Op-eds

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February 22, 2007

22 February 2007

Du bidon!

Le Journal de Montréal, p. 28

Le ministre Audet avait annoncé que son budget miserait sur la continuité. Ce qu'il nous a présenté mardi lui a donné raison. Le gouvernement Charest continue! Il continue d'ignorer les engagements qui lui ont permis d'être élu, il continue de proposer des mesures stériles en regard des défis à relever.

Comme le budget ne présente aucune mesure spectaculaire, plusieurs analystes y ont vu la manifestation d'un gouvernement responsable. Nul doute que c'était d'ailleurs l'effet recherché par le ministre Audet. Or, ce n'était qu'un sketch, car si on ajoute à ce budget le tsunami de subventions annoncées au cours des dernières semaines, il devient évident que le gouvernement Charest dépense sans réfléchir dans l'unique but de gagner des votes.

Dans la seule journée du 15 février, il a octroyé plus de 203 millions de dollars en subventions diverses, dont certaines sont carrément grotesques. C'est l'équivalent de 141 000 $ la minute pendant 24 heures! Et nos élus prétendent dépenser prudemment notre argent?

Le tour de charme du ministre Audet s'inscrit effectivement dans la continuité dans la mesure où, comme par le passé, il s'imagine régler les problèmes qui affligent le Québec en saupoudrant des millions. Or, arroser une plante malade ne l'empêchera pas de mourir!

Quand on est confronté à des problèmes structurels comme l'engorgement des urgences, les listes d'attente et le sous-financement des universités, il faut d'abord s'interroger sur la viabilité du système. Il faut avoir le courage de remettre en question les dogmes qui nous aveuglent afin de cibler correctement la source des problèmes. Mais voilà qui est peut-être trop demandé en période pré-électorale!

Les véritables défis restent ignorés aussi bien par le ministre Audet que par les politiciens qui se lancent dans la campagne électorale. Personne ne semble se préoccuper du fait que les investissements ont enregistré une chute d'un milliard au cours des deux dernières années alors qu'ils ont augmenté en Ontario. Le budget ne propose rien d'efficace pour stimuler de manière notable la productivité des travailleurs.

Réductions d'impôts minimes

Quant aux réductions d'impôts, elles sont minimes et ne réussiront pas à augmenter l'incitation au travail. Or, donner aux gens le goût de travailler, augmenter la productivité et les investissements sont les conditions sine qua non à l'enrichissement collectif.

Il y a effectivement le crédit de taxe sur le capital accordé au secteur forestier et à quelques industries ciblées afin de stimuler l'investissement et l'emploi. Par ce geste, M. Audet admet donc que réduire l'impôt des entreprises exerce un effet dynamisant sur l'économie. Mais alors, pourquoi limiter cette mesure au secteur forestier et à quelques industries? Pourquoi ne pas alléger la fiscalité de toutes les entreprises et ainsi créer un contexte favorable à l'emploi et à la croissance dont toute la province pourrait bénéficier? M. Audet pourrait-il répondre à cette question?

Finalement, il a encore été question du déséquilibre fiscal. Décidemment, la mentalité du mendiant est un virus qui n'épargne aucun élu! D'une part, une récente étude de Statistique Canada affirme que chaque Québécois reçoit d'Ottawa 282$ de plus que ce qu'il a envoyé. D'autre part, pleurnicher sur le déséquilibre fiscal n'est pas digne d'un gouvernement qui se glorifie de prendre ses responsabilités. Pour être à la hauteur de ses prétentions, le gouvernement Charest aurait dû plutôt entreprendre une réforme en profondeur de la fiscalité québécoise, des institutions et des choix politico-économiques.

Ce n'est pas de continuité dont le Québec a besoin, c'est de changements majeurs. Heureusement, le déclenchement des élections signifie que, peut-être, quelqu'un aura le courage de proposer de véritables solutions aux défis que le Québec doit relever.

* This column was also published in Le Journal de Québec.

Nathalie Elgrably is an Economist at the Montreal Economic Institute and author of the book La face cachée des politiques publiques.

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