Textes d'opinion

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octobre 18, 2016

18 octobre 2016

Dette du Québec - Le Québec, province la plus endettée du Canada

La Presse+, p. web

Entre deux assemblées de cuisine, Jean-Martin Aussant trouve le temps de se livrer à une des activités préférées des forces du statu quo : casser du sucre sur le dos de l'Institut économique de Montréal, en prenant cette fois pour prétexte la dette du Québec qui vient d’atteindre la barre des 280 milliards de dollars. Il importe de rappeler au lectorat de La Presse quelques faits et observations élémentaires.

Il existe plusieurs façons de calculer la dette. Ceci est parfaitement normal. La dette du secteur public comptabilisée par le compteur de la dette de mon Institut inclut la dette brute du gouvernement, à laquelle on ajoute la dette des réseaux de santé et d'éducation, des municipalités et des autres entreprises sous la responsabilité finale du gouvernement. Cette donnée est disponible dans le budget du Québec et est utilisée par le Vérificateur général. Une chose est toutefois certaine : le Québec est, sans l'ombre d'un doute, la province la plus endettée au Canada.

Les jovialistes soutiennent qu’il faut soustraire de la dette les actifs, l’équivalent des possessions du gouvernement. Effectivement, l'État québécois possède certains actifs. Il faut cependant savoir que nos seuls actifs financiers « liquides » sont minimes par rapport à la dette totale, soit 18 milliards de dollars.

Le fait est que les immobilisations et infrastructures que possède le gouvernement québécois (routes, ponts, écoles, églises, parcs nationaux, etc.) peuvent difficilement être évaluées à leur valeur marchande étant donné l’absence de marchés comparables. De plus, il est fort peu probable que le gouvernement vende un jour des écoles ou des ponts pour rembourser la dette.

Ces actifs font certes partie du patrimoine, mais ils ne réduisent pas la facture totale – ni les intérêts – que les contribuables québécois doivent payer. Il est vrai que pour assainir ses finances publiques, le Québec pourrait vendre une société d’État comme Hydro-Québec, comme l’a proposé Claude Garcia dans un Cahier de recherche publié par l’IEDM. En pratique, il est peu probable (malheureusement, de mon point de vue) que cela se fasse un jour, notamment en raison de l’opposition de ceux-là même qui dénoncent le concept de la dette brute. Quelle ironie! M. Aussant incarne d’ailleurs ce paradoxe dans son texte.

Jean-Martin Aussant a raison de dire que « nous ne sommes pas au bord du précipice », c’est-à-dire le point où la dette publique devient ingérable, nécessite des actions de redressement draconiennes et entraîne une baisse significative du niveau de vie de la population. Mais il faut justement éviter de s'y rendre. On ne peut connaître avec certitude où se situe ce précipice et si nous en sommes loin ou proche.

Ce qu’on sait, c’est qu’il peut suffire d’un « buzz » négatif parmi les créanciers pour que, graduellement, les titres obligataires de l’État en question deviennent significativement moins en demande, à moins d’accorder une prime substantielle en termes de rendement. Lorsque cela se produit, la débâcle financière anticipée devient en quelque sorte une « prophétie qui se réalise d’elle-même ». Bref, un État ne sait qu’il a atteint le précipice de la dette que… lorsqu’il l’atteint, et qu’il est trop tard!

D'autres facteurs structurels, comme le vieillissement de la population et des transferts fédéraux moins importants, viendront ajouter des pressions additionnelles sur les finances publiques du Québec à moyen terme. Ne pas les anticiper est franchement irresponsable. Déjà que nos gouvernants ont produit des déficits à 34 reprises au cours des 41 dernières années ! Chaque fois, on trouvait de bonnes excuses pour justifier d’attendre à plus tard avant d’équilibrer les comptes.

Pour cela, il faut notamment que la population du Québec demeure mobilisée à propos de l'importance de rétablir les finances publiques de l'État québécois et, une fois cela fait, de les maintenir en bonne santé sur le long terme. Le compteur de la dette de l'IEDM constitue un outil pédagogique simple et efficace illustrant le poids de l’endettement. Il ne doit pas par ailleurs se concevoir dans un vacuum. Au fils des ans, mon Institut a produit plusieurs dizaines de publications et textes d'opinion qui permettent d'établir les nuances et informations additionnelles utiles, disponibles sur notre site web.

Michel Kelly-Gagnon est président et directeur général de l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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