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Op-eds

24 November 2016November 24, 2016

Pourquoi je dis ce que je dis

www.journaldemontreal.com/blogues, p. Web

Pourquoi je dis ce que je dis

L’autre soir lors d’un événement mondain, j’ai rencontré un homme d’affaire, un VP qui travaille dans le domaine de la publicité et du marketing. Ses principaux clients sont de très grandes entreprises bien connues. Il m’a avoué, candidement, qu’il n’aimait pas beaucoup ses clients car ces entreprises sont, à ses yeux, immorales et détestables, elles font trop de profits et la richesse qu’elles génèrent n’est pas assez bien partagée. Il se réconfortait à l’idée que les publicités qu’il développe pour ses clients ont au moins le mérite de garder ces entreprises bien en vie, ce qui fait vivre beaucoup de familles au Canada et ailleurs.

Mon interlocuteur avait un penchant politique pas mal à gauche. Il n’y a pas de problème à cela. Tout le monde a droit à ses opinions et préférences. Par contre, c’est clair que le type vivait, et vit encore j’imagine bien, une contradiction douloureuse : être très à gauche et vendre des produits pour des « méchantes multinationales ». On s’entend, dans la liste des tâches vraiment « capitalistes », celle de vendre du fast food, des voitures et des REER pour des grandes banques, c’est pas mal dans le top 5!

Lorsqu’il m’a demandé dans quel domaine je travaillais, je lui ai expliqué que j’étais moi aussi VP, mais d’un think tank (une boîte à idées). Au son de la musique très forte, entre quelques canapés, je lui ai expliqué, tant bien que mal, ce que ça mange en hiver un think tank.

Sa première question a été de me demander qui nous finançait. Il n’était pas intéressé à connaître nos sujets d’interventions ou si nous voulions l’engager pour faire la publicité de notre nouvelle application. Il voulait connaître le nom de nos donateurs. Je lui ai expliqué notre politique de financement et tout le reste mais dans sa tête, nous disons ce que nous disons parce que nous sommes payés pour le dire. Comme lui en fin de compte.

À l’entendre, si une centrale syndicale décidait de me payer, je défendrais soudainement des positions pro-syndicales sans égard à leurs bienfaits ou non. Comme si nous étions tous les pions de ceux qui payaient notre salaire, et que c’était en quelque sorte une fatalité.

Cette conception est tellement loin de la réalité! 

Pensez-vous que les professeurs d’université perdent leur indépendance d’esprit et leur sens critique simplement parce qu’à peu près toutes les salles au HEC Montréal sont commanditées par des grandes entreprises? Pensez-vous que tous les employés de Québecor votent pour le PQ?

Si j’étais sans emploi, seul dans mon salon, je dirais et penserais les mêmes choses qu’en ce moment. C’est-à-dire que je croirais aux vertus de la liberté, notamment économique. Pourquoi ? Parce qu’on n’a qu’à regarder l’histoire de l’humanité. À peu près tous les régimes socialistes ou communistes ont fini dans la violence et la terreur. À l’opposé, les pays où l’on trouve un système capitaliste et un haut degré de liberté économique et individuelle s’enrichissent tous, et plus rapidement. L’ouverture au marché de l’Inde et de la Chine, notamment, a propulsé des centaines de millions d’êtres humains hors de la pauvreté. Le système capitaliste est loin d’être parfait, mais même avec ses imperfections, c’est mieux que de vivre en ex-URSS...

Encore aujourd’hui, si on regarde deux publications annuelles qui rendent compte de l’évolution de la liberté économique à travers le monde, soit le rapport Economic Freedom of the World de l’Institut Fraser et l’Index of Economic Freedom  de la Heritage Foundation,  une conclusion s’impose : plus grande est la liberté économique qu'un gouvernement laisse à sa population, mieux celle-ci se portera, non seulement sur le plan du bien-être matériel de base mais aussi sur le plan des indicateurs sociaux et individuels du bien-être humain, comme la santé et l’éducation.

Les deux publications mesurent, de manières légèrement différentes, la taille des gouvernements nationaux et le degré d’intervention de ces gouvernements dans divers aspects de l’économie. Or, si vous vivez là où la liberté économique est plus grande, vous aurez tendance à toucher un revenu moyen plus élevé. En effet, les nations parmi les 25 % jouissant de la plus grande liberté économique ont généré un PIB moyen par habitant de 39 899 $ en 2012, en comparaison de 6253 $ pour celles du quartile le moins libre.

Et il ne s’agit pas seulement de revenus. Les indicateurs de nature sociale comme la santé, l’éducation et la satisfaction à l’égard de la vie sont aussi corrélés positivement avec la liberté économique. L'espérance de vie a notamment progressé à mesure que le monde est devenu plus libre et plus riche. Un individu vivant dans un des pays les plus libres peut s’attendre à vivre en moyenne 79,9 ans, soit près de 17 ans de plus qu’un autre né dans un pays du quartile le moins libre.

Bref, lorsque les faits sont convaincants, il est facile de comprendre pourquoi je pense comme je pense et pourquoi je dis ce que je dis. Et pourquoi il est préférable d’avoir un État moins intrusif et plus de liberté économique.

Quant à mon ami rencontré lors d’une soirée, il peut se consoler. Il aurait bien pu avoir comme clients des bureaucrates de l’ex-URSS, qui l’auraient obligé à faire de la publicité (propagande)  pour le Parti communiste. Mais la beauté de la liberté, c’est que mon interlocuteur peut refuser de faire des mandats pour des entreprises qu’il n’aime pas. Il peut juste dire non. Il a le choix. Alors que dans des sociétés autoritaires, dire non au parti n’est pas permis.

Jasmin Guénette is Vice President of the Montreal Economic Institute. The views reflected in this op-ed are his own.


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