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Textes d'opinion

Où Karl Marx s’est-il trompé?

L’effondrement des régimes communistes il y a une quinzaine d’années et la transformation du régime chinois suggèrent que Karl Marx s’était trompé. Mais où exactement la théorie économique marxiste faisait-elle fausse route? Il est pertinent de se poser la question, car plusieurs interventions étatiques actuelles, ou suggérées, reposent sur une logique fondamentale similaire à la logique marxiste.L’un des problèmes de la théorie marxiste est qu’elle repose sur la «théorie de la valeur travail», selon laquelle la valeur des choses découle uniquement de la quantité de travail qui y a été incorporée. Il est facile de voir que cette idée est fausse en pensant, par exemple, à un diamant, dont la valeur est disproportionnée par rapport au travail qu’il a fallu pour le trouver. Ou encore, considérons un tableau auquel Renoir a consacré le même nombre d’heures de travail qu’un imitateur a mis dans un autre: sur le marché des collectionneurs, le premier vaut infiniment plus que le second.

En fait, ce qui donne la valeur aux choses, c’est la demande des consommateurs, elle-même fondée sur les préférences subjectives de ceux-ci. Il est vrai que l’offre interagit avec la demande et dépend du prix du travail (les salaires). Mais ce prix est, en fin de compte, déterminé par la valeur que les consommateurs attachent à ces produits.

Si toute valeur était fondée sur le travail, le profit du capitaliste (au-delà du salaire qu’il obtiendrait sur le marché) proviendrait de l’exploitation du travail – comme le soutenait Marx. Au contraire, la théorie économique moderne dit que le capital contribue aussi à la production des biens et services. Autrement dit, le rendement du capital est ce qu’il faut payer pour persuader les épargnants et les investisseurs de reporter leur consommation à plus tard.

La théorie marxiste de la lutte des classes est également critiquable. Mon propos n’est surtout pas de dire que les classes sociales n’ont aucune réalité, mais plutôt qu’elles sont (du moins dans une société libre) beaucoup plus poreuses que ce que Marx imaginait, que les membres d’une classe sociale n’ont pas d’intérêts identiques et, en tout état de cause, ne peuvent agir comme un seul homme. Ainsi, un individu peut être plutôt pauvre tout ayant des idées conservatrices ou encore, à l’inverse, être très riche tout en étant un membre à part entière de la «gauche caviar».

Mais la plus grande erreur de la théorie économique marxiste est sans doute d’avoir négligé le problème de l’information – ce que, dans les débats des années 1930 et 1940, on a appelé le problème du «calcul socialiste». Les marchés libres calculent les prix de millions de biens et services sur la base des actions de millions d’individus, chacun, apporte dans sa demande ou son offre ses propres informations concernant ses préférences et les contraintes de rareté qu’il connaît. On peut démontrer facilement qu’un système central de planification, même muni de super-ordinateurs, et simulant la concurrence du marché, serait incapable de calculer des prix qui tiennent compte de toutes ces informations.

Fondamentalement, ce qui a tué le communisme, ce sont les problèmes d’information. Des économistes libéraux, comme Friedrich Hayek, l’avaient prévu quelques décennies à l’avance. Le même problème ronge toute planification étatique. Les politiciens d’aujourd’hui auraient intérêt à s’en souvenir.

Michel Kelly Gagnon est président de l’Institut économique de Montréal.

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