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Textes d'opinion

2 septembre 2010septembre 2, 2010

Assurance, prudence et croissance économique

www.iedm.org, p. Web

Assurance, prudence et croissance économique

Article publié exclusivement sur le site de l'Institut économique de Montréal.

Quelle que soit la position de chacun dans le débat scientifique au sujet des changements climatiques, il faut reconnaître que les réponses politiques à cet enjeu auront des répercussions importantes sur le plan économique. C’est pourquoi il me semble important de remettre les pendules à l’heure quant à certains arguments de nature économique qui circulent et qui constituent à mon avis des sophismes.

Devant l’éventualité de tout changement, que ce soit en raison de la mondialisation, du progrès technologique ou de changements climatiques, les économistes se concentrent à analyser les coûts et les avantages du phénomène et des gestes qui peuvent être posés pour prévenir ou atténuer ses effets négatifs.

Comme une assurance?

Certains observateurs estiment que le fait de poser des gestes coûteux aujourd’hui pour atténuer les effets des changements climatiques à l’avenir s’apparente à contracter une police d’assurance pour la planète.

Par exemple, Graciela Chichilnisky, professeure d’économie à l’Université Columbia et architecte du concept de marché du carbone dans le Protocole de Kyoto, a affirmé: «S’il y avait une probabilité de 25% d’incendie d’une maison, il serait considéré comme irresponsable et antisocial de ne pas s’assurer contre ce risque. Pour la même raison, nous devons nous assurer contre les changements climatiques».

Cette analogie est attrayante à première vue. Après tout, c’est une bonne idée pour une famille de s’assurer contre plusieurs risques, par exemple que la maison brûle, que l’automobile soit accidentée ou que les enfants souffrent de difficultés financières en raison d’un décès imprévu.

En réalité, la comparaison est fallacieuse. L’assurance est une option valable à l’échelle d’un ménage, parce qu’une compagnie d’assurance peut mettre les risques en commun : chaque année, les primes qu’elle prélève couvrent approximativement le remboursement de ses clients sinistrés. Par exemple, si au cours d’une année 1 % des maisons sont victimes d’un incendie en moyenne, chaque ménage devra payer une prime de 1 % de la valeur de sa maison. À la suite d’un incendie, les ménages sinistrés recevront une indemnité d’assurance équivalant à la valeur de leur maison avant l’incident. Ainsi, la richesse d’un ménage qui souscrit à une assurance incendie ne changera pas même si sa maison brûle. Puisque l’assurance élimine le risque à l’échelle collective (chaque année, environ le même nombre de maisons sont détruites par un incendie), il est possible d’assurer les ménages contre les risques particuliers avec lesquels ils doivent composer, ce qui améliore le bien-être général.

Cependant, cette logique ne s’applique plus lorsqu’il existe un seul risque qui touche tout le monde. Si, par exemple, il existait une probabilité de 90% qu’aucune maison ne soit incendiée et un risque de 10% qu’elles le soient toutes simultanément, aucun régime d’assurance ne peut être conçu pour atténuer ce risque. Dans ce contexte, la seule façon de bénéficier d’une assurance serait de mettre en commun le risque avec d’autres planètes susceptibles de vivre une catastrophe similaire. Un contrat pourrait stipuler que si le climat de la Terre se détériore et que celui d’une autre planète reste stable, les habitants de cette autre planète devront nous transférer des ressources en guise d’indemnisation et vice versa. Si la NASA engageait des économistes, ils auraient sûrement recours à cet argument pour justifier d’investir dans l’exploration spatiale!

De plus, même si les scientifiques pouvaient s’entendre sur une série de scénarios possibles, le moins qu’on puisse dire est qu’il n’existe aucun consensus sur leurs probabilités respectives. Par conséquent, notre planète est confrontée à une incertitude non quantifiable et non pas à un risque quantifiable. Le principe de l’assurance exige que la probabilité d’un «sinistre» soit connue assez précisément. Autrement, l’assureur ne peut fixer la prime et le ménage ne peut pas savoir s’il devrait y souscrire.

Une question de prudence?

Un autre argument parfois employé pour justifier de poser des gestes contre les changements climatiques même devant l’incertitude est que si les individus sont prudents et réfractaires au risque ils devraient dépenser plus de ressources aujourd’hui pour éviter une catastrophe à l’avenir.

Cet argument confond prudence et prévention. Une personne prudente accumule de la richesse en prévision d’un risque futur, alors qu’une personne qui favorise la prévention tente de réduire la probabilité que ce risque se concrétise. Dans le cas des changements climatiques, la prévention prend la forme de politiques, comme les taxes sur le carbone ou le plafonnement d’émissions, qui tendent à réduire la croissance économique.

Les professeurs Louis Eeckhoudt et Christian Gollier, à partir d’hypothèses plausibles à propos des préférences personnelles, ont démontré dans un article de la revue Economic Theory que: «la prudence privilégie l’accumulation de richesse pour faire face aux risques futurs. En conséquence, la prudence mène les individus à ne pas dépenser d’argent ex ante [avant qu’un risque se réalise] sur des mesures préventives».

Une société future plus riche et plus productive sera mieux équipée pour s’adapter aux changements climatiques. Il se pourrait bien qu’une approche prudente consiste à privilégier la croissance économique plutôt que des mesures préventives coûteuses dont l’efficacité est incertaine.

Pierre Chaigneau est professeur adjoint en finance à HEC Montréal.


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