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8 June 2016June 8, 2016

Le patient peut-il avoir son mot à dire?

www.quebec.huffingtonpost.ca/pascale-dery, p. web

Le patient peut-il avoir son mot à dire?

Une salle d'attente vide! Eh non, nous ne sommes pas dans une clinique médicale et encore moins dans une salle d'urgence. Nous sommes plutôt dans une clinique de superinfirmières, à Saint-Hippolyte.

Pas un chat dans la salle d'attente, mais un cahier de rendez-vous bien rempli. Les patients se succèdent aux 15 minutes. Et dans 95 % des cas, les problèmes sont réglés par les infirmières praticiennes spécialisées (IPS).

Même malades, les patients ressortent tout sourire et satisfaits des soins reçus. «Pas eu besoin d'attendre 20 heures à l'urgence pour une prescription d'antibiotiques pour une otite», m'a lancé une mère de famille.

«J'avais l'oreille bouchée depuis trois semaines, mais le CLSC me faisait attendre trois mois pour un lavage d'oreille», m'a confié un autre patient.

En voilà une solution pour pallier le manque d'accessibilité aux soins de santé. Mais le ministre Gaétan Barrette ne partage pas du tout cet avis. Plutôt que de privilégier les cliniques de superinfirmières, il préfère conserver le modèle centralisé, rigide et bureaucratique qui prévaut depuis des décennies et qui connaît de nombreux ratés.

Tout comme ses prédécesseurs, le ministre change légèrement la recette, mais sans y apporter de changements majeurs. En effet, le 25 avril dernier, M. Barrette annonçait la création de 50 «supercliniques», ouvertes 12 heures par jour, sept jours semaine, afin de permettre aux Québécois d'avoir enfin accès à des soins de santé rapidement. En d'autres mots, des «super GMF» qui devraient voir le jour d'ici 2018.

Pourtant, la solution des cliniques de superinfirmières existe déjà. Elle est innovatrice et fonctionne. Nous n'avons qu'à regarder nos voisins ontariens qui ont adopté cette pratique pour désengorger leurs salles d'urgence et permettre un meilleur accès aux patients. Résultat: l'Ontario compte 2 134 infirmières praticiennes spécialisées comparativement à 294 au Québec.

Les cliniques sans médecin répondent aux besoins de nombreux citoyens qui n'ont pas accès à un médecin de famille ni à une clinique. Les patients finissent par aboutir à l'urgence, leur seule porte d'entrée dans le réseau, et attendent de longues heures avant d'obtenir les soins nécessaires.

D'ailleurs, le Commissaire à la santé rapportait dernièrement que les cas moins urgents représentaient 60 % des visites à l'urgence.

Pourtant, une infirmière praticienne spécialisée (IPS) est capable de vous prescrire des antibiotiques, de soigner tous les bobos mineurs, allant d'un simple changement de pansement à un drainage d'abcès. Et si ça se complique et que ça sort de son champ de compétences, elle vous réfère à son médecin partenaire.

Efficace et surtout moins coûteux. En effet, une IPS coûte trois fois moins cher qu'un omnipraticien. Mais notre ministre de la Santé refuse catégoriquement d'adhérer à cette pratique. «Je vise à ce que la pratique de médecine de famille se fasse exclusivement en GMF», m'a répondu M. Barrette. «Une structure parallèle représente un coût supplémentaire, dit-il, et non une économie.»

Le cas de la clinique SABSA a d'ailleurs fait couler beaucoup d'encre au cours des derniers mois, le ministre Barrette ayant complètement rejeté l'idée de permettre à cette clinique de continuer à opérer.

J'ignore comment le ministre fait ses calculs. Non seulement une infirmière praticienne coûte moins cher qu'un médecin, mais une meilleure prise en charge et un suivi des maladies chroniques diminuent le nombre d'hospitalisations et, par le fait même, les coûts ultérieurs.

Le secteur public est en train de manquer le bateau. Heureusement que des entrepreneurs offrent ce service dans le privé. Des cliniques privées ont émergé depuis un an et répondent à un besoin évident au sein la population. Grâce à elles, des milliers de patients ont pu consulter et être traités rapidement.

Le ministre Barrette promet de former 2000 IPS d'ici huit ans. Lorsqu'on sait que seulement 50 d'entre elles sortent des universités chaque année, l'objectif ne sera pas atteint avant 2050!

C'est le patient qui finira par avoir le dernier mot, avec l'appui du ministre Barrette ou pas.

Pascale Déry is Senior Advisor, Communications and Development at the Montreal Economic Institute. The views reflected in this op-ed are his own.


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