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24 November 2017November 24, 2017

L’« austérité » au temps des fake news

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L’« austérité » au temps des fake news

Les dépenses de l’État ont augmenté chaque année depuis 2014. Pourquoi parle-t-on encore d’austérité?

Je répète, et j’insiste : les dépenses de l’État, sans le service de la dette, ont augmenté chaque année depuis 2014, même si bien des commentateurs et différents groupes de pression tentent de nous faire croire le contraire. Ces augmentations ont été d’environ 1 milliard $ en 2014-15 puis en 2015-16, et d’à peu près 2,5 milliards $ en 2016-2017.

D’ailleurs, ces hausses sont légèrement supérieures à l’inflation, ce qui signifie qu’elles ont représenté un peu plus que l’augmentation du coût de la vie. Pourquoi, à entendre certains, a-t-on l’impression que le Québec a été mis à feu et à sang depuis trois ans?

Mario Dumont explique une partie du phénomène dans cette chronique. En somme, si par exemple l’augmentation habituelle des coûts du ministère de la Santé devait faire augmenter son budget de 1,75 milliard $, une augmentation de 1,4 milliard $ sera vue comme une « coupe » de 350 millions $. Pourtant, rien n’a été coupé. On a simplement reçu moins que ce qu’on aurait souhaité, dans un monde idéal. (Nous ne vivons pas dans un monde idéal, faut-il le rappeler?)

Bien sûr, certains postes ont été éliminés. Bien sûr, les conséquences ont été parfois très désagréables, voire néfastes pour certains segments de la population, particulièrement les élèves présentant des difficultés d’apprentissage.

Mais ce n’est pas vrai que, dans l’ensemble, l’État s’est « désengagé ». Il a continué à grossir normalement, et même un peu plus que si les dépenses avaient simplement été maintenues au coût de la vie.

Une question de choix

Si certaines « coupes » ont fait mal, ce n’est pas en raison de la baisse des dépenses publiques, puisque celle-ci n’a pas eu lieu, mais en raison des choix effectués par les différents paliers d’administration publique, qui ont coupé où ils voulaient, ou simplement où ils pouvaient.

Dans le premier cas, il s’agit du syndrome du mont Rushmore, un mal qui tend à réapparaître de temps à autre dans les administrations publiques, particulièrement lorsque celles-ci doivent faire des choix difficiles. Les gestionnaires qui appliquent la commande du politique coupent là où ça fait le plus mal à la population, ce qui est à la fois une façon de protester contre les diminutions de budget – ou contre les augmentations moins grandes que souhaité – et de remettre la monnaie de leur pièce aux élus qui ont pris la décision.

Dans le second cas, c’est simplement une conséquence du manque de souplesse de nos organismes publics.

Le monde réel

Dans une entreprise normale non syndiquée, ce qui est le lot de la très grande majorité des travailleurs dans le secteur privé, on fait des choix. C’est-à-dire qu’à moins d’être en expansion, on ne va pas constamment ajouter des postes, mais plutôt prioriser un secteur d’activités au détriment d’un autre.

Des employés vont ainsi changer de département, être réaffectés à d’autres tâches ou même licenciés pour faire place à d’autres qui présentent des compétences jugées indispensables et que l’entreprise ne possède pas actuellement. Ça peut paraître cruel, mais c’est une réalité que vivent la majorité des travailleurs : aucun emploi n’est éternel. Aucune entreprise non plus d’ailleurs. (C’est la raison pour laquelle, aussi, de bonnes politiques publiques devraient favoriser le développement ou l’actualisation des compétences, plutôt que la préservation d’emplois spécifiques : voudrait-on encore se déplacer en calèche?)

Le monde idéal

Tout ça pour dire que dans le secteur public, c’est plus compliqué. Les conventions collectives favorisent un découpage des tâches rigide, privilégient l’ancienneté sur la compétence et accordent la sécurité d’emploi, qui empêche de perdre son emploi pour des motifs économiques.

Alors, au lieu de couper où on devrait, on coupe où on peut. Au lieu, par exemple, de se poser des questions sur des régimes de retraite auxquels n’ont pas droit la quasi-totalité des employés du secteur privé, mais qu’ils financent néanmoins par leurs taxes et impôts, on coupe des postes de psychologues, d’orthophonistesde conseillers pédagogiques, bref, chez ceux qui aident les élèves les plus vulnérables ou à risque. Ce sont ces derniers qui écopent. Pour la so-so-so-solidarité, on repassera.

En conclusion, on devrait retenir trois choses. La première est que les ressources ne sont pas infinies, mais limitées. Au lieu de tenter de tout faire, on devrait se concentrer sur l’essentiel, plutôt que de viser un monde idéal.

La seconde est que la fonction publique ne se coupe jamais elle-même. Sinon, ceux qui ont le plus besoin d’aide ne seraient jamais les premiers touchés lorsque des choix difficiles s’imposent.

La dernière, c’est qu’il n’y a pas qu’au pays de Donald Trump que les fausses nouvelles ont la vie dure.

Patrick Déry is a Public Policy Analyst at the Montreal Economic Institute. The views reflected in this op-ed are his own.


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