Textes d'opinion

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février 15, 2017

15 février 2017

Le printemps érable cinq ans plus tard - Attaquons-nous aux vraies questions

La Presse+, p. web

Avec la collaboration de Kevin Brookes*

Il y a cinq ans, le Québec vivait son « printemps érable » avec son cortège de manifestations et de grèves pour contester la hausse des droits de scolarité à l’université proposée par le gouvernement Charest. Ces événements ont eu le mérite de mettre la question de l’enseignement supérieur au cœur du débat public. Avec le recul, quel bilan en tirer ?

Force est de constater qu’une fois la proposition de l’augmentation des droits d’inscription enterrée, rien d’innovant et de concret n’en est sorti. La tenue du sommet sur l’enseignement supérieur en février 2013 n’a pas non plus abouti à grand-chose, si ce n’est à la légère indexation de 3 % des droits. Depuis, le sujet n’a quasiment plus été abordé, à part l’augmentation des droits pour les jeunes Français qui viennent étudier au Québec.

Doit-on se réjouir que le débat ne soit plus à l’ordre du jour ? Certainement pas.

Le problème principal demeure strictement le même qu’il y a cinq ans : le sous-financement chronique du système universitaire québécois lorsqu’on le compare au reste du Canada, lequel a récemment été évalué par les recteurs à 1 milliard annuellement.

Ce manque de moyens a pour conséquence l’indisponibilité de professeurs de haut niveau, de collections dans les bibliothèques ou d’équipement scientifique de pointe. Alors que le nombre d’étudiants augmente, de plus en plus de postes d’enseignants-chercheurs ne sont pas pourvus tandis que certaines formations sont menacées de disparition. Le taux de décrochage d’étudiants à l’université a quant à lui progressé ces dernières années et demeure plus élevé que la moyenne canadienne.

Si les ressources pour pallier le manque de financement ne peuvent provenir du gouvernement provincial, largement endetté faut-il le rappeler, pourquoi ne pourraient-elles pas venir des principaux intéressés ? L’un des traits marquants du système québécois est la déconnexion entre la contribution des étudiants à leur scolarité par rapport à son coût. Ils ne contribuent qu’à hauteur de 14,8 % aux recettes des universités contre 24,7 % dans l’ensemble du Canada, selon les plus récentes données de Statistique Canada.

C’est donc le contribuable québécois qui en finance la majeure partie. Dans le système actuel, l’ouvrier qui n’a pas bénéficié du système d’enseignement supérieur paie une partie des études du chirurgien de demain !

Situation d’autant plus inéquitable que c’est au Québec que les enfants de familles nanties paient les droits les moins chers en Amérique du Nord.

L’argument principal des carrés rouges s’appuyait sur l’idée fausse que l’augmentation des droits de scolarité entraînerait une exclusion des étudiants issus de familles défavorisées. Pourtant, le Québec est la province qui a les droits les plus faibles tout en étant celle où la proportion d’étudiants issus de milieux favorisés est la plus élevée. Les études sur la question montrent que d’autres facteurs comme les résultats scolaires ou le niveau d’éducation des parents sont plus importants que les contraintes financières pour expliquer l’accessibilité à l’université.

Il serait donc grand temps de dépasser le débat stérile entre partisans du gel et partisans de la hausse uniforme des droits d’inscription. On devrait plutôt discuter de leur modulation en fonction, notamment, des formations dont les coûts diffèrent considérablement.

Est-il légitime qu’un étudiant en médecine paie la même chose qu’un étudiant en lettres alors que la scolarité du dernier coûte quatre fois moins cher ? Une telle politique uniforme n’a aucun sens.

Les établissements d’enseignement supérieur devraient être libres de fixer leurs droits d’inscription et d’adapter leur offre à leur clientèle, ceci dans un contexte où le gouvernement adapterait par ailleurs son programme de prêts et bourses destinés aux moins fortunés en conséquence.

Pour avancer dans la bonne direction, il convient de dépasser la nostalgie pseudo-révolutionnaire du printemps érable et de s’attaquer enfin aux vraies questions comme celle de l’autonomie des établissements et du sous-financement chronique de nos universités.

Michel Kelly-Gagnon est président et directeur général de l'Institut économique de Montréal, Kevin Brookes, chercheur associé à l'IEDM. Ils signent ce texte à titre personnel.

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