Textes d'opinion

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mars 17, 2017

17 mars 2017

Combien nous coûtent les fonctionnaires invisibles?

www.journaldemontreal.com/blogues, p. Web

Après Gilles, le fonctionnaire fantôme payé 130 000$ par an à ne rien faire, voilà qu’on apprend qu’il existe une autre centaine d'employés tablettés, cette fois à Hydro-Québec.

Hydro-Québec a payé environ 9 millions $ l’an dernier pour garder en poste une centaine d’employés tablettés. Huit cadres, trois professionnels et 96 employés syndiqués à l’emploi de la société d’État, mais sans tâches attitrées.

Les travailleurs ont vu leurs postes abolis, mais restent à l’emploi de la société d’État en raison du « respect des conventions collectives en vigueur », a expliqué Hydro-Québec.

Quel gaspillage!

D’ailleurs, le fameux Gilles, dans la chronique de Patrick Lagacé, y allait d’une réflexion fort pertinente : « Le pire, c’est qu’il y en a plein d’autres comme moi. Tenez, je regarde l’organigramme, je vois le nom d’un collègue. Il est Directeur de Quelque Chose. Mais il n’a personne à diriger. Je sais qu’il ne fait rien. Multipliez ça à la grandeur de l’État... »

En tant que contribuable, il y a de quoi s’indigner. Mais cela doit aussi nous faire réfléchir : comment pensons-nous sérieusement être capables d’assainir les finances de l’État sans nous attaquer à ce phénomène ? Aussi, devons-nous nous surprendre qu’à la moindre coupure, ce soit les services aux citoyens qui écopent, et non la bureaucratie ?

Petit rappel : la protectrice du citoyen, Raymonde St-Germain, rappelait, dans un rapport publié l’an dernier, que la bureaucratie n’avait pratiquement pas souffert des dernières « coupes ». Et que le défi le plus important était d’« intensifier les efforts pour réduire la bureaucratie plutôt que les services ».

Comme le disait avec justesse mon collègue Youri Chassin dans un blogue, la recette trop souvent utilisée au Québec est la suivante : au lieu de couper dans le gras, on attaque directement le muscle. Ça saigne abondamment, et on se dit qu’il n’y a donc pas de gras à couper. Dès qu’une mise à jour budgétaire est annoncée, on demande plus d’argent pour « réparer » les coupures. Et le tour est joué ! 

L’éléphant dans la pièce

Il faut sortir de ce cercle vicieux et réaliser une chose :  l’assainissement des finances publiques – qui est inévitable si on ne veut pas asphyxier de taxes le contribuable dans les années à venir – doit inévitablement passer par la modernisation des relations de travail dans la fonction publique. Près de 60 % des dépenses de programmes du gouvernement servent à payer des salaires aux employés. C’est donc impossible de penser que l’on peut diminuer de façon significative des dépenses de l’État québécois sans s’attaquer à la masse salariale. C’est l’éléphant dans la pièce, auquel les politiciens n’osent pas s’attaquer.

Avec les conventions collectives mur-à-mur qui créent des « Gilles » dans tous les ministères du gouvernement, et les règles syndicales inflexibles qui empêchent de se départir d’un fonctionnaire, alléger l’État se veut un défi immense à relever. Pourtant, on pourrait imaginer un État où il y aurait moins de fonctionnaires, mais où les meilleurs et les plus efficaces seraient encore mieux rémunérés.

Des histoires comme celle de Gilles, ou d’employés tablettés chez Hydro-Québec, nous risquons d’en lire plusieurs dans les jours qui viennent. Mais il faut garder une chose en tête : ces anecdotes ne sont qu’un symptôme. Il faudra un jour se pencher sur la maladie. 

Germain Belzile est chercheur associé senior, département des actualités, à l'IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.

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