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Textes d'opinion

29 juillet 2015juillet 29, 2015

Les CPE ne sont pas un exemple à suivre

La Presse, p. 14

Les CPE ne sont pas un exemple à suivre

Le gouvernement du Québec avait des objectifs louables lorsqu’il a décidé de subventionner les services de garde il y a près de vingt ans, notamment celui de favoriser l’entrée des femmes sur le marché du travail.

Mais il a commis une grosse erreur en cherchant à atteindre ce but, que les autres provinces tentées d’imiter ce programme ne devraient pas répéter : au lieu de subventionner directement les parents, il a donné l’argent au « système de garderies ».

Sans surprise, les coûts ont explosé. Le coût annuel du programme est ainsi passé de près de 300 millions en 1997-1998 à 2,6 milliards en 2014-2015, un bond de 767 %. C’est beaucoup plus que la hausse de places offertes, qui, elle, n’a même pas triplé. Même en tenant compte de l’inflation, le coût par place a plus que doublé.

Ce coût serait peut-être justifié si le système profitait surtout aux enfants défavorisés, mais ce n’est pas le cas. Ce sont majoritairement les familles mieux nanties qui obtiennent des places dans les centres de la petite enfance (CPE), pendant que des mères seules voient leur enfant traîner sur des listes d’attente pendant des années.

D’autres avantages présumés d’un tel système ne se sont pas matérialisés. Par exemple, en comparant les résultats scolaires de jeunes de moins de 5 ans du Québec et du reste du Canada, le professeur de l’UQAM Pierre Lefebvre conclut que le système de CPE n’a pas amélioré les scores de développement cognitif des enfants.

Il est vrai que le Québec a connu un solide rattrapage depuis quelques années en ce qui concerne le travail des femmes. Toutefois, le taux d’activité des femmes a progressé partout au Canada de 1996 à 2014, alors que les autres provinces n’ont pas de garderies à 7 $. Certaines provinces ont même fait encore mieux que le Québec à ce chapitre, notamment les provinces maritimes.

D’ailleurs, on obtiendrait exactement le même effet si on donnait l’argent directement aux mères afin qu’elles placent leur enfant dans une garderie privée. Ce ne sont pas les garderies subventionnées qui permettent à ces femmes d’aller sur le marché du travail, mais bien la subvention elle-même, qui diminue le coût des services de garde.

L’emprise des syndicats

Le système de garderies subventionnées a aussi engendré des conséquences inattendues dont les partisans d’un tel modèle dans le reste du Canada devraient s’inquiéter.

Des éducatrices en CPE aux gardiennes qui ont leur propre garderie à la maison, tout ce beau monde est maintenant syndiqué. Les syndicats ont maintenant un rapport de force énorme et n’hésitent pas à prendre les parents en otage lorsque leurs membres n’obtiennent pas les augmentations salariales qu’ils veulent. Le coût de la seule syndicalisation des travailleuses en milieu familial, en 2008, a été estimé à plus d’un milliard de dollars pour l’État québécois.

Les contraintes budgétaires forcent le gouvernement à limiter l’offre de nouvelles places, ce qui crée des listes d’attente qui vont jusqu’à trois ans dans certains CPE. Et qui dit liste d’attente, dit pots-de-vin et passe-droits, de nombreux cas ayant été répertoriés dans les médias.

Donner l'argent aux parents, et non au système

Le gouvernement du Québec aurait pu atteindre les mêmes objectifs sans étatiser toute une activité économique. Il aurait pu verser directement une allocation aux parents en fonction de leurs revenus et les laisser ensuite choisir la garderie de leur choix en payant le juste prix courant. Il aurait quand même pu imposer des normes de qualité, et les garderies privées en concurrence auraient de toute façon eu intérêt à améliorer leur service pour attirer les parents chez elles. Les files d’attente n’existeraient pas et l’État aurait sans doute économisé des milliards de dollars.

Ceux qui regardent avec envie le modèle québécois de garderies dans le reste du pays devraient réfléchir à ces résultats mitigés avant de s’engager dans une aventure similaire.

Michel Kelly-Gagnon est président et directeur général de l'Institut économique de Montréal. Yanick Labrie est économiste à l'IEDM. Ils signent ce texte à titre personnel.


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