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Les effets pervers

Chaque voyage au supermarché le confirme : les prix des denrées alimentaires sont en hausse. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en avril, le prix de la nourriture a augmenté de 36% en un an. Dans le cas du maïs et du blé, les hausses ont été respectivement de 74% et de 69 %.

Plusieurs explications sont fournies pour les justifier : conditions météorologiques défavorables, chute de la valeur du dollar américain, etc. Si ces phénomènes contribuent assurément à la flambée des prix alimentaires, il ne faut pas pour autant occulter le rôle important joué par les subventions aux biocarburants.

Quand les groupes environnementaux ont commencé à agiter le spectre du réchauffement climatique et à dépeindre les scénarios apocalyptiques de famines et de dévastations qui nous attendent, il leur a été facile de convaincre les gouvernements de subventionner généreusement la production de biocarburants.

Dès lors, les agriculteurs ont préféré orienter leur production vers la fabrication de biocarburants plutôt que vers le marché alimentaire.

Ainsi, en 2010, 39% du maïs américain entrait dans la production d’éthanol, contre à peine 7 % en 2001! Cette proportion risque d’augmenter puisque Washington a récemment haussé de 10% à 15% la limite d’éthanol dans l’essence. Et comme plusieurs pays ont pris le même virage, les denrées agricoles destinées à l’alimentation se raréfient, et leurs prix augmentent.

Si cette flambée nuit modérément aux économies industrialisées, en revanche, ses effets sont tragiques pour les pays en développement.

Toujours selon la Banque mondiale, une hausse de 10 % des prix mondiaux précipiterait 10 millions de personnes supplémentaires sous le seuil d’extrême pauvreté (1,25 $ par jour). Depuis juin 2010, 44 millions de personnes auraient ainsi rejoint le rang des plus pauvres de la planète, portant à 1,2 milliard leur nombre total.

Ainsi, parce que nous sommes davantage préoccupés à remplir nos réservoirs que notre estomac, l’humanité perd progressivement du terrain quant à l’une des plus grandes avancées du XXe siècle : la réduction de la malnutrition. En 1970, 26% de la population mondiale souffrait de faim chronique contre 13% en 2006, et ce, malgré une hausse de 75% du nombre d’habitants sur terre. Or, à la lumière des statistiques avancées par la Banque mondiale, comment espérer maintenir cette tendance?

Ainsi, pour éviter d’hypothétiques famines occasionnées par un réchauffement climatique dont les causes et les conséquences sont très incertaines, on fait aujourd’hui mourir de faim des millions de personnes. Pour se donner bonne conscience en consommant une énergie soi-disant verte, on sacrifie des vies humaines. Or, comment peut-on à la fois être paniqués en se fiant aux prévisions de quelques modèles climatiques critiqués et rester stoïques devant la misère que nous provoquons dans l’immédiat?

Cela dit, il est tout à fait légitime de chercher des sources d’énergie propres, et nos efforts en ce sens doivent continuer. Toutefois, vu les effets pervers occasionnés par les biocarburants, continuer à les subventionner est une politique immorale, voire un crime contre l’humanité.

Nathalie Elgrably-Lévy is Senior Economist at the Monreal Economic Institute.
* This column was also published in Le Journal de Québec.

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