dans le cadre de sa Stratégie 0-8 ans. (Je passe sous silence d’autres mesures, certaines infantilisantes pour les parents, et qui monteront le coût de la facture à au moins 1,4 milliard d’ici 2022).

Pour mémoire, en santé, le coût de l’informatisation est passé de 543 millions $ à 1,8 milliard $, et le projet sera complété dix ans en retard sur l’échéance initiale. Une de ses composantes, le Dossier santé Québec (DSQ), coûtera à elle seule un peu plus de 1 milliard $, une augmentation de 450 millions par rapport à l’évaluation initiale.

De plus, le DSQ devait comprendre les médicaments, les résultats d’imagerie et les résultats des tests de laboratoire de chaque patient. Seul le premier volet est achevé. Et, à ce prix-là, il n’est même pas question d’inclure votre historique médical, qui demeure éparpillé à travers les systèmes informatiques locaux ou les classeurs des établissements que vous avez visités tout au long de votre vie.

Fort de cette expérience couronnée de succès, on s’attaque maintenant à l’éducation. Comme dirait Jean Perron, on n’est pas sorti de l’asperge...

Mais même si le DSQ était un modèle de réussite, le parallèle avec la santé est trompeur.

En santé, le fait que les informations relatives à un patient donné puissent être disséminées au fil des visites chez le médecin de famille, à la clinique sans rendez-vous, à l’urgence ou chez des spécialistes représente un réel problème.

D’abord, le vocabulaire médical est complexe. On ne peut pas s’attendre à ce qu’un patient retienne dans le détail toutes les procédures médicales qu’il a subies ni tous les médicaments qu’il a pris. Ensuite, l’historique médical nous suit toute une vie. Un épisode qui a eu lieu pendant l’enfance ou à l’adolescence peut avoir un impact des décennies plus tard. Enfin, si vous subissez une intervention d’urgence et que vous êtes inconscient, la connaissance de certaines informations pourra être critique pour votre survie. D'où l'intérêt de l'idée d'y avoir accès facilement en tout temps, même si le DSQ n'est pas prêt d'arriver là.

Les enjeux ne sont pas les mêmes en éducation. La plupart des élèves complètent leur parcours primaire ou secondaire au sein de la même école (ce n’est pas comme s’ils avaient le choix...). De plus, si un élève fait face à des difficultés importantes, les conséquences sur le parcours scolaire sont immédiates. L’enseignant et l’école sont au courant, les parents aussi. Et, pour ceux que cela inquiète, les commissions scolaires prévoient les modalités d’accès au dossier ainsi que son transfert lorsque l’élève change d’école. Bref, ce qui fait défaut présentement, c’est l’accès aux ressources pour les élèves qui présentent des besoins particuliers.

Même si l’idée de rendre accessible aux enseignants et aux parents le dossier pédagogique complet d’un élève peut paraître séduisante, on semble vouloir mettre en place un énorme outil bureaucratique pour gérer une minorité de cas pour qui ce dossier ferait une réelle différence. Compte tenu du bilan de nos gouvernements lorsqu’ils se lancent dans de telles entreprises, il est permis de se demander si toutes ces énergies ne devraient pas être consacrées immédiatement et exclusivement à l’aide directe aux élèves qui en ont besoin, plutôt qu’à nourrir la bureaucratie.

Cela ne signifie pas que, dans un monde idéal, un dossier numérique centralisé pour chaque élève serait complètement inutile. Seulement qu’il y a d’autres mesures qui vont faire une plus grande différence, plus vite et pour un plus grand nombre d’élèves.

Dans l’état actuel des choses, ce projet est à ranger aux oubliettes au plus vite avant d’y gaspiller des ressources précieuses.

Patrick Déry est analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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