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19 février 2007février 19, 2007

La hausse des droits de scolarité ne nuit pas à l’accessibilité

www.cyberpresse.ca (Le Soleil), p. Web

La hausse des droits de scolarité ne nuit pas à l’accessibilité
Le débat sur le niveau des droits de scolarité universitaires fait de nouveau rage au Québec alors que le Parti libéral songe à les dégeler. Certains recteurs y voient une façon de résoudre en partie le problème du sous-financement des universités. Des regroupements d’étudiants s’y opposent sous prétexte que cela menacerait l’accessibilité aux études supérieures. D’autres intervenants préconisent même la gratuité complète.

L’accessibilité aux études universitaires est-elle vraiment menacée par une hausse des droits de scolarité? Les données disponibles pour les provinces canadiennes ne montrent aucune relation directe entre des droits de scolarité moins élevés et un plus grand accès aux études universitaires. En d’autres mots, des droits de scolarité moins élevés ne sont pas associés à des taux de fréquentation plus élevés. Rien ne prouve donc que le gel ou même la baisse de ces droits garantira à terme un meilleur accès aux études supérieures.

Au Québec, les droits de scolarité moyens par étudiant pour le premier cycle s’élèvent à 1916 $ par année, niveau le plus faible au Canada, contre 6571 $ en Nouvelle-Écosse, 5160 $ en Ontario et 4347 $ en moyenne pour le Canada. Or le taux de fréquentation des universités au Québec est plus faible que la moyenne canadienne. En 2003-2004, le pourcentage de jeunes de 19 à 22 ans inscrits à plein temps à l’université était de 23% au Québec contre 30% en Ontario. L’écart du taux de participation entre le Québec et l’Ontario est demeuré pratiquement le même au cours des quinze dernières années malgré le gel des frais de scolarité depuis 1994 au Québec et l’augmentation importante appliquée en Ontario.

Par ailleurs, les enquêtes de Statistique Canada révèlent que la fréquentation universitaire des jeunes issus de familles pauvres (25 000 $ ou moins) a augmenté ces dernières années en dépit de la croissance des droits de scolarité dans toutes les provinces à l’exception du Québec.*

Les faibles droits de scolarité ne bénéficient pas surtout aux plus pauvres. Selon Statistique Canada, 83% des jeunes dont les parents ont des revenus d’emploi estimés à 80 000 $ ou plus sont susceptibles de poursuivre des études post-secondaires. Cette proportion n’est que de 53% pour les familles dont les revenus sont de moins de 30 000 $.

Ce n’est pas nécessairement l’incapacité de payer qui explique ces différences. La réalité sociologique incontournable entraîne que même si l’éducation supérieure était gratuite, les jeunes venant de milieux défavorisés et moins éduqués seraient moins enclins à poursuivre leurs études supérieures, pour toutes sortes d’autres raisons. Les recherches ont identifié plusieurs autres facteurs qui expliquent la fréquentation des institutions d’enseignement supérieur, en particulier le niveau d’éducation et l’occupation des parents, le rendement scolaire à l’école secondaire et les attentes des parents.

Dans ce débat, il faut aussi prendre en compte la responsabilité individuelle de ceux qui s’instruisent. Les diplômés universitaires ont à leur arrivée sur le marché du travail des revenus bien plus élevés que la moyenne, ce qui compense largement pour les coûts plus élevés à court terme. L’éducation est un investissement en capital humain, investissement de surcroît très rentable, et il n’est que normal que ceux qui en bénéficieront le plus en supportent une partie plus grande des coûts. Les revenus des diplômés universitaires sont d’environ 60% plus élevés que le revenu moyen, et le taux de chômage chez ces diplômés en d’environ 40% en deçà de celui de la population active en général.

En subventionnant l’éducation supérieure de façon généralisée, par le maintien de bas niveaux de droits de scolarité, les contribuables de la classe moyenne se trouvent donc à financer surtout les jeunes de familles aisées et les hauts salariés de demain. Une façon plus efficace de s’assurer que l’accès aux études supérieures n’est pas compromis pour les étudiants issus de milieux moins nantis serait de leur offrir directement une aide financière par des prêts et bourses mieux ciblés.

* Miles Corak, Garth Lipps et John Zhao, Revenu familial et participation aux études postsecondaires, Statistique Canada, octobre 2003.

Norma Kozhaya est économiste à l’Institut économique de Montréal.


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