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Textes d'opinion

Gauche, droite, gauche, droite…

En vertu de l’idéologie généralement rattachée à la «droite», on peut présumer que les gouvernements dits de droite réduisent les dépenses de l’État, alors que ceux dits de gauche, au contraire, les augmentent. Or, l’expérience des dernières décennies jette des doutes sur cette prémisse.

Le cas du Québec est intéressant à cet égard. De 1961 à 2001, les dépenses (en dollars constants) par habitant du gouvernement du Québec ont augmenté à un taux composé de 5,0% par année, ce qui donne une croissance de plus de 608% durant cette période.

Sous les différents gouvernements du Parti québécois, le taux de croissance annuel des dépenses a été en moyenne de 3,2%, comparativement à 5,2% durant les mandats du Parti libéral, pourtant perçu comme plus «à droite» que le PQ. Sous le règne d’un autre parti dit «de droite», l’Union nationale, les dépenses réelles par tête ont crû de 10,6% par an à la fin des années 60.

Il est vrai que les années où le Parti libéral a été au pouvoir se situent surtout durant la première moitié de la période, alors que l’intervention étatique explosait partout en Occident. Au contraire, le PQ a été au pouvoir surtout au cours des deux dernières décennies, c’est-à-dire lorsque la croissance de l’État a ralenti presque partout. Indépendamment de ces nuances, il n’en reste pas moins que le PQ s’est bien bel et bien accommodé d’une croissance moins forte de l’État, alors que le Parti libéral a été, en général, plus dépensier.

Aux États-Unis, sous la présidence de Ronald Reagan, les dépenses fédérales ont augmenté de 24% en termes réels, et les dépenses de santé de 32%.

Même lorsque l’on mesure le fardeau réglementaire plutôt que la croissance des dépenses, les faits démentent l’idée que les partis «de droite» seraient moins étatistes que les partis «de gauche». En effet, si, pour mesurer le volume de la réglementation, on utilise le nombre de pages de textes législatifs et réglementaires adoptés, on n’observe pas de différence évidente entre la performance du Parti libéral et celle du Parti québécois.

On observe des résultats semblables aux États-Unis, où des chercheurs du Mercatus Center et du Weidenbaum Center ont mesuré les budgets des organismes de réglementation fédéraux. Selon cette analyse, le fardeau réglementaire a crû nettement plus vite sous les administrations républicaines que sous les administrations démocrates. Même sous Ronald Reagan, la réglementation s’est alourdie. Il n’y a que le président Jimmy Carter, un démocrate, qui l’ait maintenue à un niveau à peu près constant durant son mandat.

D’autres exemples de ce genre s’observent ailleurs dans le monde.

On constate donc que les gouvernements dits «de droite» et ceux dits «de gauche» ne se comportent pas de manière différente quand ils sont au pouvoir en ce qui a trait au rôle de l’État: ils ont tous tendance à augmenter les dépenses et à alourdir la réglementation.

Peut-être est-il temps de mettre au rancart la distinction traditionnelle entre la droite et la gauche, et de distinguer plutôt entre, d’une part, les étatistes, qu’ils soient de droite ou de gauche, et, d’autre part, ceux qui favorisent réellement la liberté individuelle.

 

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