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26 avril 2012avril 26, 2012

Les avantages du développement de la production pétrolière au Québec

Note économique sur la consommation de pétrole et son potentiel de production au Québec

Les avantages du développement de la production pétrolière au Québec

Pour beaucoup de Québécois, le pétrole et les autres combustibles fossiles sont des sources d'énergie dont la production et l'utilisation n'ont que des effets néfastes. Ce seraient des énergies du passé en voie de disparition. L'idée qu'on pourrait carrément s'en passer et les remplacer rapidement par des énergies vertes, telles que l'éolien ou le solaire, est largement répandue, tout comme celle de n'utiliser bientôt que des voitures électriques. Si – comme le veut cette croyance populaire – le pétrole est polluant et néfaste pour la société et qu'il est relativement facile de le remplacer par d'autres énergies propres qui entraîneraient elles-mêmes d'importantes retombées économiques, chercher à développer une industrie pétrolière québécoise est absurde. Comme nous le verrons, cette croyance est entièrement fausse.

Communiqué de presse :: L’Institut économique de Montréal dit « oui » au pétrole made in Québec

 

En lien avec cette publication

   
Le Québec assis sur l'or noir (La Presse Affaires, 26 avril 2012)       Entrevue (en anglais) avec Germain Belzile (SUN TV, 27 avril 2012)

Reportage avec Germain Belzile (RDI, 26 avril 2012)

 

Pour beaucoup de Québécois, le pétrole et les autres combustibles fossiles sont des sources d'énergie dont la production et l'utilisation n'ont que des effets néfastes. Ce seraient des énergies du passé en voie de disparition. L'idée qu'on pourrait carrément s'en passer et les remplacer rapidement par des énergies vertes, telles que l'éolien ou le solaire, est largement répandue, tout comme celle de n'utiliser bientôt que des voitures électriques. Si – comme le veut cette croyance populaire – le pétrole est polluant et néfaste pour la société et qu'il est relativement facile de le remplacer par d'autres énergies propres qui entraîneraient elles-mêmes d'importantes retombées économiques, chercher à développer une industrie pétrolière québécoise est absurde. Comme nous le verrons, cette croyance est entièrement fausse.

Une ressource essentielle

De 1989 à 2009, la consommation de pétrole a augmenté de 4 % au Québec. La consommation d'autres formes d'énergie a également augmenté, mais la part du pétrole est restée essentiellement stable, passant de 41 à 39 % de l'énergie utilisée au cours de cette période. Bref, la consommation de pétrole n'est pas en train de disparaître au Québec(1), ni d'ailleurs dans le reste du monde.

Rien ne nous permet non plus de conclure que cette situation va soudainement se renverser dans les années qui viennent, si l'on se fie aux projections les plus crédibles. L'Agence internationale de l'énergie, dans son rapport Perspectives sur l'énergie mondiale 2011, élabore trois scénarios de croissance de la consommation mondiale d'énergie primaire de 2009 à 2035. Ces scénarios s'appuient sur différentes hypothèses en ce qui a trait aux mesures mises en place par les gouvernements au cours des prochaines années pour réduire la consommation d'énergie et promouvoir les énergies renouvelables(2). Selon le scénario mitoyen, le pétrole demeurera en 2035 la plus importante source d'énergie primaire dans le monde. Sa part diminuera de 33 à 27 % du total, mais la demande augmentera tout de même de 17 %, alors que les nouvelles sources d'énergie « vertes » verront leur part augmenter de 0,8 % à seulement 4 % du total(3).

Pourquoi le pétrole continue-t-il d'être si important? Le secteur des transports est en bonne partie responsable de l'utilisation importante du pétrole au Québec et ailleurs(4). En effet, il n'y a pas encore de solution de rechange équivalente aux combustibles liquides dans ce secteur. Les véhicules hybrides sont rares et à moins d'une percée technologique qui les rendrait beaucoup moins coûteux et beaucoup plus performants, ils le demeureront pour un certain temps. Et n'oublions pas que même ces véhicules consomment du pétrole.

Les véhicules entièrement électriques sont quant à eux largement absents du paysage, partout dans le monde. Ils seront sans doute un jour importants, mais pour le moment, peu de gens sont prêts à payer de fortes sommes pour acheter ces voitures peu performantes et dotées d'une faible autonomie(5).

L'utilisation des produits pétroliers ne s'arrête cependant pas aux transports. Les combustibles fossiles servent aussi à produire du mazout pour le chauffage, des fertilisants et des pesticides pour l'agriculture, des fibres synthétiques (nylon, polyester, acrylique) pour les vêtements, des plastiques, des solvants, des peintures et teintures, du caoutchouc synthétique, des détergents, des cosmétiques, des médicaments, etc(6). En fait, la fabrication de très nombreux produits utilisés dans notre vie quotidienne dépend de la disponibilité du pétrole.

Des solutions de rechange coûteuses

La majorité des gens sont-ils prêts à abandonner leur voiture? Qui souhaite vivre sans les produits fabriqués à l'aide du pétrole, ce qui équivaudrait à revenir au style de vie de nos ancêtres? Le pétrole n'est peut-être pas aussi « vert » que plusieurs le voudraient, mais nous faisons quotidiennement le choix de profiter des avantages multiples d'une économie industrielle qui consomme beaucoup d'énergie, tout en cherchant bien sûr le plus possible à mitiger les conséquences environnementales de ce choix.

Quelques pays ont bien tenté au cours des dernières années de réduire de façon accélérée leur recours aux énergies fossiles, tout en faisant miroiter de fabuleuses retombées économiques par le développement de nouvelles sources d'énergie renouvelable. Le cas de l'Espagne est particulièrement instructif. Le gouvernement espagnol a mis en place dès 1997 l'une des politiques les plus ambitieuses d'Europe pour favoriser les énergies dites vertes, fondée à la fois sur la réglementation et sur le versement de subventions.

Les résultats n'ont pas été à la hauteur des attentes. Chaque emploi « vert » créé depuis 2000 a coûté plus de 500 000 euros en subventions au gouvernement (plus d'un million d'euros par emploi dans le secteur de l'éolien). Chaque mégawatt « vert » de capacité installée détruit donc plusieurs emplois, en raison de coûts plus élevés pour l'électricité ou d'impôts plus lourds(7).

Pour être concurrentielles, les énergies vertes nécessitent toutes des subventions, qui peuvent devenir énormes si l'on tente de remplacer une part importante des énergies fossiles. Un passage massif et rapide aux énergies renouvelables repose nécessairement sur ces subventions désastreuses sur le plan de l'emploi et qui pèsent lourd sur les finances publiques. Pour cette raison, les gouvernements espagnol et allemand, entre autres, ont récemment dû réduire fortement leurs subventions à la production d'énergie éolienne ou photovoltaïque, ce qui a conduit à la faillite de plusieurs entreprises dans le domaine(8).

Ces difficultés ne signifient pas qu'il sera à jamais impossible de passer aux énergies renouvelables. Toutefois, cette transition se fera à long terme en s'appuyant sur une plus forte demande, des prix plus concurrentiels et des technologies plus efficaces. En attendant, le pétrole reste incontournable.

L'exploitation pétrolière, source d'enrichissement

Que peut-on dire des effets économiques de l'exploitation pétrolière? On peut remarquer un lien étroit, dans les pays développés, entre l'exploitation de ressources énergétiques et la prospérité. Au Canada, les provinces les plus prospères actuellement sont celles où est concentrée la production de pétrole et de gaz naturel. En 2010, les trois provinces ayant le PIB par habitant le plus élevé étaient l'Alberta à 70 826 $, la Saskatchewan à 60 877 $ et Terre-Neuve à 55 140 $. Pour la même année, le PIB par habitant du Québec n'était que de 40 395 $(9).

Aux États-Unis, si l'on mesure le rendement des 50 États à l'aide de plusieurs indices (croissance sur dix ans, croissance récente, croissance du revenu personnel moyen, croissance du revenu médian réel des familles), les quatre États qui arrivent premiers sont l'Alaska, le Dakota du Nord, le Wyoming et le Dakota du Sud. L'Oklahoma et le Texas suivent de près, en septième et huitième places(10). Ces six États sont d'importants producteurs de pétrole ou de gaz naturel.

Par ailleurs, puisque nous avons besoin de pétrole et qu'il est probable que nous en aurons besoin pendant encore un bon moment, ne va-t-il pas de soi qu'il est préférable de l'exploiter chez nous si nous en avons, au lieu de l'acheter à fort prix à l'étranger?

En fait, on ne développe pas une industrie pour réduire ses importations ou parce que l'on veut réduire sa dépendance envers un quelconque produit importé comme le pétrole. Cet argument mercantiliste, qui continue d'avoir de nombreux adeptes, a été discrédité depuis plusieurs siècles par la science économique(11). On le fait plutôt parce que cette nouvelle activité utilise des ressources rares de façon efficace et qu'elle est profitable.

Quel que soit le type d'industrie, la logique du développement est la même. Dans une économie de libre entreprise, les signaux de prix en provenance du marché incitent les acteurs à affecter les ressources (main-d'oeuvre, matières premières, capital) aux utilisations qui répondent le mieux aux besoins des consommateurs. Lorsque des profits sont dégagés, c'est la preuve que des biens et services d'une valeur plus grande que celle de ces intrants ont été produits et que les ressources ont été bien utilisées. Dans le cas contraire, les pertes signalent que les ressources pourraient être mieux utilisées à d'autres fins.

N'importe quelle industrie rentable, y compris l'exploitation pétrolière, crée donc des emplois et mène à un enrichissement. Au contraire, lorsqu'on ne peut produire un bien de façon rentable, on devrait tout simplement l'importer d'ailleurs et consacrer nos ressources limitées à d'autres types de production, puisqu'on détruirait de la valeur au lieu d'en créer. Il suffit de penser aux ressources considérables qu'il faudrait gaspiller dans la culture en serre des bananes, oranges et autres fruits tropicaux si l'on voulait devenir autosuffisant au lieu d'importer ces produits.

Il n'y a bien sûr aucune raison de croire qu'une industrie pétrolière qui se développerait au Québec ne serait pas aussi rentable qu'en Alberta ou ailleurs. Mais c'est cet argument fondé sur l'efficacité économique qui justifie qu'on développe cette industrie et non l'argument mercantiliste.

Une industrie pétrolière au Québec?

Peut-on extraire du pétrole au Québec? Faute d'explorations exhaustives, les réserves pétrolières québécoises ne sont pas connues de façon certaine. On sait tout de même que les basses terres du Saint-Laurent, le golfe du Saint-Laurent et l'île d'Anticosti possèdent le plus de potentiel. Des expertises préliminaires existent et peuvent donner une idée (probablement sous-estimée) des possibilités pétrolières québécoises.

Selon des évaluations des sociétés Pétrolia et Junex(12), il y aurait sur l'île d'Anticosti plus de 40 milliards de barils de pétrole. Dans le gisement Old Harry, entre le Québec et Terre-Neuve, on en trouverait six milliards. Les gisements Haldimand et Galt, en Gaspésie, en contiendraient 0,25 milliard.

À 100 $ le baril (probablement un chiffre prudent pour le prix du pétrole à long terme) et en présumant que seulement un dixième de ces réserves est récupérable, on parle donc d'une ressource valant la somme extraordinaire de 400 milliards de dollars.

Qui profiterait de la croissance d'une telle industrie au Québec? En premier lieu, les travailleurs et les actionnaires des entreprises directement et indirectement reliées au développement du secteur, sous la forme de salaires, d'un taux de chômage plus faible, de revenus de placement.

Pour illustrer l'impact potentiel de cette industrie, notons qu'en Alberta, un emploi sur quatorze est lié au secteur de l'énergie(13). Le revenu disponible par ménage y était en 2009 de 71 600 $, contre 50 600 $ au Québec. Même les plus pauvres y gagnent. Les familles québécoises appartenant aux 20 % les moins riches avaient en 2009 un revenu disponible moyen de 13 500 $, contre 17 700 $ pour les familles albertaines dans la même catégorie, soit 31 % de plus(14).

Évidemment, le gouvernement du Québec obtiendrait des redevances, mais aussi des recettes fiscales provenant des revenus privés générés par la croissance plus élevée. Tout ceci pourrait lui permettre de réduire la pression fiscale sur les ménages et les entreprises et peut-être même de contribuer à rembourser une partie de sa dette publique et à le sortir de sa dépendance aux transferts du programme fédéral de péréquation.

Conclusion

Tant qu'il sera plus économique que les énergies renouvelables et qu'il nous rendra des services essentiels, le pétrole demeurera une ressource incontournable, au Québec et ailleurs dans le monde. Quelqu'un, quelque part, devra l'extraire et le transformer.

Nous pouvons, bien sûr, acheter du pétrole produit ailleurs. Mais puisque nous avons des réserves de pétrole exploitables au Québec, nous pouvons nous aussi profiter de la création de richesse qui accompagne cette activité. Sans être un remède miracle qui résoudra tous les problèmes, l'exploitation de ces ressources pétrolières pourrait devenir un outil de plus pour améliorer notre niveau de vie.

Références

1. Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, Consommation d'énergie par forme, http://www.mrnf.gouv.qc.ca/energie/statistiques/statistiques-consommation-forme.jsp. On pourrait dire la même chose pour tous les combustibles fossiles. Si l'on additionne le pétrole, le gaz naturel et le charbon, leur part de l'énergie totale utilisée est passée de 56 % en 1989 à 53 % en 2009.
2. Agence internationale de l'énergie, World Energy Outlook 2011, novembre 2011, p. 70-71. Selon le scénario qu'on adopte, la demande mondiale augmente de 23 %, 40 % ou 51 % (soit 0,8 %, 1,3 % ou 1,6 % par année, moins que le taux de 1,8 % observé de 1980 à 2009).
3. Id., p. 74.
4. Id., p. 109 et Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, Consommation de produits pétroliers énergétiques, http://www.mrnf.gouv.qc.ca/energie/statistiques/statistiques-consommation-petroliers.jsp.
5. Selon la firme J. D. Powers, une référence dans le monde de l'automobile, on peut espérer que 7,3 % des 70,9 millions de voitures neuves qui seront vendues dans le monde en 2020 seront des véhicules hybrides ou électriques, contre 2,2 % des 44,7 millions de voitures vendues en 2010. La grande majorité de ces voitures non traditionnelles seront hybrides et nécessiteront donc un combustible fossile. Voir : J. D. Powers and Associates, Drive Green 2020: More Hope than Reality?, novembre 2010.
6. Voir : American Fuel & Petrochemical Manufacturers, Chart of products made from petrochemicals, http://www.afpm.org/policy-positions-petrochemicals/.
7. Gabriel Calzada Álvarez, Raquel Merino Jara, Juan Ramón Rallo Julián et José Ignacio García, « Study of the effects on employment of public aid to renewable energy sources », Procesos de Mercado, vol. 7 (2010), no 1, p. 13-70; Kenneth P. Green, The Myth of Green Energy Jobs: The European Experience, American Enterprise Institute, février 2011.
8. Eric Reguly, « Austerity pulling plug on Europe's green subsidies », The Globe and Mail, 26 janvier 2011; « Solar Flare-out: As companies go bust, Europe rethinks solar power subsidies », The Wall Street Journal, 5 avril 2012.
9. Institut de la statistique du Québec, Produit intérieur brut aux prix du marché par habitant, Canada et provinces canadiennes, 28 mars 2012.
10. U.S. Chamber of Commerce, Enterprising States: Recovery and Renewal for the 21st Century, juin 2011, p. 16-17.
11. Le mercantilisme était la théorie économique dominante aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il préconisait de limiter les importations et de restreindre les sorties de capitaux à l'extérieur des frontières nationales. Par exemple, la chef de l'Opposition officielle, Pauline Marois, affirmait récemment qu'il fallait « s'attaquer radicalement à la consommation de pétrole au Québec » parce qu'elle « engendre une exportation de capitaux de 69 millions par jour » (Le Devoir, 3 avril 2012). En fait, il faut voir cette transaction comme un bienfait du commerce, qui nous permet de profiter d'un bien que nous ne produisons pas. Les dollars que nous « exportons » permettent en contrepartie à des étrangers de nous acheter des biens et services dont ils ont besoin et sont ainsi « réimportés ». Cet échange est bénéfique pour les deux parties et il n'y a aucune justification économique à déplorer ces mouvements de capitaux. Par ailleurs, le Québec a importé pour environ 12 milliards de dollars de pétrole brut de l'Est du Canada et du reste du monde en 2011. Si l'on divise ce chiffre par 365 jours, on obtient plutôt 33 millions de dollars par jour.
12. Pétrolia, Pétrolia voit grand, http://www.petroliagaz.com/fr/exploration/carte.php; Junex, Junex salue la réactivation de SOQUIP, communiqué de presse, 21 mars 2012.
13. Government of Alberta, Alberta's Oil Sands: Economic Activity, février 2011.
14. Statistique Canada, Tableau CANSIM no 202-0701.


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