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L’IEDM dans les médias

Textes d'opinion

2 novembre 2005novembre 2, 2005

L’École des fans

Le Journal de Montréal, p. 24

L’École des fans

Comme beaucoup de téléspectateurs, je trouve le concept de l’émission l’École des fans tout à fait charmant. Mais lorsqu’il est appliqué à l’éducation de mes filles, ça ne m’amuse plus du tout.

Heureusement, le ministre de l’Éducation Jean-Marc Fournier annonçait la semaine dernière son intention de suspendre la réforme de l’éducation concoctée par ses bureaucrates bien intentionnés. Je laisse aux enseignants le soin de discuter des méthodes pédagogiques mais, lorsqu’il s’agit du nouveau bulletin destiné aux parents, j’ai voix au chapitre.

Ce nouveau bulletin ne contient plus ni notes ni moyennes de classe. On compare seulement l’enfant à lui-même. C’est un document aseptisé et insipide qui emploie la langue de bois comme principal outil de communication. Plutôt que d’attribuer une note sur 100, les enseignants évaluent maintenant comment l’élève «développe sa compétence». Par exemple, ils doivent juger la manière dont l’enfant «construit sa conscience sociale à l’échelle planétaire», «interroge les réalités sociales dans une perspective historique» et «réinvestit sa compréhension des textes».

Dorénavant, nous n’aurons donc plus le moyen de savoir si nos enfants savent calculer, lire et écrire. Qu’importe, nous pouvons maintenant nous réjouir, car fiston construit sa conscience citoyenne de façon exceptionnelle! Il faut bien le reconnaître, avec un bulletin qui évalue l’enfant par rapport à lui-même et non en fonction de la performance du groupe, l’école est devenue l’École des fans.

Mais l’école n’est-elle pas le lieu où l’on prépare les enfants aux études supérieures, au marché du travail et à la «vraie vie»? Et le classement des performances n’est-il pas présent dans tous les aspects du quotidien? Les universités évaluent et comparent la performance des étudiants. Les employeurs font de même avec leurs travailleurs. Les joueurs et les équipes de hockey sont classés. On évalue les films, les automobiles, les restaurants, la productivité des travailleurs et l’on compare même les pays entre eux. La comparaison est saine, car elle stimule l’effort et nous permet de nous situer par rapport aux autres. Alors pourquoi ne pas comparer les performances scolaires de nos enfants? N’est-ce pas un mensonge par omission que de les laisser croire que les comparaisons n’existent pas?

Information cachée

Le nouveau bulletin cache de l’information aux parents, car il se contente d’indiquer uniquement si l’enfant progresse même s’il demeure dernier de sa classe. Certes, la progression mérite d’être soulignée, mais les notes sont le meilleur moyen de quantifier cette progression. De plus, contrairement au nouveau bulletin, elles permettent d’évaluer son rythme. Quant au premier de classe, non seulement ne saura-t-il jamais qu’il est le meilleur, mais il est même possible que son bulletin ne reflètera aucune amélioration.

On nous dit que les notes ont été supprimées, car elles sont jugées démotivantes et stressantes pour l’enfant. Mais les notes sont à l’élève ce que la paie est au travailleur: ce qui est démotivant pour l’élève, c’est précisément l’absence de notes.

Le nouveau bulletin est inspiré d’une vision égalitariste qui vise à camoufler aussi bien la médiocrité que l’excellence afin de ne pas heurter les élèves faibles. C’est le communisme appliqué à l’éducation! Retirer les notes, c’est priver l’enfant de l’unique source de satisfaction qu’il retire de ses efforts. Quant à l’élève en difficulté, il n’attend pas de nous que nous lui cachions son statut grâce à un jargon politically correct, mais plutôt que nous l’aidions à cerner les causes de ses faiblesses et à les surmonter.

Dans l’École des fans, tout le monde gagne. Avec le nouveau bulletin, tout le monde perd!

Nathalie Elgrably est économiste à l'Institut économique de Montréal.


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