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Textes d'opinion

15 décembre 2016décembre 15, 2016

Promettre beaucoup et livrer moins

www.journaldemontreal.com/blogues, p. Web

Promettre beaucoup et livrer moins

Cette semaine, on apprenait que le Réseau électrique montréalais (REM) accuserait un manque à gagner de 240 M$ par année. La Caisse de dépôt, le principal investisseur dans le projet, exigera un bon rendement, ce qui épongera une partie importante des revenus provenant des usagers. Les raisons ? On veut maintenir les tarifs à un niveau raisonnable, à la fois pour stimuler l’achalandage, et parce que c’est gagnant au niveau politique. Divers gouvernements, et donc les contribuables, se feront sans doute refiler une bonne part de la facture.

Dès qu’on est confronté avec des projets du secteur public, le mot déficit n’est pas loin. Quand ce n’est pas un problème de déficit d’opérations, on assiste souvent à une forte augmentation des coûts de construction. Partout au Canada, on ne compte plus les projets dans lesquels les coûts ont littéralement explosé. Une courte liste, qui en oublie beaucoup : le stade Olympique (+800 %), le métro de Laval (+ 350 %), le train de Mascouche (+ 123 %), la centrale de Muskrat Falls (+ 50 %), le remplacement de l’échangeur St-Pierre (+ 38 %), le registre fédéral des armes longues (+ 50 000 %).

Dans le secteur privé de l’économie, on essaie et on réussit en général à livrer les infrastructures promises à temps et à l’intérieur du budget alloué. Des exemples ? La construction de tours d’habitation et de bureaux, d’usines, de routes privées, de maisons. Bien sûr, il y a des exceptions, surtout reliées à l’innovation. Par exemple, le développement d’un nouveau prototype d’avion ou d’une nouvelle technologie. Mais dans de tels cas, les décideurs vont la plupart du temps réévaluer la pertinence du projet, à la lumière des coûts plus élevés, en se demandant s’il en vaut encore la peine.

La même chose se produit si vous faites affaire avec un contracteur : il fournira un devis et devra le respecter. Dans beaucoup de cas, l’entrepreneur ira même plus loin en promettant moins et en livrant plus. Le client sera beaucoup plus content si on lui dit que le travail prendra 4 heures et est finalement fait en trois heures, que si on lui dit deux heures et que ça en prend trois.

Pourquoi ces grandes différences entre le secteur privé et le secteur public ? Pourquoi est-ce que, dans le public, la norme semble être de promettre beaucoup et de livrer moins ? Il vaut la peine, pour répondre à ces questions, d’examiner les incitations auxquelles font face les décideurs dans les deux secteurs.

Dans le privé, un directeur général qui supervise un projet dont les coûts explosent va possiblement être congédié. Des études de rentabilité ont été produites avant le démarrage et tout dépassement de coût doit être justifié et donne lieu à une réévaluation de la pertinence de continuer. Un tel dépassement réduit la rentabilité de l’investissement et le PDG aura à rendre des comptes à son conseil d’administration, qui lui-même se rapporte aux actionnaires. Bref, ça va mal pour lui ou elle.

Dans le secteur public, la dynamique est souvent bien différente. Pour faire accepter un projet par l’opinion publique, on a souvent intérêt à en minimiser volontairement les coûts. Cela peut se faire en annonçant des coûts largement et sciemment sous-estimés, ou encore en présentant un projet dépouillé, en sachant qu’on fera des ajouts qui contribueront à augmenter les coûts futurs. De plus, un politicien peut se faire élire en présentant un projet avantageux en sachant qu’il ne sera plus là quand la facture salée sera finalement découverte. Notons aussi que les électeurs, qui ne votent qu’aux quatre ans et ne sont pas toujours bien informés, sont sans doute moins à l’affut des erreurs et problèmes qu’un conseil d’administration qui est l’agent des actionnaires. Bref, la logique de la politique est bien différente de celle du secteur privé. Entre un investissement public et un autre privé, ce dernier risque beaucoup plus d’être fait de façon économique, en générant plus d’avantages que de coûts.

Germain Belzile est chercheur associé senior, département des actualités, à l'IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.


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