Textes d'opinion

FACEBOOK TWITTER LINKEDIN

janvier 31, 2017

31 janvier 2017

Jo Clé, Rambo et les lois absurdes en construction

www.journaldemontreal.com/blogues, p. Web

Si vous ne travaillez pas dans l’industrie de la construction, il y a peu de chances que vous soyez au courant des règles parfois absurdes qui régissent nos chantiers. Notamment la loi R-20, qui encadre cette industrie.

La loi R-20, entre autres, nuit à la polyvalence des travailleurs et à l’efficacité de l’industrie en cloisonnant inutilement les métiers. Un exemple : la céramique doit être installée par un carreleur et non par un poseur de revêtements souples (qui installe les tapis). Pourtant, de nombreux travailleurs pourraient faire les deux métiers et en connaissent les rudiments. Pensez seulement à votre beau-frère capable de « finir » votre sous-sol au complet, incluant la pose de gypse, du plancher de bois franc et une belle couche de peinture en prime !

Mais sur la plupart des chantiers, si nos travailleurs de la construction veulent être productifs, ils seront punis. S’ils transgressent les « frontières » de leur métier, un inspecteur de la Commission de la construction du Québec (CCQ) les poursuivra devant les tribunaux.

Et bien sûr, chaque corps de métier est lié à un syndicat, qui protège jalousement son domaine de compétence.

J’ai moi-même connu ce genre de cloisonnement dans une entreprise ultra-syndiquée, comme employé d’été à l’époque où j’étais étudiant. J’ai appris à la dure, comme on dit, ayant été la cible de quelques griefs parce que je dévissais des boulons qui devaient être dévissés exclusivement par un électricien. 

L’autre réglementation douteuse, ce sont les barrières à la mobilité des travailleurs. Elles compartimentent l’industrie en 15 régions au Québec. Sauf exception, le travailleur d’une région donnée ne peut œuvrer dans aucune des 14 autres. Le gars de Bécancour est interdit à Trois-Rivières, la fille de Chicoutimi ne peut scier des briques à Rivière-du-Loup. L’employeur doit embaucher « local », à moins que cette main-d’œuvre locale soit épuisée, ce qui est inutilement compliqué et exclut un meilleur candidat qui n’est pas du coin.

D’ailleurs, une chance que cette règle n’existe pas dans notre domaine, parce que notre institut n’aurait pas été en mesure d’embaucher un Beauceron, un Saguenéen et un gars de Québec !

Une perte de 50 000 emplois

L’économiste Pierre Fortin a estimé en 2002 que la Loi R-20 dans son ensemble augmentait le coût global de construire de 10,5 %. La réglementation aurait, selon lui, un impact négatif sur le PIB québécois de 1,5 % chaque année. Soit une perte de 3,4 milliards $ et de 52 000 emplois.

Le travailleur de la construction et blogueur « Jo Clé » a dénoncé, à l’aide d’une vidéo, les règles de la Commission de la construction du Québec (CCQ) visant à favoriser l’embauche de travailleurs locaux sur les chantiers de construction. Dans celle-ci, il montre un « ticket » de 624 $ reçu par un travailleur qui a commis le « crime » de venir travailler à Montréal alors qu’il réside en campagne et qu’il n’y avait pas d’emploi pour lui là-bas. Jo Clé soutient – avec raison – que peu importe la région où ils habitent, les travailleurs de la construction devraient avoir accès à de l’emploi sur tous les chantiers de la province.

Le représentant syndical Rambo Gauthier, le « gars du peuple » qui gagne environ 105 000 $ par année en plus d’une allocation de 800 $ par mois pour sa voiture – gracieuseté des cotisations syndicales des travailleurs – a répliqué à Jo Clé, disant que celui-ci n’avait pas de crédibilité.

Contrairement à ce que dit Rambo Gauthier, Jo Clé a raison. C’est un non-sens que les travailleurs ne puissent se promener d’une région à l’autre. Malheureusement, il semble que les chefs syndicaux soient plus enclins à faire signer des cartes de membre que de faire progresser l’emploi au Québec. Du moins c’est l’impression qu’ils donnent quand ils ne veulent pas que les gens de la campagne viennent en ville.

Il est temps de moderniser notre industrie de la construction qui, en passant, ne va pas si bien que ça en ce moment. Un premier pas pour y arriver serait d’en finir avec ce type de règle archaïque, et d’arrêter de donner des amendes à des gens qui essaient simplement de mettre de la nourriture sur la table pour leur famille.

Jasmin Guénette est vice-président de l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

____________________
Lire plus d'articles sur les thèmes du « Travail » et de la « Réglementation ».

L’IEDM dans les médias

Camions-restaurants : un (petit) pas dans la bonne direction
Billet de Jasmin Guénette, vice-président de l'IEDM, publié le 22 février sur le blogue de l'IEDM du Journal de Montréal.

Pourquoi mêler la politique aux Air Miles?
Billet de Mathieu Bédard, économiste à l'IEDM, publié le 20 février sur le blogue de l'IEDM du Journal de Montréal.

Ce nouvel outil permet d’avoir un accès facile et rapide au contenu généré par l’IEDM.