Textes d'opinion

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février 2, 2017

2 février 2017

Pourquoi la SAQ veut nous garder ignorants

www.journaldemontreal.com/blogues, p. Web

Jusqu’à récemment, tout ce que vous pouviez savoir à propos d’un vin vendu au dépanneur ou à l’épicerie, outre son nom, était sa couleur. Syrah, cabernet sauvignon et merlot étaient vendus sous un seul et même « cépage » : rouge.

Une loi adoptée en décembre permet maintenant d’inscrire plus d’information sur les bouteilles. On pourra dorénavant indiquer le cépage du vin, soit le type de raisin qui entre dans sa composition. En revanche, il est toujours interdit d’inscrire le nom de lieu ou d’aire géographique réservé selon la législation du pays d’origine.

L’étiquette sur la bouteille d’un vin vendu en épicerie peut donc mentionner s’il s’agit d’un cabernet sauvignon ou d’un merlot, et si le vin vient par exemple de France ou d’Espagne. Mais, il est encore interdit de dévoiler l’appellation, c’est-à-dire s’il s’agit d’un côtes-du-rhône ou un beaujolais-villages, alors que cette information est disponible sur les bouteilles achetées dans les succursales de la SAQ. Pourtant, n’importe quel amateur de vin vous confirmera que cette information est essentielle. Les merlots de France n’ont pas tous le même goût!

Quelle logique?

Quelle logique s’applique derrière cette nouvelle réglementation? Celle de la protection du consommateur...  celle de la protection de la SAQ?

La réponse est sans équivoque. Alors que l’éducation à propos des vins est parfois considérée comme l’une des principales raisons derrière l’existence de la SAQ, la loi empêche en même temps une certaine forme d’éducation pour les consommateurs achetant leur vin à l’épicerie ou au dépanneur. Il n’y a aucune justification légale ou sanitaire à ce genre de règle.

La plupart du temps, lorsque l’État chercher à justifier la réglementation de l’économie, il invoque le manque d’information. L’État intervient donc sur presque tous les marchés et force les entreprises à divulguer toutes sortes de données pour éclairer les choix des consommateurs, par exemple les informations nutritionnelles des aliments, la consommation énergétique pour les appareils électroménagers ou celle d’essence pour les voitures. La loi l’oblige et, bien souvent, il s’agit d’information très utile qui permet de prendre de meilleures décisions de consommation.

Parfois, ces exigences ont même un coût important pour les entreprises, alors que les informations ne sont pas toujours lues. Dans ce cas-ci, en revanche, l’État veut délibérément tenir les consommateurs dans l’ignorance de sorte qu’ils soient incapables d’identifier correctement le vin lorsqu’il est vendu par quelqu’un d’autre que lui.

Il n’y a tout simplement aucune raison à cette interdiction, outre la protection du monopole de l’État, qui craint manifestement que si les consommateurs ont plus d’informations sur les vins disponibles dans les épiceries et les dépanneurs, ils voient moins d’utilité à faire le détour par une succursale de la SAQ. 

Mathieu Bédard est économiste à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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